1516 à 1748

Le Liban et les «émirs de la montagne»

L'ancienne Phénicie, plus tard devenue province romaine sous le nom de Syrie, est disputée au VIIe siècle de notre ère entre les deux grands empires de la région, l'empire chrétien de Byzance et la Perse.

C'est finalement un troisième larron qui ramasse la mise en conquérant la Syrie mais aussi tout l'Orient byzantin ainsi que l'Égypte et la Perse elle-même. Il s'agit de la cavalerie arabe, au service des califes musulmans, successeurs de Mahomet.

André Larané.
Les chrétiens résistent

En Syrie, où vivent les plus anciennes communautés chrétiennes, la conversion à l'islam, nouvelle religion dominante, va être très progressive. Sur les pentes du mont Liban, loin des agents du calife, les chrétiens restent prédominants. Ils sont officiellement soumis à l'autorité du pape de Rome mais suivent des rites oritentaux. Ils sont appelés Maronites, du nom d'un moine du Ve siècle, Saint Maron.

Qu'ils soient chrétiens ou musulmans, les Syriens adoptent toutefois très vite la langue du vainqueur, l'arabe, très proche de la langue populaire de la région.

Au XIe siècle, les montagnards maronites font de la place à des nouveaux-venus, les Druzes (ou Druses). Il s'agit d'adeptes d'une secte initiatique issue de l'islam... et que d'aucuns tiennent pour non-musulmans.

Ensemble ou côte à côte, à l'abri dans leur montagne, chrétiens maronites et Druzes vont supporter sans trop broncher les aléas de la géopolitique. Le siège du califat, qui se tient d'abord à Damas, à un jet de pierre du mont Liban, est plus tard transféré à Bagdad, sur les rives du Tigre.

Aux alentours de l'An Mil, l'empire arabo-musulman s'écroule sous les coups de boutoir des Turcs seldjoukides. Arrivent là-dessus de redoutables chevaliers venus d'Occident, les croisés francs. Les montagnards maronites ébauchent quelques alliances sans lendemain avec ces chrétiens d'un autre monde.

Au bout d'à peine un à deux siècles de présence au Proche-Orient, les croisés cèdent la place aux Mamelouks, une dynastie de soldats-esclaves musulmans installée au Caire, en Égypte. Enfin, la région et tout le Moyen-Orient retrouvent la stabilité sous la férule des Turcs ottomans et du sultan d'Istamboul.

Les «émirs de la montagne»

Le 22 janvier 1517, le sultan ottoman Sélim 1er le Cruel écrase les armées mamelouks à la bataille du mont Motakkam et, dans la foulée, fait son entrée au Caire.

Le mont Liban passe sous la tutelle du sultan mais celui-ci ne se soucie pas de le soumettre. Il se contente d'établir des liens d'allégeance ou de vassalité avec les grandes familles qui tiennent le pays, leur laissant le soin de collecter les impôts, de maintenir l'ordre et de réprimer les révoltes paysannes.

Les Banoû Maan sont la première et la plus illustre de ces familles qui vont gouverner le mont Liban au nom du sultan, lequel ne se privera pas de les faire assassiner chaque fois qu'ils deviendront trop entreprenants. Les Banoû Maan et leurs successeurs, tous des Druzes, seront qualifiés d'«émirs de la montagne».

Un premier nom émerge dans la succession des «émirs de la montagne». C'est celui de Fakhr el-Dîn II, qui devient émir en 1590, à 18 ans. Son père et son grand-père ont été assassinés par le pacha de Damas sur ordre du sultan. Lui-même n'en arrive pas moins à établir son autorité sur le mont Liban ainsi que sur le littoral, la Bekaa et la Galilée... tout en continuant à payer scrupuleusement le tribut dû au sultan.

Comme ce dernier commence à s'inquiéter des ambitions de son féal, Fakhr el-Dîn II prend le bateau pour l'Europe et entame des négociations avec le roi de France Louis XIII, avec le pape etc. Il devient célèbre en Occident sous le nom de «Facardin, prince du Liban».

En dépit des encouragements venus d'Europe, Fakhr el-Dîn II se retrouve isolé lorsque le pacha de Damas envahit son territoire en 1613. Il va à nouveau quêter de l'aide à la cour des Médicis où il est somptueusement reçu mais sans résultat. Le reste de son existence va se passer à guerroyer contre les armées du sultan, jusqu'à sa reddition à Saïda (l'ex-Sidon phénicienne). Il sera étranglé dans sa prison d'Istamboul le 13 avril 1635.

Après cet épisode, l'Église catholique de Rome redécouvre ses fidèles du mont Liban. Dynamisée par la Contre-Réforme, elle multiplie les missions et crée à Rome un Collège maronite pour la formation du clergé local.

En 1698, l'administration de la région passe des Banoû Maan à une autre famille du Chouf (principale région druze du Liban): les Chéhab. L'un des leurs, Bachir II Chéhab («Bachir le Grand»), va s'illustrer à l'époque de la Révolution française en tirant parti de l'arrivée de Napoléon Bonaparte et de son expédition d'Égypte ainsi que de l'affaiblissement de l'empire ottoman.

Bachir II Chéhab s'empare du pouvoir par la violence en 1790 et fait assassiner son principal rival, le cheikh druze Béchir Joumblatt. Puis, après le départ des Français, il joue habilement de la rivalité entre le pacha d'Égypte Méhémet Ali et le sultan d'Istamboul. Quand les Égyptiens, devenus quasiment indépendants, s'emparent de la Syrie en 1833, il rejette ouvertement l'autorité de la Sublime Porte (surnom donné au gouvernement d'Istamboul).

Mais les exactions des Égyptiens provoquent des émeutes en 1840-1841. Et, pour la première fois, chrétiens et Druzes s'affrontent dans le Chouf et la vallée de la Bekaa. On compte de nombreux morts. Le sultan chasse les Égyptiens de Syrie cependant que l'émir Bachir est contraint à la fuite (il finira paisiblement ses jours à... Istamboul !).

La Sublime Porte gère désormais en direct le mont Liban et, pour être tranquille, joue de la rivalité entre maronites et Druzes. Jeu dangereux qui coïncide avec la montée du communautarisme dans l'ensemble de l'empire ottoman. C'est une conséquence paradoxale de la tentative de démocratisation mise en oeuvre avec la charte de Gulhané. -

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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