20 avril 2020

Joshua Mitchell : « Méfions-nous du doux despote qui veut nous protéger de la mort à tout prix »

Joshua Mitchell enseigne la théorie politique à l’Université catholique de Georgetown (Washington DC). Spécialiste d’Alexis de Tocqueville, il craint l’avènement d’un « despotisme doux », qui s’en prendrait aux âmes et non plus seulement aux corps comme les régimes totalitaires du XXe siècle (note).

Certes, l’épidémie de coronavirus exige des mesures collectives pour protéger les individus mais devons-nous tout leur sacrifier et en particulier ce qui donne sens à nos existences individuelles et collectives ?

Les pays asiatiques qui ont emprunté aux Européens le concept d’État-Nation ont pu déployer d’importants moyens matériels et administratifs et ainsi éviter dans une large mesure le confinement autoritaire de la population.

Rien de tel en Occident et surtout dans l’Union européenne et la zone euro, où les gouvernements et les peuples se sont dessaisis de la souveraineté nationale au profit de vagues institutions supranationales. Face au Covid-19, les voilà pour la plupart contraints par manque de moyens d’imposer un confinement maximum. Ils ont la satisfaction, au moins pour l’heure, de limiter la mortalité par le coronavirus mais ils prennent le risque de briser les équilibres socio-économiques et d’engendrer à terme un surcroît de mortalité non par Covid-19 mais par misère, manque de soins, désespoir etc. Plus gravement peut-être, ils prennent le risque de ruiner l’esprit de liberté qui est le fondement de notre civilisation et de nos existences.

Adam Smith a montré dans La Richesse des Nations (1776) que l’État de droit est indispensable pour soutenir et canaliser l’initiative individuelle. En cela, l’apôtre du libéralisme classique se démarque des néolibéraux contemporains. À l’image du président américain Donald Reagan, ceux-ci voyaient l’État comme un problème. Ils sont aujourd’hui en situation de panique face au coronavirus et tentent par tous les moyens de restaurer les outils qu’ils ont bradés avec légèreté (politique industrielle, frontières, solidarité nationale…) !

Devons-nous renoncer à vivre pour éviter de mourir ?

Allons-nous être empêchés de vivre pour éviter de mourir du coronavirus ? On a pu le croire quand le président Macron a envisagé un confinement prolongé des « vieux » (les plus de 65 ans… dont sa propre épouse et la majorité des sénateurs).

Confinement ou pas, Joshua Mitchell rappelle que les réseaux sociaux et le télétravail peuvent compléter le contact humain mais ne sauraient s’y substituer, pas plus que les vitamines ne remplacent un vrai repas. La « distanciation sociale » atteint ses limites quand elle fait mourir des malades dans la solitude.

Sans doute en raison de sa foi religieuse, le chercheur rappelle que la mort est une donnée intégrante de la vie. S’il est encore une fois nécessaire de lutter contre le coronavirus, il faut accepter une part de risque et ne pas céder à l’illusion d’une sécurité absolue qui serait la négation de la vie. Dans Le Meilleur des mondes (Aldous Huxley, 1931), que cite l’enseignant, il est écrit que si l’on veut la liberté, l’amitié, l’amour et des enfants, il faut aussi accepter de vivre avec la douleur et la mort…


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