20 avril 2015 - La France et ses immigrés : héritiers et invités - Herodote.net

20 avril 2015

La France et ses immigrés : héritiers et invités

Si nous devions aujourd'hui qualifier les Français du point de vue migratoire, nous dirions qu'il y a les « héritiers », lesquels descendent, au moins en partie, des fondateurs de la nation, et les « invités », lesquels sont étrangers à la civilisation européenne et à la création de la nation mais aspirent à s'y fondre... Mais qu'en sera-t-il des nouveaux « migrants » ?

La France n'a connu aucune immigration, même de proximité, pendant un millénaire, entre l'établissement des Normands à l'embouchure de la Seine en 911 et l'arrivée de mineurs dans les houillères du Nord à la fin du XIXe siècle.

Cette exceptionnelle stabilité démographique, qu'elle partage avec l'ensemble de l'Europe occidentale, a permis à ses différentes composantes (Français, Picards, Flamands, Bretons, Basques, Alsaciens, Corses, Languedociens...) de se stabiliser autour de leurs clochers, sous la protection de leur droit coutumier, et de se rassembler sous l'égide d'un État fort.

France, terre d'accueil

Apparue à la fin du XIXe siècle, l'immigration s'est intensifiée au cours du XXe siècle et, d'européenne, elle est devenue mondiale. Le nombre d'entrées est passé de 100 000 par an vers 1980 à 200 000 par an en ce début du XXIe siècle, d'où il importe de déduire 130 000 à 140 000 sorties annuelles (sans qu'on sache s'il s'agit d'immigrants revenant chez eux ou de jeunes nationaux s'exilant à leur tour). À cela s'ajoute la contribution des néo-Européens à la natalité.

Il s'ensuit que la France abrite la plus importante minorité d'origine africaine du Vieux Continent. En l'absence de statistiques ethniques, on l'estime à 2 ou 3 millions de personnes installées en métropole. À titre de comparaison, en 1963, un demi-siècle plus tôt, le territoire métropolitain comptait 50 000 immigrants d'Afrique noire (note).

Même chose en ce qui concerne les personnes originaires d'un pays musulman (Afrique du Nord, Turquie, Moyen-Orient, Sahel...). Elles seraient environ six millions contre quelques centaines de milliers il y a un demi-siècle (essentiellement des travailleurs algériens dans les nouvelles usines de la région parisienne). On évalue aussi à un ou deux millions les personnes originaires d'Indochine et d'Extrême-Orient, de confession bouddhiste ou chrétienne.

Au vu de ce bouleversement qui concerne la France comme l'ensemble de l'Europe occidentale et du Nouveau Monde anglo-saxon, on peut prédire sans trop de risque d'erreur qu'une ère historique se clôt et qu'une nouvelle se profile.

Héritiers et invités

Rappelons qu'aucune nation ni aucune civilisation n'existe de toute éternité. Toutes sont nées un jour de façon progressive (et toutes sont vouées à s'effacer et disparaître de la même façon). La France, par exemple, est sortie des ruines de l'empire carolingien, tout comme d'ailleurs l'Allemagne. Plusieurs grands États européens sont apparus à la même époque, au tournant de l'An Mil : Angleterre, État tchèque, Hongrie, Pologne... L'Europe elle-même est née comme aire de civilisation aux alentours de l'An Mil.

Aujourd'hui, la grande majorité des Français peuvent légitimement se référer aux hommes et aux femmes qui ont bâti la nation, génération après génération, car la plupart de leurs ancêtres étaient déjà présents à sa naissance, il y a mille ans, dans l'hexagone ou sur ses marges (note).

Ainsi, du fait de l'absence de grands mouvements migratoires en France et plus largement en Europe occidentale au cours du dernier millénaire, nous sommes pour la plupart les héritiers directs de cette grande construction qu'est la civilisation européenne et de l'une de ses plus belles composantes, la France.

Si nous devions aujourd'hui qualifier les habitants de notre pays du point de vue migratoire, disons qu'il y a les « héritiers », lesquels descendent, au moins en partie, des fondateurs de la nation, et les « invités », lesquels sont étrangers à la civilisation européenne et à la création de la nation mais aspirent à s'y fondre.

Les immigrants d'origine européenne sont plus proches de la première catégorie que de la seconde car ils partagent les mêmes atavismes culturels que les Français (221','','width=400,height=300'); return false;">*) et possèdent avec eux des ancêtres communs (52','','width=500,height=400'); return false;">*). L'Union européenne reflète cette communauté de destin : on admet comme une évidence que le Portugal et la France ont leur place dans cette Union européenne mais il ne vient à personne l'idée que le Sénégal puisse en faire partie (136','','width=500,height=400'); return false;">*).

