La Chaise-Dieu - L'abbatiale et sa Danse macabre - Herodote.net

La Chaise-Dieu

L'abbatiale et sa Danse macabre

La Chaise-DieuLorsque l'on pénètre dans ce grand vaisseau de pierre qu'est l'abbatiale de La Chaise-Dieu, en Auvergne (entre Le Puy en Velay et Clermont-Ferrand), on ne peut manquer la présence de la mort. Cette particularité est celle de nombreuses abbayes ou églises, où de riches prélats ou laïcs, jusqu'au XVIIème siècle, ont souhaité trouver la quiétude dans l'éternité.

Le pape Clément VI ordonne la reconstruction de l'abbaye en 1343, trois siècles après sa fondation, selon les canons de l'art gothique.

Il la choisit comme lieu de sa dernière demeure et y fait aménager son tombeau, avec un gisant de marbre blanc entouré de cinquante cinq personnages représentant sa famille et l'archevêque d'Arles. Pierre Boye sculpte le gisant et le décor du tombeau, assisté par Jean Sanholis et Jean David. L'oeuvre est monumentale. Son exécution a demandé pas moins de cinq années de 1346 à 1351.

L'ensemble, placé dans le choeur des moines subit d'importantes dégradations au cours des guerres de religions de 1562. Quelques fragments sont conservés au musée Crozatier au Puy-en-Velay. Après le décès de Clément VI le 6 décembre 1352 à Avignon, sa dépouille, selon ses voeux, est déposée le 8 avril 1353 au centre du choeur des moines.

Le pape, mécène de l'abbaye, n'est pas le seul à reposer dans l'abbatiale. Plusieurs abbés, moines, novices ou laïcs y reposent dans un sommeil qu'ils ont voulu éternel. Les moines avaient obtenu du pape Alexandre III en 1162, «l'autorisation de donner sépulture dans l'église abbatiale en reconnaissance de services rendus ou de donations faites». Construite sur un sol granitique, l'église abbatiale ne possède pas de crypte. Aussi, servant de pavage à l'église, de lourdes dalles, pour certaines funéraires, recouvrent le sol. Le passage répété des pèlerins, des fidèles et maintenant des visiteurs ont pour partie effacé les inscriptions qui les recouvraient. Mais celles qui restent visibles portent des épitaphes anonymes où seule, une date subsiste : Die 10 decembris 1681.

Quelques-unes sont plus précises et permettent d'identifier l'occupant du lieu comme celle de l'abbé Hugues de Chauvigny de Blot, face à l'autel. Cette pierre très particulière, identifiée comme table d'autel dédié à un culte solaire, présente de nombreuse cupules dont le dessin représente les constellations de la Grande Ourse, de la Petite Ourse, du Dragon, de Cassiopée.

Les dalles les plus significatives se situent devant la chapelle de Saint Robert au pied du jubé à l'image de celle composée de cinq écussons en forme de croix attribuée aux Balzac d'Entraigues, Seigneurs de Pauhlac près de Brioude ou celle de Gilbert Motier de La Fayette, Maréchal de France, décédé le 23 février 1463. Dévasté pendant les guerres de religions, on la remplaça par une plaque de cuivre rouge ou figuraient les armes des Lafayette. Disséminées dans toute l'église abbatiale, on relève celles de Pierre de Giac, de Guillaume de la Roue, évêque du Puy, de Nicolas de Montclar, de Pierre et de Robert de Canillac, d'Armand d'Allègre, de Pierre de Vissac, évêque de Saint Flour, d'Alix de Beaufort, Comtesse de Valerne et de Vienne, de Guillaume VII, Comte de Clermont et son fils le Dauphin d'Auvergne, du Vicomte de Polignac, de Guy-Charles de Beaujeu Duc de Montpensier et bien d'autres encore.

Dans le collatéral nord, sous la fresque de la Danse macabre, deux tombeaux sont présents. Ils ont subi d'importantes mutilations.

Le premier tombeau, couvert d'un gisant en marbre blanc, représente un abbé mitré et passe pour appartenir à Jean de Chandorat, abbé de la Chaise-Dieu pendant 24 années puis évêque du Puy, décédé en 1356. Un second tombeau, reconstruit au XVIème siècle ou après la révolution avec les fragments d'autres tombeaux se situe au dessous d'une fresque, elle aussi inachevée, datée du XVème siècle, représentant la Vierge Marie.

Le gisant représente une femme, les mains jointes, la tête reposant sur un coussin parsemé d'écussons aux armes de la famille de Vichy. Une tradition ancienne voulait que ce tombeau soit celui de la reine Edith d'Angleterre. Plus raisonnablement, cette sépulture pourrait être celle de Smaragde de Vichy, mariée à Morinot de Tourzel, seigneur d'Allègre en 1387.

