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Reims, la ville des sacres
• 25 décembre 498 : baptême de Clovis
• 6 mai 1211 : construction de la cathédrale de Reims
• 17 juillet 1429 : Charles VII est sacré à Reims
• 19 septembre 1914 : bombardement de la cathédrale de Reims
• 7 mai 1945 : capitulation de l'Allemagne
• 8 juillet 1962 : De Gaulle et Adenauer à Reims
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Reims

La «ville des sacres»


Cliquez sur l'image pour voir la carte de ReimsReims est l'antique capitale d'un peuple gaulois qui lui a laissé son nom : les Rèmes. Mais son prestige tient en un mot : le «sacre». La plupart des rois de France ont choisi en effet de se faire couronner à Reims, la ville du baptême de Clovis.

Son patrimoine architectural s'étale sur deux millénaires avec pour joyau est la cathédrale Notre-Dame, l'une des plus belles de la grande époque du gothique.

Pourtant, elle a manqué de disparaître dans les affres de la Première Guerre mondiale.

Située à mi-chemin entre Paris et le Rhin, Reims s'est retrouvée sur le front en 1914, ce qui lui a valu d'être en grande partie détruite. C'est aujourd'hui une ville plaisante et agréable de 200.000 habitants, au bord d'une rivière sans prétention, la Vesle. Son nom est associé au vin le plus célèbre du monde.

André Larané

Sans rancune

Depuis la fin de l'empire romain, Reims n'a jamais bénéficié d'un quelconque statut de capitale, voire de chef-lieu.

À l'époque médiévale, les comtes de Champagne, ses suzerains, lui préféraient Provins ou Troyes. Et lors de la Révolution, les députés de la Constituante choisirent de fixer la préfecture de la Marne à Châlons-en-Champagne (rebaptisée temporairement Châlons-sur-Marne) plutôt que dans la «ville des rois».

Si la Champagne et le département de la Marne évoquent irrésistiblement le meilleur vin pétillant qui soit, ce n'est pas à Reims que se tient le centre de son négoce mais à Épernay, à quelques kilomètres au sud.

De Durocorter à Reims

Les Rèmes ont fondé à l'emplacement de l'actuelle cité, en 80 avant notre ère, un oppidum du nom de Durocorter (la «forteresse ronde» en celte). Ils allaint s'allier à Jules César, dans son entreprise de conquête des Gaules.

Les Romains rebaptisent la cité Durocortorum et l'agrémentent de quelques somptueux monuments de pierre à leur manière.

Il nous en reste un somptueux vestige, la porte de Mars, à l'entrée occidentale de la ville. C'est l'un des arc de triomphe les mieux conservés de France.

Long de 33 mètres et pourvu de trois grandes arches, avec un riche décor mythologique, il a été érigé au IIe siècle de notre ère.

Les archéologues ont par ailleurs mis à jours les traces de l'ancien forum et d'un cryptoportique (galerie semi-enterrée) devant l'actuel musée Le Vergeur.

Sous le Bas-Empire, comme beaucoup d'autres cités des Gaules, Reims change son nom romain pour celui de l'ancien peuple gaulois qui l'habitait.

Devenue chrétienne, elle souffre du passage des Vandales en 407, après que ceux-ci ont traversé le Rhin avec beaucoup d'autres Germains. Sur le parvis de la cathédrale primitive, les barbares massacrent l'évêque Nicaise. Un demi-siècle plus tard, en sens inverse, voilà que passent Attila et ses Huns. La ville est une nouvelle fois mise à sac.

Un baptême et divers sacres

Dans les périodes sombres qui suivent la paix romaine, les évêques deviennent les principaux recours de la population. Ainsi l'évêque Remi (prononcer Remi, sans accent). Celui-ci gagne l'estime d'un jeune chef barbare des confins rhénans, le Franc Clovis, lequel en vient à solliciter le baptême pour lui et ses guerriers.

Reims s'élève au-dessus du lot commun avec cet événement, dans lequel les historiens du futur verront la gestation de la France.

Sous les Carolingiens, son rôle devient d'autant plus important qu'elle se tient à la jonction entre la partie occidentale et la partie orientale du royaume des Francs. En ce lieu, le pape Léon III rencontre l'empereur Charlemagne en 804. Un autre pape, Étienne IV, couronne Louis le Pieux (ou Louis le Débonnaire), fils de Charlemagne, en ce même lieu.