Les termes d'« héritiers » et d'« invités » ont l'avantage de fixer les obligations de chacun :
- Les premiers se doivent de faire fructifier le bel héritage qu'ils ont reçu au berceau et de puiser dans cette œuvre civilisatrice les outils qui leur permettront d'aborder le futur avec sérénité.
- Les seconds se doivent de respecter les convenances qui s'imposent à la table du festin, autrement dit de s'assimiler, sauf à être jetés « dehors, dans les ténèbres, là où il y a des pleurs et des grincements de dents », comme dans la parabole de l'Évangile.

Pendant la deuxième moitié du XXe siècle, « héritiers » et « invités » ont plutôt bien joué le jeu et la France généreuse a pu absorber avec un minimum de tensions une immigration importante et très diversifiée, venue de tous les continents.

« Apartheid » à la française

Le processus s'est très sérieusement grippé au tournant du XXIe siècle, d'une part en raison de la stagnation économique qui a rendu plus difficile le partage des ressources, d'autre part surtout en raison d"un emballement migratoire qui a aggravé les clivages culturels. Il en résulte une séparation croissante des habitants selon leur origine, dans le logement, le mariage, l'éducation et les métiers.

Au lieu d'y faire face avec un supplément d'exigence, les prescripteurs d'opinion prônent aujourd'hui l'accommodement, ce qui a pour effet de valider la séparation et désagréger le corps social.

Par couardise, les classes dirigeantes prétendent adapter la société française aux exigences des nouveaux-venus les plus hostiles : déconstruction de l'Histoire nationale et de la culture classique (220','','width=400,height=300'); return false;">*), arrangements avec les promoteurs d'un islam archaïque, tolérance de pratiques primitives comme l'excision, la polygamie ou les mariages d'adolescentes sous contrainte...

Cette politique d'accommodement (en anglais, appeasement) a reçu le nom d'« inclusion » pour la distinguer des précédentes politiques d'« assimilation » et d'« intégration ». Elle va de pair avec l'utopie d'une société non plus seulement multiraciale mais « multiculturelle », sur les ruines de la société traditionnelle. Utopie qui, notons-le, n'a jamais connu de précédent heureux (Liban, Kossovo, Mésopotamie, Indes...).

Elle fait le désespoir des immigrants actifs qui craignent que leurs efforts d'intégration soient réduits à néant. Ils se réjouissaient d'avoir assimilé tous les codes de la société française et se désolent de voir certains de leurs enfants se réislamiser de la pire des façons... Elle fait aussi, bien sûr, le désespoir des classes populaires, toutes origines confondues, qui supportent avec stoïcisme tout le poids de l'immigration et tentent d'échapper à la déculturation par la fuite vers les zones rurales.

Seules s'en sortent l'oligarchie et la fraction haute des classes moyennes, qui sont à l'origine de la politique d'inclusion. Elles tirent de l'immigration de la misère une main-d'oeuvre bon marché, corvéable à merci, et qui, pour l'instant, renforce leur position dominante. Il est piquant par exemple d'observer au siège parisien du Monde que les cuisines sont servies presque uniquement par des Africains ou des Antillais et que la rédaction et la direction de ce journal « progressiste » n'en comptent pour ainsi dire aucun. Même observation au siège de Libération et dans la plupart des médias français.

Plus sérieusement se dessine aussi une ségrégation silencieuse dans l'enseignement. L'École Polytechnique ne compte ainsi aucun Français à la peau noire, sauf rarissime exception. Son recrutement se cantonne de plus en plus à la haute bourgeoisie blanche et de préférence parisienne. A l'opposé, les lycées professionnels de la région parisienne reçoivent une écrasante majorité d'enfants d'origine subsaharienne.

En fait de « multiculturalisme », c'est un apartheid à la française que dessinent les classes dirigeantes, sans esclandre et en totale bonne conscience. Craignons que cet échec fasse écho à celui de la « mission civilisatrice » de la France républicaine et laïque dans ses colonies.

De même que Jules Ferry et ses émules ont échoué à « civiliser » les sociétés africaines, de même Daniel Cohn-Bendit et consorts échoueront dans leur rêve d'« inclure » ou « intégrer » des immigrants en nombre croissant. Ce d'autant plus sûrement que l'immigration européenne a changé de nature et d'amplitude en 2014-2015 avec des arrivées en masse qui ignorent les frontières, à un rythme annuel déjà supérieur au million d'individus. 

Joseph Savès

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