Entre ces deux tombeaux, on découvre un bloc de pierre mesurant, environ, deux mètres de long. Cette pierre, connue sous le nom de «pierre d'exposition», servait à laver puis à exposer le corps des moines décédés. Au fond de ce collatéral, une peinture murale, dont il ne reste que quelques traces, représente le Jugement Dernier. Seuls quelques détails de la gueule du Léviathan qui engloutit les âmes impures, coloré de rouge et de noir, sont perceptibles.

Dans le collatéral sud, on découvre un troisième tombeau dont l'enfeu est composé de médaillons sculptés d'anges musiciens. Cet ensemble est plus connu sous le nom de «tombeau des musiciens». Bien qu'il n'y ait aucune preuve, il est attribué à Reginald de Montclar, abbé de la Chaise-Dieu de 1342 à 1346. Aux dires de plusieurs chercheurs, ce tombeau aurait été réédifié avec des fragments de deux tombeaux jumeaux. Lors de récents travaux, un gisant, daté du XIVème siècle, représentant un évêque, fut mis au jour.

Dans la maison de Dieu (la Casa dei), la mort est finalement bien plus familière qu'il n'y paraît. Sous les hautes voûtes gothiques, dans la pénombre et un silence monacal, tout semble reposer en paix pour l'éternité.

La Danse macabre

La célèbre Danse macabre de La Chaise-Dieu est un véritable sermon, une leçon d'égalité devant la mort. Un défilé de couples composés d'un mort nu, parfois drapé d'un linceul et d'un vivant représentant l'ordre hiérarchique de la société médiévale. Nul n'y échappe, les richesses, les honneurs et la gloire ne sont rien au moment du trépas et cette égalité devant la mort rassure. C'est la promesse d'une vie nouvelle et éternelle.

Elle expose aussi bien le Pape, le plus haut dignitaire à l'époque médiévale, que le médecin, l'astrologue, le moine, le prêtre, la bergère, le laboureur ou l'enfant. Comme pour le jour du Jugement Dernier, ce sont les plus grands qui ouvrent la marche. N'auraient-ils pas plus à se faire pardonner ?

La fresque de la Danse Macabre reste, là comme ailleurs, le message de l'Église aux chrétiens, les invitant au repentir et à la pénitence. Dans l'abbatiale, elle prépare non seulement les fidèles, mais aussi les moines à ce qui les attend. On doit être prêt à mourir, c'est la loi de Dieu. Lui seul, décidera de l'heure. Cette oeuvre n'est aujourd'hui accessible qu'en arrivant du choeur. Elle orne les troisième, quatrième et cinquième travées. L'ensemble est composé de trois panneaux séparés par deux piliers donnant l'aspect d'un triptyque.

Modestement éclairée par de hautes fenêtres en lancette, elle expose en une procession, 46 personnages répartis entre 23 vifs et 23 morts ou «transis» sur une longueur de 26 mètres. Chacun de ces personnages a une hauteur d'un mètre vingt environ. Au début du second panneau, une partie de la fresque a disparu. Ce dommage irréparable est le résultat de l'installation d'un escalier menant à la chaire, réalisé à la fin du XIXème siècle et détruit au début du XXème.

L'oeuvre dans son ensemble est aujourd'hui bien conservée et mise en valeur par un éclairage approprié. Elle a fait l'objet d'une restauration en 1989 qui l'a débarrassée des poussières, mousses et algues qui l'avaient envahie depuis longtemps. L'oeuvre n'a jamais été achevée, seule l'ébauche reste visible, colorée d'ocre rouge pour le fond et d'ocre jaune pour le sol sur lequel dansent les personnages.

«Le mort, le vif fait avancer». Le dessin, clair et assuré, laisse l'impression d'une mort amusante. Un mort (ou transi) rieur, joueur, parfois enclin à la plaisanterie, à la cajolerie voire à l'encouragement, allant d'un vif à l'autre. Le vif, plutôt tranquille parfois dubitatif, cherche à tout prix à éviter la rencontre ou à retarder le dernier instant. Les sentiments exprimés, tant par les vifs que par les morts, restent très humains autant par leur posture que par l'expression de leur visage.

Dans l'abbaye de la Chaise-Dieu, la Danse Macabre présente quelques particularités qui en font une représentation unique comme la présence de deux femmes.

Premier panneau : le Pape, l'Empereur, le Légat, le Roi, le Cardinal, le Connétable, l'Abbé mitré, le Chevalier.

