1861-1865

La guerre de Sécession

La guerre de Sécession, plus communément appelée en Amérique du Nord « Civil War » (guerre civile) a déchiré les États-Unis pendant quatre ans.

Dans ce pays d'alors 31 millions d'habitants, elle a fait 617 000 morts parmi les combattants, soit bien davantage qu'aucune autre des guerres qui ont impliqué le pays,  y compris les deux guerres mondiales. Elle s'est achevée sur l'abolition de l'esclavage, la consolidation des institutions américaines... et la ruine du Sud.

André Larané

Une guerre de principes

Les causes profondes du conflit résident dans l'opposition entre le Sud sucrier, aristocratique et esclavagiste, tourné vers le commerce international, et le Nord industriel et protectionniste.

Le 20 décembre 1860, en réaction à l'élection d'Abraham Lincoln à la présidence des États-Unis, deux semaines plus tôt, les parlementaires de Caroline du Sud votent à l'unanimité la sécession de leur État. Ils craignent l'abolition de l'esclavage et le programme protectionniste du candidat, favorable aux intérêts du nord.

D'autres États esclavagistes rejoignent la Caroline du Sud. Le 8 février 1861, à Montgomery, en Alabama, ils proclament leur indépendance et s'unissent au sein d'une nouvelle « Confédération des États d'Amérique » (Confederate States of America). Celle-ci rassemble au final onze États sur les vingt-six que compte alors l'Union.

Elle se donne pour président  Jefferson Davis et pour capitale Richmond (Virginie). Son drapeau, la « Southern Cross », sera plus tard popularisé au cinéma par le film à grand spectacle Gone with the wind (Autant en emporte le vent).

Le 15 avril 1861, après un premier assaut des forces confédérées contre le fort Sumter, une dépendance du gouvernement fédéral, le président Lincoln lance un appel aux armes. Il mobilise 50 000 miliciens sans attendre l'autorisation du Congrès.

Dès le début, les Confédérés bénéficient du ralliement d'excellents officiers, issus de l'aristocratie des planteurs. Parmi eux le généralissime Robert Edward Lee qui est pourtant un abolitionniste convaincu, c'est-à-dire partisan de l'abolition de l'esclavage !

Ces hommes ont le sentiment de défendre leur terre et leur culture et offrent peu de prise aux interférences politiques. Ils méprisent les gens du Nord, surnommés « Yankees ». Comme les opérations se déroulent pour l'essentiel dans le Sud, ils peuvent compter sur le soutien de la population et, malgré le blocus maritime, ils réussissent toujours à s'approvisionner en Europe. Mais leur défaite est inscrite dans les chiffres.

L'Union dispose en effet d'une confortable supériorité : 22 millions d'habitants contre 9 millions au Sud (dont 3,7 millions d'esclaves noirs), un budget militaire et des effectifs deux fois plus élevés, un équipement industriel et un réseau de transports développés, une marine puissante.

Elle est forte par-dessus tout de la foi du président Lincoln en la justesse de sa cause. Le président veut en finir avec l'esclavage mais il tient plus encore à restaurer l'unité du pays.  Toutefois, sa démarche jusquauboutiste ne fait pas l'unanimité dans son propre camp. Au sein du parti républicain, certains élus, partisans d'une plus grande autonomie des États en matière civile, seraient disposés à un compromis avec la Confédération.

L'Angleterre de Palmerston se cantonne dans un attentisme prudent. Celui-ci est un moment compromis suite à l'arraisonnement par les fédéraux, le 8 novembre 1861, d'une goélette britannique, le Trent, qui transporte deux émissaires du gouvernement sudiste. Quant à la France de Napoléon III, elle est au même moment empêtrée dans la guerre du Mexique et n'a cure de se mêler des querelles civiles entre Américains.

Offensives sudistes à l'Est, nordistes à l'Ouest

Les opérations de guerre débutent avec une attaque du général Mc Dowell, à la tête de l'armée fédérale, contre la capitale sudiste, Richmond. C'est un fiasco. Les troupes fédérales, fortes de 19 000 hommes (les « tuniques bleues »), doivent céder le terrain face à 15 000 confédérés  (les « tuniques grises ») dès le premier affrontement, à Bull Run, le 21 juillet 1861.

