5/5 - Macron comme Mac-Mahon ?

Le chaos plutôt qu'un désaveu électoral

8 février 2026. Depuis deux ans, sinon quatre, la France est dans l’attente d’une élection qui redonnerait un cap au pays. Le président Macron est réduit à l’impuissance par l’absence de soutien et de projet. Mais faute de majorité significative, le Parlement n’est pas pour autant en situation de relancer l’action gouvernementale comme ce fut le cas à l’issue de la  crise du « Seize-Mai »   qui contraignit le président Mac-Mahon à la démission. Le sursaut est à notre portée, en conformité avec le génie millénaire de notre peuple. Y sommes-nous prêts ? Rien n’est moins sûr…

Premier épisode (janvier 2022)

Le risque de paralysie politique de la France est apparu il y a quatre ans comme l’a entrevu Herodote.net. C’était avant les élections présidentielles qui ont reconduit Emmanuel Macron à l’Élysée et les élections législatives qui ont suivi et lui ont fait perdre sa majorité au Parlement. La dissolution de juin 2024 a approfondi le fossé entre le président et son peuple. Jouant la stratégie du chaos, il aurait alors confié selon Le Parisien  : « Sur la politique nationale, je lâche le manche ».

Emmanuel Macron a été élu une première fois en 2017 de façon tout à fait inattendue. Sa jeunesse, son allant, son intelligence et l’espoir d’un renouveau lui ont valu le succès en dépit de ses convictions fédéralistes et libérales, minoritaires dans le pays. Les déconvenues sont venues ensuite avec la révolte des Gilets jaunes, des réformes erratiques et l’absence de ligne politique claire que traduisait son expression favorite : « en même temps ».

C’est ainsi que nous sommes entrés il y a quatre ans dans une crise politique analogue à celle qui avait secoué la IIIe République à ses débuts.

Se démettre ? Jamais de la vie !

Le maréchal Patrice de Mac-Mahon avait été porté à la présidence en 1873 par une majorité qui aspirait au retour de la monarchie ! Mais, les années passant, le peuple français s’était accoutumé à la « république conservatrice » installée par M. Thiers. Aux élections de 1876 puis de 1879, il porta à la Chambre des députés une majorité républicaine.

Sommé par Léon Gambetta de « se soumettre ou se démettre, » le président Mac-Mahon tenta d’abord d’imposer un gouvernement conforme à ses convictions royalistes avant de finalement se démettre dans l’honneur, ce qui lui valut cet hommage de Georges Clemenceau : « Ainsi fut sauvé le pays d'une nouvelle guerre civile ».

La crise de la Ve République vieillissante devait-elle conduire au même dénouement ? C’était sans compter avec l’ego du jeune président et surtout avec le dilemme qui paralyse le Parlement depuis maintenant deux décennies.

En 2005, au terme d’un débat démocratique d’une rare intensité, les Français - et les Néerlandais - ont rejeté à une écrasante majorité le traité constitutionnel européen. Les opposants craignaient qu’à l’Europe des nations du traité de Rome succède une Europe abstraite et indifférente aux intérêts nationaux, selon le vœu de son promoteur Valéry Giscard d’Estaing, une Europe « s'exprimant d'une seule voix pour faire entendre, chaque fois que c'est nécessaire, un message de tolérance et de modération, d'ouverture sur les différences, et de respect des droits de l'homme » (source).

Le traité constitutionnel a été malgré tout imposé sous le nom de traité de Lisbonne. Il a installé l’Europe rêvée de Valéry Giscard d’Estaing. On en discerne aujourd’hui les fâcheuses conséquences : déclassement économique de l’Europe – et de la France en particulier, marginalisation politique du Vieux Continent, mise à mal de son modèle social, frontières poreuses, etc.

Trahis par leurs « élites », les peuples résistent tant bien que mal. Dans les services de santé, les écoles, les casernes de gendarmerie et de pompiers, etc., le dévouement au bien public et le désintéressement de beaucoup évitent à l’État-Providence de s’effondrer en dépit des coupes budgétaires et de l’impéritie des gouvernants.