Second panneau : le Moine bénédictin, le Bourgeois, la Chanoinesse, le Marchand, la Moniale, le Sergent à verges, le Chartreux.

Troisième panneau : l'amoureux, le Médecin, le Clerc théologien, le Laboureur, le Cistercien, l'Enfant, le novice.

Dans ces hautes terres du Livradois, aux confins de l'Auvergne et du Velay, sur une terre au climat souvent rude, dans une abbaye où nombre de pèlerins se sont retrouvés durant des siècles, le message universel, «l'âme d'un puissant vaut bien celle d'un humble», prend alors tout son sens.

«La Danse Macabre s'appelle
Que chacun à danser apprant
A l'homme et femme est naturelle
Mort n'espargne petit ne grant».

Les tapisseries

Au dessus des stalles, tout autour du choeur, se développe une tenture composée de 14 pièces. Longues de 65 mètres, ces tapisseries ou draps imagés étaient à l'origine composées de 18 pièces. Elles sont tissées dans de la laine mêlée de fils de soie. Jacques de Saint Nectaire, dernier abbé régulier de 1491 à 1518 est le commanditaire de cette oeuvre. Ses armoiries figurent en bonne place sur les tapisseries. Il semble que les scènes représentées soient extraites de la Bible des Pauvres dans une édition de 1460. Chaque scène du Nouveau Testament est encadrée par deux événements qui l'annoncent, associée à quatre versets prophétiques.

Les versets tissés sont identiques à ceux présents dans la Bible des Pauvres. Cette oeuvre reste énigmatique quant à son style et le lieu de son exécution. Toutefois, il est probable qu'elle ait été réalisée dans le nord de la France ou en Flandre (actuelle Belgique).

Les villes de Lille, Arras, Tournai ou Bruxelles étaient passées maîtres dans l'exécution de ce type de tapisserie à la fin du XVème siècle.

L'enfance du Christ, la Passion, le Jugement Dernier et des scènes de l'ancien Testament sont représentés de façon brutale et cruelle. Les corps sanguinolents sont bien visibles et les visages représentés gardent un côté bestial. On notera que chaque tapisserie est parfaitement remplie, il n'y a pas de place pour le vide.

Les «draps imagés» se présentent dans l'ordre suivant :
- l'Annonciation, la Nativité, l'Adoration des Mages
- la fuite en Egypte, le massacre des innocents, le baptême de Jésus
- la tentation de Jésus, la résurrection de Lazare, l'entrée de Jésus à Jérusalem,
- Jésus vendu par Judas, la Cène, le baiser de Judas,
- la flagellation, le couronnement d'épines, Jésus devant Pilate
- le portement de Croix, la mise au tombeau,
- la résurrection du Christ, les saintes femmes au tombeau vide
- l'incrédulité de Saint Thomas, l'Ascension, la Pentecôte,
- le couronnement de la Vierge, le Jugement de Salomon et le Jugement Dernier.

Trois autres tapisseries figurent à cet inventaire mais ne se trouvent pas dans le choeur.
- la Naissance de Jésus,
- le Crucifiement,
- la Résurrection.

Elle sont visibles dans la salle du trésor au côté de magnifiques sculptures du XIIème siècle. Ce principe de l'imagerie, comme celui de la Danse Macabre, permettait au peuple et à tous les fidèles du Moyen-âge de comprendre les Saintes Ecritures sans le besoin de savoir lire et écrire.

Les stalles

Fine dentelle de bois, véritable ouvrage d'un maître ébéniste, ces 144 stalles seraient l'oeuvre d'un sculpteur flamand. Elles ont été commandées par Jacques de Saint Nectaire, dernier abbé régulier de 1491 à 1518. Marius Vachon écrit que «les artistes qui ont réalisé cet oeuvre ont laissé le champ libre à leur imagination. Ces chimères, ces moines accroupis dans des attitudes grotesques contiennent une allusion discrète, pour nous obscure, mais parfaitement saisissable par les contemporains de l'artiste».

Sculptées dans du chêne, elles couvrent les trois côtés du choeur. Une sorte de dais en bois sculpté surmonte l'ensemble. Le dossier est constitué d'une série d'arcs d'ogive soutenus par trois colonnettes à chapiteaux. La cloison qui sépare les stalles entre elles est ornée de petites colonnes supportant les accoudoirs.

Les demi-sièges sous les stalles, appelés «miséricordes» parce qu'ils permettaient aux moines de se tenir dans une position moitié assis, moitié debout pendant les longs offices, sont ornés de feuillages. Celle de l'abbé est ornée d'une chimère.