À la tête des troupes sudistes, le généralissime Robert Edward Lee se révèle dès cette date un stratège remarquable. Après ce premier succès, il se porte au-devant du général Mc Clellan, parti de Washington en direction de Richmond.  À Fair Oaks, une bataille de sept jours, du 26 juin au 2 juillet 1862, met un terme à cette campagne dite de la « péninsule » (car elle se déroule entre les fleuves York et James, en Virginie). Elle vaut à Mc Clellan, défait, de perdre une première fois son commandement.

Le président Lincoln entre Allan Pinkerson (chef du service de renseignements) et le major général Lew Wallace, après la bataille d'Antietam Mais le général nordiste ne tarde pas à reprendre le commandement de l'armée du Potomac (80 000 hommes). Bien que toujours aussi indécis et lent, il n'a pas trop de mal à repousser l'armée de Lee (40 000 hommes) quand celui-ci  tente à son tour une marche sur la capitale fédérale, Washington. Ce premier affrontement majeur a lieu à Antietam, dans le Maryland, le 17 septembre 1862.

À l'Ouest, les Confédérés subissent leurs plus graves déconvenues. Leur adversaire, le général Ulysses Simpson Grant, un alcoolique non repenti, pénètre dans le Tennessee. Le 6 avril 1862, à Shiloh, il subit une attaque surprise des armées confédérées des généraux Albert Johnston et Pierre Beauregard. Johnston est tué dans la mêlée et Beauregard reprend l'offensive en soirée. Mais des renforts permettent à Grant de reprendre le lendemain la maîtrise du terrain, en dépit de pertes supérieures (13 000 tués et blessés contre 11 000 chez les Sudistes). 

Après cette bataille, la plus violente depuis le début des hostilités, Grant se rend maître des bassins du Missouri et du Mississippi au cours des campagnes de 1862 et 1863, en tirant parti des flottilles de canonnières du Mississippi.

Au Sud, un corps expéditionnaire de marine dirigé par l'amiral Farragut et bénéficiant de l'appui des nouveaux cuirassés occupe La Nouvelle-Orléans le 28 avril 1862.

La guerre sévit également sur mer. Dans le port de Hampton Roads, le 8 mars 1862, des navires en bois sont pour la première fois attaqués par un cuirassé, le Merrimac. Il s'agit d'une frégate de l'Union dont les confédérés se sont emparés et qu'ils ont revêtue d'une carapace métallique et d'un éperon... Mais le lendemain, le Merrimac est lui-même contraint à la retraite par un petit cuirassé nordiste construit à la hâte, le Monitor.

Guerre de propagande

En cette année 1862, l'Union jette toutes ses forces dans la bataille. Pour couvrir les besoins financiers, le Congrès de Washington vote la mise en circulation de billets de banque en remplacement de la monnaie métallique. Les premiers billets apparaissent en février 1862. Ils sont surnommés « greenbacks » en raison de leur couleur verte. Le surnom leur est resté.

Le 22 septembre 1862, le président Lincoln proclame l'émancipation des esclaves du territoire rebelle, avec effet au 1er janvier suivant. Cette déclaration longuement mûrie a une portée plutôt défavorable à l'intérieur où elle contribue à durcir les positions de chaque camp, mais donne à l'Union un atout décisif vis-à-vis de l'opinion européenne en écartant le risque d'une reconnaissance de la Confédération par les grandes puissances. Les Nordistes voient enfin le sort tourner à leur avantage.

Le Sud prend néanmoins une revanche provisoire à Chancellorsville, entre les deux capitales, où s'affrontent pendant quatre jours, du 1er au 4 mai 1863, l'armée confédérée des généraux Lee et Jackson et l'armée du Potomac du général Joe Hoocker, surnommé « Fighting Joe » (Joe le Batailleur).

Les Confédérés remportent là leur plus grande bataille, malgré la mort de Jackson. Dans les rangs nordistes, désertions et vacances se multiplient. Les Noirs, rendus responsables de la guerre, sont même en butte à des accès de haine et victimes de lynchages.

