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Famille

Un enjeu politique


La famille est devenue un enjeu politique en France et en Europe à la fin du XIXe siècle, quand les classes dirigeantes ont pris conscience de la chute de la fécondité (nombre moyen d'enfants par femme). C'est en France qu'a débuté cette chute, inédite en temps de paix, et les responsables de la IIIe République y ont vu l'une des raisons de la défaite face à la Prusse en 1870-1871.

Premières limitations des naissances

Pionnière en matière de politique familiale et « nataliste », la France le fut aussi en matière de limitation des naissances ! Les démographes situent en 1765 la première chute de l'indice de fécondité en France (*).

Thomas Malthus (près de Guildford, 13 février 1766 - Bath, 29 décembre 1834)Le résultat est sans appel. Pays de loin le plus riche et le plus peuplé d'Europe au XVIIIe siècle, la France cède la place à son ennemie héréditaire. En 1800, elle avait 30 millions d'habitants et l'Angleterre seulement 10 millions. Un siècle plus tard, les deux pays comptent chacun 40 millions d'habitants.

Entre-temps, l'Angleterre a envoyé outre-mer des millions des siens étendre et peupler son empire, sans accorder aucun crédit à son prophète de malheur, le pasteur Thomas Malthus.

En 1798, dans Essai sur le principe de population, il adjurait ses concitoyens de décourager la multiplication des pauvres. Il a donné son nom aux politiques restrictives en matière démographique, sociale et économique : le malthusianisme.

En 1891, dans son encyclique sociale Rerum Novarum, le pape Léon XIII prend le contrepied de Malthus et adjure les Européens d'améliorer le sort des ouvriers mais aussi de leur famille.

La « guerre des berceaux »

Les classes dirigeantes se soucient bien davantage de la limitation des naissances. À la veille de la Première Guerre mondiale, elle concerne tous les pays d'Europe occidentale, avec une fécondité qui tombe dans plusieurs grands pays en dessous du seuil indispensable au simple renouvellement des générations, soit environ 2,1.

La saignée de la Grande Guerre n'arrange rien et la baisse se poursuit jusque dans les années 1930.

Au milieu des années 1930, en France, les décès deviennent plus nombreux que les naissances. Les démographes prévoient que, de 41 millions d'habitants en 1936, la population pourrait tomber à une trentaine de millions en 1965  !

Elle sera en fait à cette date de cinquante millions. C'est que la Seconde Guerre mondiale, au contraire de la première, a fait l'effet d'un électrochoc...

Exubérance joyeuse

Les Européens, qui semblaient voués à un déclin rapide, reprennent goût à la vie après le conflit, avec une fécondité qui rebondit vigoureusement partout. C'est au point que le démographe Alfred Sauvy ose écrire : « Ainsi, pour la première fois dans l'histoire du monde, la guerre a peuplé » (L'Europe submergée, 1987).

En France, l'indice de fécondité double presque en moins d'une décennie, jusqu'à frôler les trois enfants par femme à la fin des années 1950. C'est nettement plus que, par exemple, au Maroc ou en Iran, aujourd'hui.

Cette santé démographique coïncide avec le redressement du pays, que l'on croyait quelques années plus tôt fini. Les jeunes familles, désireuses d'offrir à leur progéniture un monde meilleur, se battent avec la dernière énergie pour créer des richesses.

Mais la fécondité s'affaisse brutalement en 1974, partout en Europe. Les raisons en demeurent aussi mystérieuses que celles qui ont conduit au redressement démographique de l'après-guerre, une génération plus tôt (*).

Une famille française dans les années 1950 (DR)

Troublante incertitude

Les démographes du XXe siècle ont cru voir dans ce mouvement séculaire une « transition démographique » consécutive à l'amélioration de l'espérance de vie, d'un équilibre : [mortalité élevée + natalité élevée] vers un nouvel équilibre : [mortalité basse + natalité basse].

Nous savons aujourd'hui qu'il n'en est rien et que la baisse de la natalité peut se poursuivre jusqu'à induire un profond déséquilibre, avec un indice de fécondité de l'ordre d'un enfant par femme en moyenne. Il s'ensuit à terme une division par deux de la population à chaque génération.

Dans l'Union européenne, en ce début du XXIe siècle, l'indice de fécondité moyen est de 1,5 enfants par femme, près de deux fois moins que dans les années 1960, avec des conséquences tant économiques que morales : poids croissant des personnes âgées, faible propension à l'innovation et à la création...

D'aucuns s'en consolent en observant l'exubérance démographique de l'Afrique subsaharienne (5 à 6 enfants par femme en moyenne) : « Cela fait trop de naissances, n'aggravons pas la situation ! ». Alfred Sauvy, encore lui, y répond par la fable de l'anorexique et de son voisin boulimique. Le premier n'arrangera pas le second s'il réduit encore davantage son alimentation. Au contraire, il s'affaiblira encore un peu plus jusqu'à devenir incapable de secourir son voisin.

D'autres - ou les mêmes - se disent que les immigrants remplaceront avantageusement les bébés, y compris pour payer les retraites... Douce illusion. C'est oublier que leurs cotisations sont en moyenne très en dessous du niveau requis par les retraites des ingénieurs, cadres, chirurgiens etc. Sans compter que les immigrants vieillissent aussi et réclameront à leur tour une retraite.

Au vu de ce survol historique, bien malin qui pourrait dire ce que sera la population de l'Europe à la fin de ce siècle. Les deux derniers siècles montrent combien sont imprévisibles nos comportements collectifs en matière sentimentale...


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Publié ou mis à jour le : 2014-10-28 17:31:32

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Boutté (17-12-201618:05:23)

Comment dire que l'immigration influe à la marge alors que les statistiques ethniques sont interdites ? En fréquentant les maternités ont voit clairement ce qu'il en est ! Contraception et avortement remboursé profondément modifié ce tableau mais vous montrez très bien que les Etats peuvent
fort bien influer sur le désir d'enfant par des mesures fiscales et sociales adaptées . La dénatalité évidente de
l'Europe d'aujourd'hui appelle au "Grand Remplacement" bien plus efficacement qu... Lire la suite

mayluce (28-10-201411:59:05)

Votre article sur la politique familiale est fort intéressant, mais en tant que jeune femme dans les années après guerre, je pense que la diffusion de la méthode Ogino, et ses nombreux échecs, ont contribué à des familles plus nombreuses que les couples ne le souhaitaient .


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