11 novembre - L'Armistice, un marqueur de l'identité nationale - Herodote.net

11 novembre

L'Armistice, un marqueur de l'identité nationale

Après la mort du dernier «poilu», que peuvent encore signifier la commémoration de l'Armistice du 11 novembre et les cérémonies rituelles devant les monuments aux morts ? Faut-il les supprimer comme nous y invitent les Allemands, désireux de promouvoir le 9 novembre comme Fête commune de l'Europe ? Faut-il les remplacer par une cérémonie du souvenir en l'honneur de tous les morts des guerres passées ?

Voici notre analyse et vos commentaires... Lire aussi notre article sur les commémorations de la Grande Guerre dans le monde

Chaque année, depuis 90 ans, les Français de toutes classes, de tous âges et de toutes opinions se remémorent le 11 novembre, l'Armistice qui a mis fin à la Grande Guerre. Aujourd'hui encore, il n'est guère d'enfant qui n'ait entendu parler d'un aïeul ayant combattu dans les tranchées...

Une commémoration majeure

C'est que la guerre de 1914-18, qui n'est pas pour rien qualifiée de Grande, est la première guerre pleinement nationale qu'ait connue la France : l'immense majorité des appelés ont rempli leur devoir et la plupart des familles ont été affectées par le deuil ; dans les tranchées, les patois se sont effacés au profit de la langue nationale ; pour la première fois enfin, des hommes de toutes races et de toutes religions venus des colonies ont combattu sous le drapeau tricolore aux côtés des métropolitains...

L'Armistice a été ressenti par les contemporains comme un immense espoir. On a cru que la guerre à laquelle elle mettait fin serait la dernière, la « der des der ». Était-ce si faux que cela ? Les Européens ont joué les prolongations en se laissant entraîner vingt ans plus tard dans un nouveau conflit, dans la continuité du précédent. Il n'en demeure pas moins que le souvenir de ces atrocités les a définitivement vaccinés contre la guerre.

Une guerre entre Anglais, Allemands et Français est devenue aussi improbable qu'une guerre entre Armagnacs et Bourguignons. Enfin, le traité de 1963 entre de Gaulle et Adenauer ainsi que la poignée de main Mitterrand-Kohl ont scellé la réconciliation entre l'Allemagne et la France sans que l'on ait encore besoin d'y revenir.

On comprend dans ces conditions que le 11 novembre demeure la principale commémoration française avec le 14 juillet :
• La Fête nationale, estivale et festive, rappelle l'union chaleureuse de la Nation autour du Roi et de ses représentants (Fête de la Fédération, 14 juillet 1790),
• L'Armistice, automnale et recueillie, rappelle le sacrifice des soldats morts pour la France pendant la Grande Guerre mais aussi les autres conflits.

À défaut de « poilus », les cérémonies du 11 novembre réunissent désormais devant les monuments aux morts des vétérans de la Seconde Guerre mondiale ou même de la guerre d'Algérie. On observe le même phénomène en Amérique du Nord où cette journée est devenue celle des vétérans de toutes les guerres.

Jour de recueillement

Faut-il donc en finir avec la commémoration de l'Armistice, 90 ans après celle-ci ?

De l'autre côté du Rhin, beaucoup d'Allemands nous le demandent et souhaiteraient promouvoir, en lieu et place de celle-ci, une Fête de l'Europe qui se tiendrait le 9 novembre, anniversaire du putsch de la Brasserie, de la Nuit de Cristal et de la chute du Mur (ils oublient ce faisant qu'il existe déjà une Fête de l'Europe fixée par le Conseil de l'Europe au 9 mai, anniversaire de la CECA).

Mais en France, le rituel quelque peu désuet du 11 novembre a la vertu de rappeler à chacun, notamment aux plus jeunes et aux Français d'adoption, que la paix et la prospérité sont des biens précaires qui ne se peuvent conserver qu'au prix de la cohésion nationale...

Il est louable que la chancelière allemande Angela Merkel se recueille avec le président français devant la tombe du Soldat inconnu, sous l'Arc de Triomphe, ce 11 novembre 2009. C'est un geste conforme à l'esprit des relations franco-allemandes depuis un demi-siècle. Il est d'autant plus naturel que le souvenir de l'Armistice n'a pas laissé de ressentiment, du fait : 1) de l'éloignement dans le temps, 2) de ce que la Grande Guerre, qui a opposé des nations semblables, nous apparaît a posteriori comme insensée... Il en va autrement de la Seconde Guerre mondiale qui a mis aux prises une infâme dictature avec de paisibles démocraties.

Un geste à l'égard de l'Allemagne

Maintenant, si l'on souhaite faire un geste supplémentaire en direction de nos voisins allemands, le plus simple serait d'en finir avec le 8 Mai férié et chômé, supposé commémorer la capitulation de l'Allemagne nazie, une aberration due au président Mitterrand. Un remplacement par le 9 Mai, fête officielle de l'Europe, serait un symbole fort de confiance en l'avenir du projet européen.

Enfin, la mémoire nationale ne doit pas se réduire au dernier conflit avec l'Allemagne et il serait bon d'oublier les incongruités de ces trois dernières années : la lettre de Guy Môquet, le pèlerinage aux Glières, la Shoah en classe de CM2 etc. Comment peut-on célébrer l'amitié franco-allemande et dans le même temps de faire un pèlerinage sur le plateau des Glières le 10 mars en l'honneur des résistants qui y furent massacrés, puis de lire aux lycéens la lettre de Guy Môquet le 27 octobre, enfin de rappeler le défilé des lycéens sur les Champs-Élysées le 11 novembre 1940 ? Trop, c'est trop. Quel enseignement les jeunes Français peuvent-ils tirer de ce micmac ?

André Larané
Une journée de trop

Il est question aujourd'hui d'instaurer une « journée de l'amitié franco-allemande ». Elle viendrait s'ajouter à la journée contre le sida, la journée des grand-mères etc. L'idée est saugrenue car, à part quelques demeurés qui limitent leur horizon historique à la Seconde Guerre mondiale, personne, en France et en Allemagne, n'imagine que cette amitié aurait besoin d'être consolidée.

L'idée peut aussi déboucher sur un engrenage dangereux. Il est peu probable que les Anglais nous demandent une « journée de l'amitié franco-anglaise » le 8 mai (délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc) pour effacer sept siècles de conflits. Par contre, les autocrates algériens pourraient bien saisir la perche pour exiger du gouvernement français, en contrepartie de quelques contrats juteux, qu'il fasse du 19 mars (cessez-le-feu en Algérie) une « journée de la réconciliation franco-algérienne », avec, pourquoi pas ? lecture obligatoire aux élèves français d'un texte sur les exactions supposées de leurs compatriotes en Algérie. À trop jouer avec la mémoire, prenons garde...

Publié ou mis à jour le : 2019-07-30 11:59:26

 
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