Le cloître

Cette magnifique construction de pierre composée d'un mélange d'arcs romans et ogivaux, préfigure ce que sera l'architecture de la fin du XIVème siècle. André Chanac fit construire les 4 premières travées (ses armes figurent sculptées sur les clés de voûtes). Le reste de cette imposante construction fut l'oeuvre de Pierre de Jouvenroux, infirmier-mage de l'abbaye de 1491 à 1527.
 

La prouesse architecturale tient au fait que le cloître est construit sur un plan incliné. Chacun des angles se trouve sur un niveau différent. Dans le flanc des meneaux, on peut encore voir les rainures destinées à recevoir les verrières mobiles que les moines plaçaient l'hiver pour échapper aux grands froids.

C'est au-dessus de la partie encore visible que se trouvait la bibliothèque de l'abbaye. Elle comprenait, dit-on, pas moins de 5853 ouvrages et chartes malheureusement dispersés ou détruits pendant la Révolution. Dans l'angle nord une petite galerie, aujourd'hui disparue, donnait accès à la chapelle du collège fondé par Grégoire XI. C'est dans cette chapelle que fut inhumé Jean Soanen, Janséniste exilé à la Chaise-Dieu, décédé en 1740.

Du cloître, on aperçoit la chapelle dite des «Pénitents». Elle tient son nom de la confrérie des Pénitents de la Chaise-Dieu qui y tenaient leurs réunions. Ce bâtiment est en fait l'ancien réfectoire des moines construit par les abbés Hugues de Chauvigny de Blot et Jacques de Saint Nectaire.

Les bâtiments conventuels

Sur le «monasticon gallicanum», sorte de plan en élévation relevé à la fin du XVIIème siècle, les bâtiments conventuels occupaient une vaste étendue formant un quadrilatère. Il ne reste aujourd'hui que les parties sud et est de cette imposante construction édifiée au XVIIème siècle lorsque les Mauristes prirent possession de l'abbaye en 1640 sous les ordres du Cardinal de Richelieu. Ces bâtiments comprenaient les habitations des moines, l'infirmerie, des lieux de stockage de denrées diverses, du fourrage et des écuries.

Vendus comme biens nationaux à la Révolution, ils sont occupés par des particuliers, la Mairie et, jadis, par la justice de Paix, l'école publique et l'hospice pour les vieillards. Les deux vastes cours ont longtemps servi de foirail.

La salle de l'écho, partie intégrante de ces bâtiments, est une salle dont la voûte présente une particularité liée à la propagation des sons. En parlant à voix basse dans l'un de ses angles, seule la personne dans l'angle opposé entend vos propos. Rien aujourd'hui n'a permis de déterminer s'il s'agissait d'un pur hasard architectural ou si cette architecture était l'oeuvre d'un savant calcul. La tradition locale prétend que cette salle servait aux moines pour confesser les lépreux.

La façade

La majestueuse façade de l'abbatiale est érigée au XIVème siècle. Financé par le Pape Clément VI, l'édifice devait abriter son tombeau. De style gothique languedocien, son aspect sévère et massif s'intègre tout particulièrement au plateau du Livradois doté d'un climat rude et austère. La porte est de forme ogivale à triple voussure. Sur le trumeau qui la divise, une statue, probablement celle de Saint Robert, accueille le visiteur et le pèlerin.

À l'origine, des statues garnissaient les six niches du portail, le tympan et le trumeau. Elles ont été détruites lors des guerres de religion en 1562. Une fenêtre centrale et deux fenêtres ogivales éclairent la nef et les collatéraux. Au dessus, trois arches massives composent le système de défense de l'entrée. Elles sont surmontées d'une galerie ou chemin de ronde communiquant entre les deux tours. La façade mesure 60 mètres de hauteur. Elle est soutenue par des contreforts massifs à plusieurs niveaux. On accède à cette façade par un escalier en forme d'éventail construit en 1758, composé d'une quarantaine de marches et divisé en paliers qui s'étirent sur toute la largeur de la façade.

Le jubé

Cette lourde construction séparant la nef en deux parties, l'une réservée au moines dans le choeur, l'autre pour recevoir les pèlerins et fidèles, date du XVème siècle. Il est composé de trois arches bordées de feuillages qui soutiennent une balustrade. Sous l'arche de droite, se trouve l'autel dédié à Saint Robert, le fondateur de l'abbaye. Cette petite chapelle et celle de gauche ont été érigées par Gilbert Motier de Lafayette, Maréchal de France, qui souhaitait y voir sa sépulture et celle de sa famille. Elles furent détruites pendant les guerres de religion.