Dans le pays profond, la majorité des citoyens conserve un attachement profond au pays, à ses traditions et ses paysages, et reste fidèle aux principes hérités d’une civilisation millénaire parmi les plus aimables qui soient.

Leur inquiétude quant à l’avenir s’exprime toutefois dans les urnes et les sondages par un rejet massif de la classe politique et des médias qui ont porté à bout de bras le projet de traité constitutionnel.

Jeux de rôle sur la scène politique

C’est tout l’enjeu des futurs scrutins en France comme ailleurs. Les peuples aspirent dans leur grande majorité à la révision en profondeur d’un choix politique qui a failli, celui issu des traités de Maastricht et de Lisbonne.

Mais celui-ci est-il réformable ? L’arrivée au pouvoir en Italie du parti national-conservateur Fratelli d’Italia, conduit par Giorgia Meloni, ne s’est pas soldée par la rupture qu’attendaient une bonne partie de ses partisans.

On peut penser qu’il en irait de même avec l’arrivée au pouvoir du Rassemblement National, lequel affiche dans son programme et ses discours une modération qui ferait passer les anciens présidents Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy pour de dangereux boutefeux, tant en matière de politique européenne que de politique migratoire.

Le reste de la classe politique ne continue pas moins de suspecter ce parti des mêmes outrances que son ancêtre le Front National de Jean-Marie Le Pen, du temps où celui-ci était ultra-minoritaire. « Des années durant, Jean-Marie Le Pen a gangrené le débat public en salissant de ses obsessions tous les sujets – immigration, intégration, sécurité… –, mais surtout en permettant aux tenants de l’oligarchie de perpétuer un système inefficace, destructeur de l’économie et du tissu social français, contre la volonté d’une part croissante des citoyens, » a pu écrire Natacha Polony avec la perspicacité qu’on lui connaît.

Il s’ensuit que beaucoup d’électeurs affichent aujourd’hui leur soutien au Rassemblement National, non en raison de son programme que personne ne saurait définir, mais par le fait qu’il est ostracisé par l’oligarchie, celle-là même que dénonce Natacha Polony.

Paradoxalement, donc, plus ce parti est ostracisé, plus il recueille d’intentions de vote. Et plus les députés et le président de la République tardent à convoquer les électeurs, plus le pays s’enfonce dans la paralysie et plus monte le vote protestataire en faveur du RN.

De ce mal qui frappe le pays, la classe politique dans son ensemble est responsable par sa soumission résignée aux diktats supranationaux, de la Commission européenne à l’OTAN, bras armé de la Maison Blanche, en passant par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) à laquelle de Gaulle et Pompidou avaient refusé d’adhérer par crainte d’un « gouvernement des juges ».

Le mal est-il sans remède ? Loin de là. Encore faut-il que des leaders politiques veuillent bien formuler un projet de rupture, dans le respect de la démocratie. Sur le contenu que pourrait prendre ce projet, Herodote.net a défriché au fil des années des pistes de choix, face à la menace climatique, comme sur la vie sociale, l’organisation administrative ou la politique migratoire. Le débat est ouvert mais y sommes-nous prêts ?

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2026-02-18 23:28:31

Voir les 11 commentaires sur cet article

J D (12-02-2026 11:40:31)

Bonjour au (x) rédacteur(s) Merci pour cette contribution claire et objective à la présentation de la situation française lato sensu. Mais, comme souvent, l'explicitation d'une stratégie concrè... Lire la suite

Marcel Saint Pol (11-02-2026 18:48:00)

Entièrement d’accord avec ce texte mais il pourrait être plus critique.

Patzio. (11-02-2026 12:36:13)

L’article sonne juste mais la question de la souveraineté sans repli identitaire nationaliste eût pu être abordé en perspective sans le dénaturer mais le prolonger

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