Profitant de son succès, Lee monte jusqu'en Pennsylvanie, semant les destructions sur son passage. L'armée du Potomac, commandée par le général Meade, est sur ses talons. Rien n'est encore joué même si les rapports de force sont très favorables au Nord.

Gettysburg : le tournant de la guerre

Le tournant de la guerre se joue sur le champ de bataille de Gettysburg, les 1er-3 juillet 1863. L'Union perd pendant ces trois jours 23 000 hommes (tués, blessés ou capturés), soit un quart des effectifs engagés dans la bataille. Les pertes de la Confédération sudiste s'élèvent de leur côté à 31 000 hommes, soit un tiers de ses effectifs. Quoique indécise, la bataille précipite la retraite du général sudiste Robert Edward Lee.

Peu après, les nordistes commandés par le général Grant s'emparent de la ville de Vicksburg, sur les bords du Mississippi, replaçant le fleuve tout entier sous la souveraineté de Washington. Dans un sursaut, les 19 et 20 septembre 1863, le général confédéré Bragg attire l'armée fédérale dans l'anse de Chickamauga. Mais la résistance du général Thomas évite une déroute à l'armée fédérale.

Vers la victoire de l'Union

Inexorablement, l'avantage passe au Nord. En mars 1864, le président Lincoln hisse le général Grant au grade de lieutenant général et lui confie le commandement de toutes les armées fédérales. Avec les 120 000 hommes de l'armée du Potomac, Grant marche contre l'armée de Virginie du Nord, qui ne dépasse pas 60 000 combattants, sous le commandement du général Lee.

Une succession d'engagements, en mai et juin 1864, causent des pertes énormes dans les deux camps, sans apporter d'issue décisive. C'est la campagne du désert (« wilderness campaign »).

- Le général confédéré Early mène une campagne de diversion mais il est arrêté par le général Philip H. Sheridan à Cedar Creek le 19 octobre 1864.

- De son côté, le général nordiste William T. Sherman se rend maître de la ville d'Atlanta et la réduit en cendres le 2 septembre 1864 (une scène célèbre du film Autant en emporte le vent).

Pendant ce temps, à Washington, la politique suit son cours. Abraham Lincoln, qui arrive au terme de son premier mandat présidentiel, se représente aux élections. Il affronte des opposants qui jugent sa politique dogmatique et extrémiste. Le camp démocrate prétend lui opposer le général destitué McClellan qui fait figure de colombe... Mais Lincoln force l'adhésion par sa détermination et sa réélection est favorisée par la tournure favorable des opérations militaires.

- Le général Sherman poursuit sa « marche à la mer » à travers la Georgie. Il parcourt 500 kilomètres en 24 jours avec 65 000 hommes et brûle tout sur son passage.

- Le général Thomas, quant à lui, occupe Nashville les 15 et 16 décembre.

- De son côté, l'amiral nordiste Farragut se rend maître de la plupart des ports sudistes et occupe Fort Fisher, en Caroline du Nord, en janvier 1865.

- Dans le même temps, Sherman remonte vers le nord, à travers la Caroline du Sud, dans l'espoir de prendre Lee à revers.

Fin de drame

En guise de bouquet final, le général Ulysses Simpson Grant s'empare, le 3 avril 1865, de Richmond, la capitale des Confédérés du Sud. Tandis que le président confédéré Jefferson Davis s'enfuit piteusement, le président Lincoln y fait une entrée triomphale, acclamé par les esclaves noirs... et quelques pauvres blancs.

Le général Lee n'a plus avec lui que 26 000 hommes affamés et dépenaillés. Acculé à proximité de Richmond par les forces des généraux Grant et Sheridan, il tente une ultime sortie près du village d'Appomatox Court House. Ses hommes enfoncent une première ligne de cavaliers mais c'est pour se retrouver encerclés par les régiments d'infanterie qui se cachaient alentour. En grand uniforme, Lee se rend à Grant. Il obtient heureusement de généreuses conditions pour ses hommes, autorisés à démobiliser avec chevaux et mules.

Le général Joseph Johnston se rend à son tour le 26 avril 1865 au général Sherman. L'ultime reddition a lieu le 23 juin 1865. Elle est le fait du général de brigade Stand Watie qui a la particularité d'être un chef cherokee et le seul général indien de la guerre de Sécession.

