L'ère du peuple - Nouvelle édition revue et augmentée - Herodote.net

L'ère du peuple

Nouvelle édition revue et augmentée

Jean-Luc Mélenchon (Arthème Fayard / Pluriel, 120 pages, 3 euros,  2016)

L'ère du peuple

Ancien militant étudiant trotskiste, ministre socialiste dans le gouvernement de Lionel Jospin (2000-2002), Jean-Luc Mélenchon a depuis lors rompu avec le Parti socialiste et anime un Parti de gauche souverainiste et vivement hostile au social-libéralisme de François Hollande, qu’il juge de plus en plus libéral, de moins en moins social.

Aujourd’hui député européen, il est connu comme un tribun truculent, redoutable et parfois outrancier. Lui-même avoue aimer la « conflictualité ». Pourtant, c’est un tout autre personnage que révèlent ses écrits (et ses entretiens sur l’Histoire avec Herodote.net). On découvre alors un intellectuel érudit et subtil. Issu de pieds-noirs d’origine espagnole et italienne, il respire l’Histoire de France.

Un intellectuel en politique

Dans un libelle de 120 pages, L’Ère du peuple (Pluriel, février 2016), il annonce d’emblée : « Trois grandes bifurcations du monde s’opèrent sous nos yeux. Celle d’une civilisation humaine confrontée à l’explosion du nombre de ses membres. Un changement climatique irréversible. Un retournement de l’ordre géopolitique ». Quel autre homme politique ose s’élever à ces hauteurs ? Combien sont comme lui conscients de la primauté des enjeux démographiques sur le reste ?

Il note : « Dans les années 1950 on disait de l’Afrique qu’elle était le "continent vide". Dorénavant c’est là qu’aura lieu presque une naissance sur deux dans les quatre décennies qui viennent », note-t-il. Et sur l’Allemagne actuelle, nantie et vieillissante, à laquelle il voue une hostilité irrépressible : « Largement affiliés aux régimes de retraite par capitalisation, ces gens imposent leur préférence pour la rémunération des actions qui paient leurs retraites. Le niveau des salaires passe après ! »

À côté de cela, Jean-Luc Mélenchon souligne l’importance de l’urbanisation : « Au milieu du XXe siècle, 80% de la population du globe vivait encore aux champs (…). Depuis moins de cinquante ans, 60% de la population mondiale vit dans un espace urbain ! » Et le plus souvent, dans les pays du Sud, il s’agit de villes neuves et sans passé. « La vie urbaine n’est plus une option mais un fait imposé », avec pour conséquence la rupture des liens traditionnels au profit d’une individualisation spontanée qui rend la citoyenneté et l’État d’autant plus nécessaires. L’auteur est sévère avec les réformes territoriales des deux derniers présidents français : « Sous prétexte d’économies, ils ont à la fois diminué les moyens de contrôle des citoyens et organisé la compétition des populations. Communes et départements, structures bicentenaires de l’administration du territoire et de l’égalité des populations, disparaissent au profit de structures lointaines et opaques, découpées sans aucune corrélation avec les structures administratives de l’État ».

Prolixe sur les enjeux écologiques, il dénonce « l’illusion d’une solution par les changements de comportements personnels ». À quoi bon demander aux foyers modestes d’acheter de préférence des aliments issus de l’agriculture raisonnée si, dans le même temps, on subventionne à tour de bras l’agriculture intensive ?

Il semblerait que nous en payons déjà le prix puisqu’en 2015, « pour la première fois de l’histoire, on constate des reculs de l’espérance de vie dans les pays les plus riches ». Socialiste bon teint, Jean-Luc Mélenchon dénonce le mythe libéral qui voudrait que la concurrence seule suffise à faire baisser les prix. « Foutaise. Certes, le monopole peut coûter cher parce qu’il s’engourdit grâce à la rente de situation acquise. Mais la concurrence qui oblige à doublonner les équipements et à pourchasser le consommateur au prix d’emballages et de publicités aguichants, coûte encore plus cher ».

Sévère à l’endroit des États-Unis, il craint le moment où s’effondrera le leadership du dollar, « qui vaut ce qu’on veut croire qu’il vaut ». Il dénonce aussi la culture de la peur avec dix-neuf agences de sécurité en concurrence les unes avec les autres pour rafler l’argent public et qui, pour justifier leur existence, « surévaluent continuellement les adversaires qu’elles prétendent surveiller ». C’est comme cela que l’OTAN a étendu ses antennes jusqu’aux portes de la Russie et que Français et Américains sont allés bombarder la Libye. Avec les conséquences que l’on voit. À la fin de L’Ère du peuple, l’homme politique reprend le dessus en plaidant pour une Assemblée Constituante qui rende au peuple sa fonction d’acteur de l’Histoire.

Mais le plus surprenant sous la plume de ce marxiste est sa conclusion, qui relègue au second plan les enjeux sociaux et économiques : « Ce que je viens d’énoncer propose un constat essentiel : les êtres humains sont d’abord des êtres de culture ». Et de rappeler sa définition de la nation, que ne renierait pas Ernest Renan : « La France est une nation fondée sur un contrat politique que proclame sa devise : ''Liberté, Égalité, Fraternité''. Par conséquent elle est en état de partager ce contrat avec tout être humain ». L’auteur oublie de préciser : « … tout être humain qui accepte sans retenue les trois termes de la devise ».

Joseph Savès

Voir : Philippe le Bel, Louis XI et Robespierre

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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