1979 - 2008 - L'Histoire censurée - Herodote.net

1979 - 2008

L'Histoire censurée

L'air du temps est à la repentance. Tandis que le mandat du président Chirac tire à sa fin, il ne se passe plus de mois sans qu'une nouvelle affaire ne vienne meurtrir les Français dans leur mémoire et leur identité.

André Larané
Maurice, un modèle à suivre

L'Eco Austral, magazine économique de l'Océan Indien, compare la cohabitation désinvolte des religions sur l'île Maurice à l'attitude coincée des Européens et de leurs responsables. Son billet, plein de fraîcheur et de drôlerie, est justement intitulé : « La repentance demeure le premier sport occidental » (Eco Austral, N° 219, avril 2008, page 12)... /Note/nEcoaustral.php','Ecoaustral','scrollbars=yes,width=300,height=600'); return false;">Lire le billet de L'Eco Austral

Une lente perversion des coeurs

Tout a commencé sans qu'on y prenne garde. En 1981, chacun se réjouissait que le président Mitterrand célèbre la mémoire des illustres ancêtres, Schoelcher, Jaurès ou Moulin. Quelques entrées au Panthéon (Curie, Dumas...) contribuèrent à unir tous les Français autour de leur Histoire commune.

Puis, la machine s'est grippée sans que l'on y prenne garde. Un peu comme dans le roman allégorique d'Ionesco Rhinocéros où une société se métamorphose sans que l'on songe à un moment ou un autre à dire : « Arrêtons, cela suffit ! »

Il y a eu d'abord une provocation du quotidien Le Monde. En janvier 1979, (qui s'en souvient ?), il a ouvert ses colonnes à un psychopathe, René Faurisson, qui se faisait fort de démontrer que la Shoah n'avait pas eu lieu.

Sous prétexte d'enrayer les idées « négationnistes », on en est arrivé en 1990 à une première loi, la loi Gayssot, qui prescrivit des sanctions pénales contre les personnes qui mettraient en doute la réalité d'un génocide.

Plus rien jusqu'en 2001. Là-dessus, à l'approche d'une année électorale importante, les députés votent une loi limitée à un article déclarant officiellement que les massacres d'Arméniens de 1915 relevaient du génocide (ce dont presque personne ne doute sauf en Turquie), cela pour complaire à la minorité d'origine arménienne.

Les minorités antillaises montent à leur tour au créneau et le Parlement vote une nouvelle loi mémorielle qui fait de la traite européenne et d'elle seule (à l'exclusion de tout autre !) un crime contre l'humanité. La simple négation de cette affirmation devient passible de poursuites judiciaires.

En octobre 2006, un seuil a été franchi avec une loi qui menace d'un an de prison et d'une très forte amende toute personne qui contesterait que les massacres d'Arméniens de 1915 relèvent de la catégorie du génocide. La machine infernale de la censure une fois lancée, plus rien ne s'oppose désormais à la multiplication des lois liberticides, au nom de telle ou telle revendication catégorielle (race, religion, sexualité, etc...).

La cohésion nationale à l'épreuve

Ce dévoiement de la démocratie déshonore le Parlement et la classe politique. Plus gravement encore, il porte atteinte à ce qui fait l'essence de la Nation française, à savoir l'attachement à une Histoire commune.

À la différence des autres grandes nations européennes, la France ne coule pas de l'évidence. Il y a mille ans, rien ne prédisposait à vivre ensemble les Basques, Bretons, Flamands, Corses, Alsaciens, Occitans... C'est l'action continue d'une dynastie, les Capétiens, poursuivie par la République, qui a fondé cette Nation improbable qui est la nôtre.

Cette fondation s'est faite le plus souvent dans la violence (guerres seigneuriales, Cathares, guerres de religion, Révolution, Vendée, Commune, colonisation...). Pareille violence n'est pas l'exclusivité de la France mais le sort commun à toutes les grandes entreprises historiques. Aussi ne sert-il à rien de s'en affliger et s'en repentir.

Il importe davantage de regarder l'avenir et ce qui nous unit, en particulier notre langue et les pages glorieuses de notre Histoire commune...

L'Histoire de France est, avec la langue française, le ciment qui préserve l'unité de la communauté nationale, dans les limites de l'hexagone et de ses dépendances d'outre-mer. C'est un ensemble de souvenirs partagés, parfois embellis par la patine du temps, autour desquels nous pouvons dialoguer et nous reconnaître, quelles que soient nos croyances et nos couleurs de peau. N'oublions pas que le plus « français » de nos écrivains, à l'origine de nos romans historiques les plus populaires, est le petit-fils d'un aristocrate normand et d'une esclave africaine, Alexandre Dumas, qui n'avait cure de repentance.

Enfants d'immigrés récents ou Français de longue date, nous sommes tous, comme lui, les fils spirituels des constructeurs de cathédrales, des combattants de Bouvines, Valmy et Verdun, de Montaigne et Victor Hugo. Souvenons-nous-en. Le film Indigènes (2006) constitue de ce point de vue un beau message d'espoir. Puissent nos élus l'entendre et reprendre leurs esprits.....


Publié ou mis à jour le : 2015-04-23 14:55:02

 
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