Un avant-goût du XXe siècle

hôpital de campagne dans l'armée de l'UnionÀ bien des égards, la guerre de Sécession donne un avant-goût des conflits du XXe siècle.

Les progrès dans l'artillerie, la qualité des armes individuelles et l'automatisation du tir consacrent le déclin de la cavalerie.

Les soldats s'enterrent dans des tranchées, comme plus tard dans la Grande Guerre (1914-1918). La construction des premiers navires cuirassés et la mise en oeuvre de sous-marins d'assaut impressionnent les contemporains. Les chemins de fer sont pour la première fois mis à contribution pour le déplacement des troupes et des armes.

La conscription généralisée et obligatoire procure des fantassins en nombre quasi-illimité de sorte que les états-majors peuvent lancer des offensives sans trop se préoccuper des pertes humaines.

Le blocus économique, la propagande, les exécutions de prisonniers, les exactions à l'encontre de la population civile deviennent monnaie courante dans les deux camps. Ils traduisent l'évolution vers une guerre totale.

Celle-ci se signale par le fait qu'elle vise la destruction de l'adversaire et sa reddition sans condition, à la différence des « guerres civilisées » antérieures qui débouchaient sur des négociations de paix dès lors que le vainqueur jugeait ses gains suffisants.

Notons que les services de renseignements empruntent des outils modernes (télégraphe...) de sorte que les officiers d'état-major n'ont plus besoin de s'exposer sur le champ de bataille comme au temps des guerres napoléoniennes.

À l'initiative de Lincoln lui-même, l'Habeas corpus et les garanties juridiques sont suspendues et la censure est introduite. On procède à des centaines d'arrestations préventives de suspects ou de simples opposants.

Par ailleurs, la photographie (avec Matthew B. Brady, photographe officiel de Lincoln et reporter de guerre) et le journalisme de reportage rapprochent chaque citoyen du front.

Signe annonciateur de l'individualisme triomphant du XXe siècle, les soldats fédérés (Nord) tués au combat ont pour la première fois droit à une sépulture individuelle. Les confédérés (Sud) doivent se résigner à la traditionnelle fosse commune. Les sépultures individuelles vont devenir la norme avec la Grande Guerre. Maigre consolation... 

Un bilan très lourd

Le bilan de la guerre de Sécession s'avère très lourd. Les combats ont au total mobilisé quatre millions de combattants. Ils ont fait 359 000 morts chez les vainqueurs nordistes et 258 000 « seulement » chez les Sudistes.

Les généraux nordistes, forts d'une écrasante supériorité numérique, n'ont pas eu de grands scrupules à lancer de sanglantes offensives (comme, plus tard, les généraux de la Première Guerre mondiale). À l'opposé, le commandement sudiste, excellemment formé et conscient de son infériorité numérique, a davantage ménagé le sang de ses hommes.

Aux pertes militaires s'ajoutent quelques centaines de milliers de victimes civiles. Ainsi, la guerre la plus dure qu'aient jamais livrée les États-Unis aura été une guerre civile. Elle aura fait plus de victimes américaines que toutes les guerres du XXe siècle, y compris les deux guerres mondiales réunies !...

Le président Abraham Lincoln reçoit la capitulation de l'ennemi quelques jours après avoir été réinstallé à la Maison Blanche pour un deuxième mandat. Il se prépare à réconcilier le Sud et le Nord avec charité et sans esprit de vengeance mais la mort va l'en empêcher...

Une Nation est née

La guerre de Sécession demeure l'événement majeur de l'Histoire des jeunes États-Unis. De la fédération très lâche d'États jaloux de leur autonomie, elle va extraire un État national respectueux des libertés locales mais solidement tenu en main par le pouvoir central.

Significatif est le changement sémantique relevé par l'historien André Kaspi :
- Jusqu'en 1865, il était habituel de dire en anglais : « The US are... », soit : les États-Unis sont... [pluriel] -
- Après 1865 et la guerre de Sécession, on dit : « The US is... », soit : les États-Unis est... [singulier] -


Publié ou mis à jour le : 2020-10-28 19:44:19

 
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