20 septembre 2020

Le bel avenir de la langue française (et autres langues maternelles)

Les outils de traduction bâtis autour de l'intelligence artificielle pourraient bientôt revitaliser les langues maternelles tout en rendant possible à tous les êtres humains de communiquer entre eux. N'en déplaise aux « progressistes » pressés d'éradiquer ces langues au profit du globish (anglais d'aéroport)...

Aux Temps modernes, de Louis XIV à la Révolution, la France a joui d'un rayonnement tel que sa langue s'est imposée comme langue des élites européennes et de la diplomatie. C'est ainsi que le français s'est substitué au latin comme langue de la diplomatie à l'occasion de la signature du traité de Rastatt en 1714, entre la France et l'Espagne. Son déclin s'est manifesté avec la signature du traité de Versailles, lorsque Georges Clemenceau, qui se flattait de parler couramment anglais, a consenti à l'emploi de cette langue aux côtés du français comme langue diplomatique.

Aujourd'hui, de graves menaces pèsent sur le français de tous les jours :
• Des personnes nées au début du XXe siècle ont fait le sacrifice de leur première langue (patois ou dialecte) pour adopter le français ; elles croyaient avoir acquis un trésor mais celui-ci se dévalue de jour en jour ; à la télévision et dans les magazines, elles ne reconnaissent plus la langue apprise à l'école mais un sabir truffé de mots abscons au sens approximatif,
• De jeunes Français originaires de pays lointains se demandent s'il leur est utile d'apprendre à bien parler le français dès lors que cette langue est déconsidérée par les élites elles-mêmes...

Un ministre de l'Éducation nationale (Claude Allègre) n'a-t-il pas déclaré que « l'anglais ne doit plus être une langue étrangère en France » ? En fait d'anglais, le ministre ne pensait pas à la langue de Shakespeare mais au basic english ou à l'anglais d'aéroport que lui-même et la plupart de nos hommes d'affaires se donnent le ridicule de pratiquer avec un fort accent du terroir !

Les préconisations du ministre sont-elles au moins susceptibles de servir les intérêts économiques de la France ? Rien n'est moins sûr car nous disposerons d'ici une ou deux décennies de systèmes de traduction instantanée : dans les entretiens, il nous suffira de poser devant nous notre mobile et d'activer un outil de traduction instantanée. Celui-ci traduira pour nous les propos de nos interlocuteurs (en mode oral aussi bien qu'écrit). De tels outils sont déjà disponibles sous forme d'applications mobiles. Ne doutons pas que l'intelligence artificielle permettra très vite de les optimiser.

On peut regretter que les pays européens ne se saisissent pas en priorité de ce chantier. Son aboutissement faciliterait grandement l'intégration sociale, politique et culturelle du Vieux Continent tout en respectant sa belle diversité. Ainsi s'accomplirait la prophétie d'Umberto Eco : « La langue de l’Europe - et peut-être la langue du monde -, c’est la traduction ».

Le basic english ne sera plus alors d'aucune utilité car chacun préfèrera s'exprimer dans sa langue maternelle en faisant usage de toutes ses nuances plutôt que chercher ses mots dans une langue étrangère mal assimilée. Dans la compétition internationale, l'avantage reviendra alors aux peuples qui maîtriseront leur langue dans toutes ses subtilités. Dans cette éventualité, les langues étrangères ne seront plus enseignées dans un but utilitaire mais seulement pour le plaisir de la connaissance et de l'accès à une culture différente.

En attendant, la prudence commande de préserver le français, de l'enseigner avec amour et de ne pas compromettre son renouveau par une écriture dite « inclusive » et une anglicisation hâtive de notre système éducatif et des médias.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2021-02-28 09:22:23

 
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