L'archevêque Hincmar (806-882) va faire la fortune de la ville. Il construit une deuxième cathédrale pour remplacer celle de saint Nicaise et la dote d'une ampoule de chrême (huile sainte) qui aurait été envoyée du ciel par une colombe pour le baptême de Clovis.

Conseiller écouté des descendants de Charlemagne, Hincmar convainc ceux-ci de recevoir le saint chrême à leur avènement. Dès lors, c'est à Reims que de plus en plus de souverains vont choisir de se faire couronner ou sacrer, selon le rituel inauguré par Pépin le Bref (à Saint-Denis).

En 893, l'un des derniers carolingiens, Charles III le Simple, se fait couronner par l'archevêque Foulques dans la basilique Saint-Remi de Reims, où repose la dépouille de l'illustre évêque. Son rival Robert 1er est de même sacré à Saint-Remi par l'archevêque Gautier en 922, ainsi que le dernier des Carolingiens, Lothaire, par l'archevêque Artaud en 954.

La tradition est reprise par Hugues Capet qui fait sacrer son fils Robert II le Pieux à Saint-Remi de Reims le 25 décembre 987.

La basilique Saint-Remi, élevée sur le modèle gothique de Saint-Denis dès 1180, a été profondément remaniée au XVIIIe siècle dans le style classique, de même que les bâtiments conventuels qui l'entourent, aujourd'hui transformés en musée. De l'époque gothique, il reste essentiellement la salle capitulaire.

Louis VI le Gros déroge à la tradition en se faisant sacrer à Orléans le 3 août 1108. La dynastie capétienne étant encore mal assise et son père étant mort à Fleury-sur-Loire avant que les barons aient pu avaliser la succession, le nouveau souverain n'a pas voulu prendre le risque de voir se lever un usurpateur. Il s'est fait sacrer au plus près.

Après lui, tous les rois vont se faire sacrer dans la ville de saint Remi, d'abord dans la basilique puis dans la cathédrale Notre-Dame. Trois seulement ont fait exception à la règle : Henri IV, sacré à Chartres, en raison de l'occupation de Reims par ses ennemis de la Ligue, Louis XVIII, mort avant qu'ait pu être organisée la cérémonie, et Louis-Philippe.

Le plus épique des sacres royaux est bien sûr celui de Charles VII, qui entre dans la ville au grand dam des Anglais et avec le secours de Jeanne d'Arc.

La cérémonie religieuse est régulièrement suivie d'un festin public, le «grand couvert», qui réunit le roi et ses douze principaux barons dans le palais épiscopal qui jouxte la cathédrale.

Dénommé palais du Tau, en raison de son plan en forme de T, ce palais est reconstruit comme la cathédrale après l'incendie de 1210 puis remanié à la fin du Moyen Âge par le cardinal Guillaume Briçonnet dans le style gothique flamboyant.

Il renferme les objets du sacre, du moins ceux du sacre de Charles X, postérieurs à la Révolution et à ses profanations. Cela inclut la «Sainte ampoule» qui est réputée contenir le saint chrême.

Le palais, aujourd'hui converti en musée, expose également des statues et des tapisseries retirées de la cathédrale à la suite des destructions de la Grande Guerre.

Une prospérité parfois troublée par la guerre

En 1138, comme beaucoup d'autres cités marchandes, Reims se voit accorder des franchises communales par Louis VII le Jeune.

Dépourvue des foires qui ont fait la prospérité des autres villes de Champagne, Reims bénéficie toutefois des sacres qui génèrent dans la ville une activité effrénée pendant plusieurs jours d'affilée et sont à l'origine de divers artisanats.

Témoin de cette activité commerçante, l'hôtel Le Vergeur, érigé au XIIIe siècle près de la place des Marchés, a été acquis par un riche grainetier qui lui a laissé son nom, puis beaucoup plus tard, en 1910, par un négociant en champagne, Hugues Krafft. Cet esthète le transforme en musée du vieux Reims et le relève de ses ruines après les destructions de la Grande Guerre.

Au XIXe siècle, Reims jouit comme Épernay de la vogue du champagne. Les grandes maisons de négoce enrichissent la ville. On doit à Louise Pommery, héritière de l'une de ces maisons, la Villa Demoiselle. Érigé de 1904 à 1908 sur les plans de Louis Sorel, ce joyau de l'Art nouveau et de l'Art Déco est depuis 2004 ouvert au public.

