L'Ordre et la Morale - Guerre à Paris, drame à Ouvéa - Herodote.net

L'Ordre et la Morale

Guerre à Paris, drame à Ouvéa

L'ordre et la morale, sorti dans les salles en 2011, est un film engagé de Mathieu Kassovitz.

Il raconte l'assaut sanglant donné par l'armée française à des preneurs d'otages néo-calédoniens, en mai 1988, sur l'île d'Ouvéa, une dépendance de la Nouvelle-Calédonie. Le cinéaste ne cache rien des fautes et des faiblesses de tous les protagonistes, y compris au sommet de l'État...

L'ordre et la morale (Mathieu Kassovitz, 2011)

L’Ordre et la Morale a fait scandale dès avant sa sortie en salle et, à peine est-il visible que le voilà étrillé par la critique. Celle-ci déplore le jeu et les dialogues simplistes des acteurs, le son parfois assourdissant et par-dessus tout le parti-pris du réalisateur, Mathieu Kassovitz. 

Celui-ci, il est vrai, n'est pas connu pour son sens de la mesure et il lui arrive de commettre des dérapages, par exemple en reprenant à la télévision les thèses complotistes sur les attentats du 11 septembre 2001.

Il n'empêche que le film se regarde sans ennui. Il ne comporte aucune longueur même s'il dure plus de deux heures. Il mêle habilement politique et action militaire.

Enfin, si le réalisateur a choisi de raconter le drame d'Ouvéa à travers la version biaisée du capitaine Philippe Legorjus, dont il joue lui-même le rôle, il ne cache pas pour autant les ambivalences, les trahisons,  les fautes et les faiblesses du personnage, comme d'ailleurs de tous les protagonistes du drame.

Par-dessus tout, le film a le mérite de rappeler une ténébreuse affaire dans laquelle des hommes ont payé de leur vie des conflits de pouvoir au sommet de l'État.

C'est que la prise d'otages à l'origine du drame survient le 22 avril 1988, soit deux jours avant le premier tour des élections présidentielles qui vont conduire à la réélection de François Mitterrand (gauche) et à la défaite de son Premier ministre Jacques Chirac (droite).

L'Ordre et la Morale (Mathiieu Kassovitz, 2011)

L'interprétation du cinéaste

Au regard des faits et des responsabilités avérées des uns et des autres, que dire du film de Mathieu Kossovitz ? Le cinéaste porte témoignage, avec une certaine honnêteté, des fautes des uns et des autres. 

On peut lui reprocher d'être trop complaisant pour le capitaine Philippe Legorjus dont il interprète lui-même le personnage. Comment croire par exemple qu'il s'est volontairement retiré du combat entre les deux assauts pour tenter une négociation de la dernière chance ? En fait, ayant gravement failli pendant le premier assaut, il a été exclu de la poursuite de l'opération. Lâchés dans les moments critiques, ses propres hommes lui ont tourné le dos et l'ont obligé à démissionner de l'armée quelques mois plus tard.

On peut a contrario reprocher au cinéaste de charger assez lourdement le général Jacques Vidal, responsable de l'opération militaire devant le ministre Bernard Pons et le Premier ministre. Mathieu Kassovitz reprend aussi à son compte les accusations selon lesquelles les militaires auraient délibérément exécuté une dizaine de prisonniers kanaks d'une balle dans la tête.

Rappelons à ce propos la déclaration de Philippe Legorjus lui-même à l'AFP le 12 mai 1988 (avant qu'il ne tourne casaque) : « Affirmer aujourd'hui que des ravisseurs ont été exécutés est un mensonge pur et simple et constitue une injure pour les morts canaques, tous tombés les armes à la main ».

Enfin, déplorons l'insistance du cinéaste à évoquer l'humanité des preneurs d'otages, bons fils et bons pères, sans rien dire des gendarmes tués le 22 avril.

Ces reproches, si graves soient-ils, n'enlèvent rien à l'intérêt du film et à son caractère spectaculaire.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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