9 mai 2010 - La Grèce et le poids de l'Histoire - Herodote.net

9 mai 2010

La Grèce et le poids de l'Histoire

La Grèce de Georges Papandréou fait actuellement la Une des médias : corruption, sous-productivité et évasion fiscale sont les principaux maux qui expliquent le déséquilibre de ses finances publiques. On ne saurait non plus sous-estimer le poids de l'Histoire dans l'engrenage qui a conduit le pays au bord de la faillite.

La poursuite obsessionnelle de la grandeur antique a largement obéré les finances publiques du pays.

C'est parce qu'Athènes n'avait pas obtenu les Jeux Olympiques de 1996, année du centenaire des premiers jeux de l'époque moderne, qu'elle a insisté pour obtenir ceux de 2004. Il faut bien dire que l'attribution des JO de 1996 à Atlanta, capitale du principal sponsor du Comité International Olympique, Coca-Cola, avait de quoi choquer. Ce n'était pas une raison pour oublier que les JO sont souvent une malédiction pour les hôtes : l'élan donné à la Catalogne par ceux de Barcelone en 1992 ne doit pas masquer le fait que les habitants de Montréal n'ont fini de payer ceux de 1976 qu'en 2006 !

À la faveur de ces Jeux, on annonça la création d'un nouveau musée, en face de l'Acropole, pour accueillir les frises du Parthénon, transférées (volées, disent les Grecs) au British Museum au XIXe siècle par Lord Elgin. On espérait ainsi faire pression sur les Britanniques pour en obtenir la restitution. Mais inaugurer un musée vide ou presque était-il la priorité en juin 2009 ? La situation présente tend à montrer que non.

Tensions militaires

Le deuxième facteur historique à prendre en compte est contemporain. On sait que les relations entre la Grèce et la Turquie sont exécrables. La Grèce a obtenu en 1830 son indépendance de l'Empire ottoman, mais les tensions ont dégénéré après la Première Guerre mondiale en une véritable guerre, réglée par le traité de Lausanne en 1923. Des centaines de milliers de Grecs établis en Asie Mineure depuis des générations ont été chassés vers la Grèce alors que les Turcs de Grèce subissaient le sort inverse.

Des contentieux sur les îles, l'espace aérien et les eaux territoriales perdurent aujourd'hui et expliquent que le budget militaire grec soit le plus important d'Europe en pourcentage de PIB, alors même qu'une guerre paraît peu probable. Naturellement, cette situation profite à certains.

La France et l'Allemagne auraient ainsi insisté durant les négociations de ces dernières semaines autour de la dette pour que l'argent du plan de sauvetage serve à payer les armes que la Grèce a achetées à ces deux pays, et pour lui interdire de revenir sur ces contrats ! Ce cynisme, dont on fait habituellement preuve envers les pays les moins développés, en dit long sur l'estime dans laquelle nos dirigeants tiennent Athènes.

Enfin, et cette fois sans lien avec les causes de la dette, l'intervention du FMI (Fonds Monétaire International) vient rappeler que le pays s'est longtemps trouvé sous la protection, voire la domination, de puissances étrangères : la France, la Grande-Bretagne et la Russie se sont partagées le pouvoir après avoir obtenu l'indépendance de la Grèce.

Durant la Première Guerre mondiale, la France et la Grande-Bretagne ont contraint le roi Constantin Ier, proche de l'Allemagne, à abdiquer au profit de son fils, Alexandre. Au début de la Seconde Guerre mondiale, les Grecs répondirent fermement «Ochi» («non») à un ultimatum de l'Italien Mussolini. Ils firent face avec courage à l'invasion italienne mais n'échappèrent pas à l'occupation allemande. Après le conflit, la guerre civile entre les communistes, soutenus par Moscou, et les monarchistes, aidés par la Grande-Bretagne puis les États-Unis, fut un des premiers épisodes de la guerre froide, non le moins atroce.

Tout ceci contribue à expliquer la méfiance, voire la défiance, de nombreux Grecs envers le pouvoir de contrôle que s'arrogent les experts internationaux et leurs commanditaires européens. La légèreté avec laquelle l'Union européenne a accueilli la Grèce en son sein, en 1981, puis dans l'union monétaire en 2001, après deux ans d'atermoiements, ne saurait suffire à gommer ce passif.

Yves Chenal.

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L'auteur : Yves Chenal

Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire médiévale, Yves Chenal a enseigné pendant plusieurs années dans des lycées parisiens avant de passer le concours de l'ENA. Il est aujourd'hui en activité dans une préfecture.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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