Le vin du bonheur de vivre

La Champagne a dès le Moyen Âge été réputée pour son vin, le vin d'Aÿ, un vin tranquille avec une légère tendance à pétiller. Il était utilisé comme vin de messe et apprécié des rois, tels François 1er et Henri IV, sans atteindre toutefois la réputation des bourgognes. D'ordinaire rouge, ce vin de champagne était jugé plus excitant en gris par Louis XIV et sa cour... d'où l'expression «grisant».

Un contemporain du grand roi, Pierre Pérignon (1638-1715) allait changer son destin. Moine en charge des vignobles dans la modeste abbaye d'Hautvillers, près d'Épernay, il a d'abord l'idée d'assembler les cépages et les années pour obtenir une qualité de vin optimale et plus régulière. Il développe aussi l'usage des bouchons en liège.

Puis, après la découverte d'un vin naturellement pétillant, la blanquette de Limoux, il a l'idée d'une seconde fermentation du vin de champagne, par adjonction de sucre, pour permettre au gaz carbonique d'être retenu dans le liquide.

Dom Pérignon produit son premier cru pétillant en 1698. Il connaît immédiatement un succès phénoménal dans la haute société. Pour la marquise de Pompadour, «c'est le seul vin qui laisse la femme belle après boire». Voltaire écrit quant à lui :
«De ce vin si fin l'écume pétillante
De nos Français est l'image brillante»
.

Mais c'est seulement après la Grande Guerre que le champagne deviendra un produit de luxe accessible à toutes les classes sociales. La région d'appellation champagne en produit plus de 300 millions de bouteilles par an (1 hectare donne environ 8000 bouteilles par an).

D'une guerre à l'autre

La ville connaît des tourments à la fin du Premier Empire. Elle est en 1814 au coeur de la campagne de France, qui voit Napoléon 1er, aux abois, tenter de résister à l'avance des alliés. Ainsi est-elle occupée par les Russes le 16 février 1814 et reprise par Napoléon le 13 mars suivant.

Cent ans plus tard, dans un contexte beaucoup plus tragique, Reims subit de plein fouet l'assaut allemand.

Le 4 septembre 1914, l'envahisseur entre sans combat dans le fort de la Pompelle, érigé à l'orée de la ville dans les années 1880 et... désarmé en 1913. De cette position, les canons bombardent la ville.

Le 19 septembre 1914, la cathédrale elle-même est touchée. Sa charpente prend feu et le plomb de la toiture entre en fusion. L'édifice va manquer de disparaître.

La contre-offensive de la Marne permet aux Français de reprendre le fort dès le 24 septembre 1914 mais jusqu'à la fin de la guerre, quatre ans plus tard, la ville et sa cathédrale n'en finiront pas d'être touchées par des obus.

La reconstruction de la ville va être menée tambour battant dans les années 1920, grâce à des dons privés, en particulier américains.

John Rockefeller finance la restauration de la cathédrale par Henri Deneux, qui conçoit une ingénieuse charpente en ciment armé. Andrew Carnegie, de son côté, finance la bibliothèque de la ville, superbe témoin de l'Art Déco par Max Sainsaulieu.

Fort heureusement, Reims n'aura pas trop à souffrir de la Seconde Guerre mondiale.

Après le débarquement de Normandie, le général Eisenhower installe son quartier général dans un lycée de la ville, à proximité de la gare. Et c'est là qu'est signée le 7 mai 1945 la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie. La salle est aujourd'hui ouverte au public et l'on peut la voir telle qu'en ce jour mémorable.

En mémoire de ce passé, c'est à Reims que le chancelier allemand Konrad Adenauer conclut le 8 juillet 1962 un voyage officiel en France. Aux côtés du président français Charles de Gaulle, il assiste à un Te Deum dans la cathédrale. C'est une façon pour les deux hommes de manifester leur volonté de rapprochement.

Ainsi la ville est-elle devenue symbole de paix entre les deux anciennes moitiés du Regnum Francorum (le royaume des Francs de Clovis et Charlemagne).


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Le rituel du sacre

Publié ou mis à jour le : 2013-05-27 14:21:30

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