Le jubé est surmonté d'un grand Christ. La tradition locale prétend que sous la Révolution, on voulut l'abattre. Celui qui tenta le forfait fut précipité au sol où il se fendit le crâne. Pour le sauver les habitants de la Chaise-Dieu le couchèrent sur le jubé mais les deux bras de la croix étaient trop larges. Celui de droite en fit les frais, ce qui explique la dissymétrie de la longueur des bras de la croix.

Ce Christ criant de vérité est l'oeuvre de Jean Bonnefoy, frère novice, qu'il réalisa en 1603. Il est entouré de la Vierge et de Saint Jean réalisés au XVème siècle. Au pied du jubé, plusieurs dalles du sol présentent des épitaphes ou des armoiries sculptées. La plupart de ces dalles recouvrent les corps des moines, novices ou laïcs qui ont souhaité reposer dans l'abbaye pour l'éternité.

La tour Clémentine

Cette tour massive, encastrée dans l'abside de l'abbatiale, portait le nom de «tour du vestiaire» ou «tour de la Trésorerie» Son nom de «tour Clémentine» lui sera attribué bien plus tard, en l'honneur de Clément VI. Construite au XIVème siècle à l'initiative de Jean de Chandorat, abbé de la Chaise-Dieu, les travaux s'arrêteront faute d'argent. Grégoire XI, nouveau Pape, neveu de Clément VI semble avoir mis un point d'honneur à l'achèvement des travaux.

Puissante tour de défense pourvue de créneaux et de mâchicoulis, elle est maintenue au sol par de puissants contreforts et des arcs-boutants. Elle servait à la fois de donjon, de grenier, à conserver le trésor des reliques et de refuge pour les religieux. Lorsque les attaques huguenotes de 1562 se firent particulièrement violentes, les moines purent rester à l'abri et conserver de quoi subsister. Cette tour avait jadis un puits nommé fontaine de Saint Robert. Son eau était réputée pour apaiser les fièvres. Un important escalier en colimaçon de 147 marches dessert les étages de la tour.

Le buffet d'orgue

Construit et sculpté en bois de pin, il se situe au dessus de la grande porte d'entrée et occupe la totalité de la largeur de la nef centrale. Il porte la signature du sculpteur, COX et la date de 1683. Une tradition locale voudrait que ce buffet d'orgue ait été réalisé par un moine de l'abbaye répondant au nom de Cox, d'origine flamande. L'orgue, quant à lui, a été réalisé par Martin Carouge, facteur d'orgue à Paris en 1736-1737. La Révolution passant par là a détruit une grande partie de l'instrument en épargnant toutefois le buffet.

L'ensemble est supporté par quatre atlantes et de belles têtes de lions dont la gueule ouverte laisse se dérouler une guirlande de fleurs et de fruits. Le balcon est orné d'anges musiciens, de chérubins accompagnés par Sainte Cécile et le roi David. On y découvre aussi les armoiries de Hyacinthe Serroni, abbé de 1672 à 1687 qui devint évêque de Mende et archevêque d'Albi. Il paraît probable que cet abbé ait été le commanditaire de l'instrument et du buffet. L'instrument a fait l'objet d'une importante restauration. Quelques concerts viennent, de temps en temps, troubler la quiétude de l'abbatiale pour la plus grande joie des amateurs d'orgue.

Bibliographie

- Aimé Brunereau, La Danse Macabre de la Chaise-Dieu, Béal éditeur, la Chaise-Dieu, 1923
- Georges Paul, abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu, Librairie Edouard Champion, Paris 1924.
- J. Lespinasse et L. Grand, abbaye de la Chaise-Dieu, Imprimerie Jeanne D'arc, le Puy
- Pierre Roger Gaussin, Huit siècles d'histoire : L'abbaye de la Chaise-Dieu 1043-1790, Almanach de Brioude, 1967.
- Michel Pomarat et Pierre Burger, Les tapisseries de l'abbatiale Saint Robert de la Chaise-Dieu, Brioude 1975.
- Alain Erlande-Brandenburg, La Chaise-Dieu, édition ouest-France, 1995.

Patrick Rossi
Remerciements à l'auteur

Le texte ci-dessus ainsi que celui consacré à l'Histoire de l'abbatiale font partie d'un ouvrage de Patrick Rossi en vente à la Chaise-Dieu, accompagné de dessins à l'encre de Mme Monique Rossi : L'abbaye de la Chaise-Dieu, Monique Rossi (40 pages, 12 euros).

Publié ou mis à jour le : 2017-08-06 21:51:52

 
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