432 à 1485 - « L'île des Saints et des Savants » - Herodote.net

432 à 1485

« L'île des Saints et des Savants »

L'Irlande a été surnommée au Moyen Âge « l'Île des Saints et des Savants » en souvenir du temps où ses moines allaient évangéliser le continent et y réimplanter la langue latine.

Oubliée par les Européens du continent, l'Irlande est devenue à la fin du Moyen Âge la première colonie anglaise. Sept siècles d'occupation étrangère l'ont détournée de sa langue d'origine, le gaélique, au profit de l'anglais, tout en renforçant son identité religieuse et son attachement au catholicisme.

Elle a été en 1920-1921 le seul territoire de l'Empire britannique à s'émanciper par la violence (à part les Treize Colonies américaines) ! La guerre a débouché sur l'indépendance de fait de l'île, à l'exclusion toutefois d'une partie de l'Ulster, majoritairement peuplée de colons écossais de confession protestante. Le sort de cette province est encore en suspens.

Enfin en paix avec son grand voisin et solidement arrimée à l'Union européenne, la République d'Irlande jouit en dépit des crises d'une prospérité qui lui a valu d'être surnommée le « tigre celte » (par allusion aux pays émergents du Sud-Est asiatique).

Une terre d'écrivains

Terre de lacs, de landes et de tourbières, la verte Irlande (Eirin en langue celtique) mériterait d'être aussi appelée « l'Île des Poètes » car elle a inspiré au Moyen Âge une abondante poésie épique en gaélique (une langue celte).

Elle a plus récemment donné le jour à nombre de très grands écrivains de langue anglaise comme Jonathan Swift (1667-1745), Oscar Wilde (1854-1900), Bernard Shaw (1856-1950), William Yeats (1865-1939), James Joyce (1882-1941) et même de langue française : Samuel Beckett (1906-1989).

De Saint Patrick à Saint Colomban

Connue des Romains sous le nom d'Hibernia, l'Irlande a été dédaignée par ceux-ci qui s'en sont tenus à une occupation de la Grande-Bretagne voisine. Habitée par des tribus celtes, dont les Gaëls, qui lui ont laissé la langue gaélique, l'île est à la fin de l'Antiquité divisée en cinq clans ou royaumes rivaux : Ulster, Munster, Connaught, Leinster et Meath (leurs habitants sont appelés Scots, à ne pas confondre avec les Écossais).

La croix de Clonmacnois, érigée en l'honneur d'unroi du Xe siècleSon destin bascule vers 432 avec l'arrivée sur ses côtes d'un prêtre originaire du pays de Galles, qui a reçu mission d'évangéliser l'île. Son nom ? Patrick. Trente ans plus tard, à sa mort, le missionnaire peut se féliciter d'avoir assez largement réussi et il reviendra à ses disciples d'achever la christianisation.

Pendant les deux siècles suivants, l'île se couvre de monastères et toute sa vie s'organise autour de ceux-ci. Elle marque déjà sa différence avec le reste de la chrétienté, organisée en cette époque barbare autour des évêques.

Les monastères, au coeur de la vie insulaire, deviennent des foyers culturels très actifs où l'on étudie en latin les textes fondamentaux de l'Église. C'est encore une différence avec le reste de l'Occident où le clergé et a fortiori le peuple ne connaissent plus guère le latin.

Et voilà que les Irlandais deviennent missionnaires. Cela commence avec Columba, qui est ordonné prêtre en 543 puis va évangéliser les archipels et les îles de l'Atlantique, de l'Écosse à l'Islande. Mort le 9 juin 597, il est enterré dans son cher monastère d'Iona où se feront également enterrer les premiers rois écossais... C'est l'époque où Constantinople jette ses derniers feux sous l'empereur Justinien tandis que l'Occident s'enfonce dans les ténèbres sous les « rois fainéants », héritiers de Clovis.

À la génération suivante, un autre missionnaire, Colomban (à ne pas confondre avec le précédent), gagne le continent avec quelques compagnons. Il fonde plusieurs monastères en Armorique (Bretagne actuelle), puis dans les Vosges, à Luxeuil, enfin dans le Milanais, à Bobbio, où il meurt le 23 novembre 615.

Son apostolat suscite un renouveau de la ferveur chrétienne dans l'Europe barbare. Il prépare la voie aux moines irlandais - et aussi anglais - qui viendront deux siècles plus tard épauler l'empereur Charlemagne dans la réforme du clergé, la mise en place d'un premier réseau d'écoles et la restauration du latin, devenu entretemps langue morte.

Premières invasions

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Les îles britanniques ont été romanisées de façon superficielle et ce vernis a été pour l'essentiel effacé par une succession d'invasions germaniques (Angles, Saxons, Normands enfin). Le résultat est un subtil mélange d'influences latines et germaniques...

Premières invasions

L'Irlande, pendant ce temps, doit faire face aux premières invasions étrangères. Cela commence avec les Vikings qui s'installent le long de la côte et fondent les premières villes, comme par exemple Dublin en 841. Au demeurant peu nombreux, ces intrus rendent les armes après leur défaite à Clontarf, près de Dublin, le 23 avril 1014, face au chef Brian Boru.

Le plus grave est à venir avec les Anglais de l'île voisine. En 1155, quelques mois après son couronnement à Westminster, le roi Henri II Plantagenêt obtient du pape Adrien IV (seul pape anglais de l'Histoire) la suzeraineté sur l'Irlande, avec mission de reprendre en main l'Église irlandaise, trop indépendante au goût du Saint Siège.

Pour Henri II, il s'agit d'une satisfaction d'amour-propre plus qu'autre chose et il en serait resté là si, quinze ans plus tard, un roi irlandais en butte à des rivaux ne l'avait appelé à son secours ! Du coup, un corps expéditionnaire entreprend la soumission de l'île et le traité de Windsor conclu en 1175 entre le roi Rory O'Connor et Henri II consacre l'autorité de ce dernier sur l'île avec le titre somme toute modeste de seigneur d'Irlande (dominus Hiberniae).

À vrai dire, les Anglais vont longtemps s'en tenir à l'occupation de la région littorale, autour de Dublin, le Pale. Quelques barons anglo-normands en profitent pour s'approprier les meilleures terres mais eux-mêmes, pour la plupart, ne tardent pas à s'assimiler à leur conquête et à devenir plus irlandais que quiconque !

Tout va basculer sous la dynastie des Tudors, au début du XVIe siècle -

André Larané

Publié ou mis à jour le : 2015-10-24 11:47:16

 
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