Jeanne d'Arc en son siècle - Une héroïne ordinaire - Herodote.net

Jeanne d'Arc en son siècle

Une héroïne ordinaire

Olivier Bouzy (Fayard, 320 pages, 20 euros,  2013)

Jeanne d'Arc en son siècle

On croyait avoir tout lu sur Jeanne d'Arc jusqu'à ce vent frais et salubre d'Olivier Bouzy...

Il n'y a pratiquement pas eu de travaux universitaires sur la Pucelle d'Orléans entre ceux de Jules Quicherat (1850) et Colette Beaune (2006), en bonne partie en raison de la défaveur du genre biographique chez les adeptes de l'École des Annales.

Du coup, l'essentiel de notre information s'est formée à partir de traductions approximatives et de sources tardives, de seconde main et partisanes.

Ainsi l'image noire de la reine Isabeau de Bavière, mère de Charles VII, doit-elle beaucoup à la haine des historiens du... XIXe siècle pour Marie-Antoinette l'Autrichienne et pour l'Allemagne, l'ennemie héréditaire.

Aussi avons-nous découvert avec un plaisir infini ce livre-ci, qui replace l'héroïne dans le contexte politique de son action et, surtout, décrit les motivations des acteurs de l'époque non d'après ce que nous savons de la fin de l'histoire mais d'après ce qu'eux-mêmes pouvaient en deviner.

Retour aux sources

Olivier Bouzy, historien médiéviste, responsable du Centre Jeanne-d'Arc à Orléans, a une connaissance intime de l'époque de Jeanne d'Arc. Au lieu de simplement décrire les agissements des contemporains, il commet l'exploit de se mettre à leur place et de deviner leurs motivations.

Ainsi, à la fin de l'année 1422, le roi Charles VI le Fou vient de mourir, suivant de peu dans la tombe son alter ego, le roi d'Angleterre Henri V de Lancastre. Par traité, les couronnes de France et d'Angleterre doivent normalement revenir à leur petit-fils et fils Henri VI, un enfant de quelques mois.

Après quelques beaux succès face aux Anglais, les partisans du Dauphin, devenu Charles VII, autre prétendant à la couronne, attendent, l'arme au pied...

Ils attendent que Charles ait enfin un héritier, ce qui arrive le 3 juillet 1423 avec la naissance à Bourges du futur Louis XI. Sans cette naissance bienvenue qui renforce leur cause, que serait-il advenu ?...

Considérant le redressement de la France sous le règne de Charles VII, Olivier Bouzy rappelle qu'il était assez prévisible compte tenu de ce que la France demeurait dix fois plus peuplée et beaucoup plus riche que l'Angleterre.

À propos de Jeanne elle-même, il rappelle que son cas ne fut pas isolé. Dans une époque ardente, parcourue par des courants prophétiques, il identifie au moins deux autres cas de jeunes femmes qui combattirent étendard à la main... En premier lieu Getrud Trysse, assimilée par ses partisans à la vierge Marie, qui meurt malheureusement trop tôt au pont de Commynes en 1382 pour l'honneur de la Flandre ; en deuxième lieu une autre femme morte pour la cause flamande en 1453 à la bataille de Gavre.

Afin de nous rendre plus compréhensible l'épopée foudroyante de la Pucelle, l'historien revient constamment aux sources disponibles en prenant soin de les ausculter. Telle assertion isolée et tardive relève de la recopie maladroite d'un texte latin, avec erreur de traduction à la clé ; il n'empêche que des commentateurs ont voulu y voir, beaucoup plus tard, la preuve de telle ou telle théorie ubuesque sur la destinée de Jeanne d'Arc (femme dénaturée, prince de sang royal...).

Dans la dernière partie de son ouvrage, concernant la postérité de Jeanne d'Arc, Olivier Bouzy se montre particulièrement incisif sur ces commentaires qui, tous, sont sous-tendus par une intention idéologique et nous éloignent de la simple réalité des faits.

André Larané

Voir : Une héroïne universelle

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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