Aux sources de l'Histoire

Jean-Nicolas Baudier, fidèle aux idéaux de la Révolution

Jean-Nicolas Baudier est un bel exemple d’honnête homme. En 1789, il croit aux idées nouvelles et se plonge dans l’histoire. De la fin de l’Ancien régime à la Monarchie de Juillet, il se met au service de l’État en tentant de conjuguer sa fonction avec la fidélité à ses idéaux. 

La réaction thermidorienne engendra la girouette politique, caractéristique du régime d’extrême centre qui s’épanouit entre le Directoire et la Première Restauration. La politique dictée par le bon sens, rejetant les extrémités révolutionnaires, s’est appuyée sur un homme fort après le coup d’État du 18 brumaire. Elle devait permettre à la bourgeoisie d’engendrer paisiblement de nouvelles dynasties familiales assises sur les fortunes considérables amassées sur les débris des privilèges de l’Ancien régime.

Le choix de Jean-Nicolas Baudier de s'identifier à la cause du peuple conditionna le reste de son existence : se nourrissant d’idéaux, il vécut dans le dénuement.

Philippe Chapelin, généalogiste

Acte de baptême (Dossier du SHD).

Une carrière au service de l’État : Brest, Rennes puis la Royale (1782-1791)

Jean-Nicolas Baudier naquit à Aix-en-Provence le 24 mars 1766, paroisse Ste-Madeleine, de Louis Pierre Baudier et de Thérèse Charlotte Boyer. Son père, issu d’une famille de marchands et tisserands champenois (sous l’orthographe Bodier) installée à Chaource, à Géraudot et à Troyes, était alors professeur au collège royal de chirurgie à Aix et chirurgien à l’hôpital militaire d’Aix.

Jean-Nicolas eut plusieurs frères et sœurs. Antoine Augustin Baudier, de trois ans son cadet, fut officier de santé et chirurgien major des armées de la Révolution pendant la campagne d’Italie.

François-Geoffroi Roux, La Recherche et l' Espérance, 1827. D’autres membres de la famille s’installèrent à la Nouvelle-Orléans où ils se sont alliés aux descendants d’Antoine Verloin de Gruy, lui aussi d’origine champenoise.

Chirurgien depuis 1782, Baudier servit l’État à partir de 1785, sous le ministère du maréchal de Ségur. Il entra d’abord pendant un an comme chirurgien surnuméraire (non titularisé) à l’hôpital militaire de Brest à l’été 1786, puis chirurgien-élève à l’hôpital militaire de Rennes jusqu’en octobre 1787.

Basé à Brest, il entra ensuite dans la Marine royale en qualité de chirurgien auxiliaire sur les vaisseaux de l’État. Le 28 octobre 1787, il est nommé chirurgien-major sur la flûte du roi La Durance (note), sous le commandement du « chevalier » de Reydellet. (note) Néanmoins, il n’y reste pas longtemps puisqu’il embarque le 17 novembre 1787 sur le vaisseau L’Achille (note) comme second chirurgien, pendant un an.

Positions du Barbeau en 1788. L'agrandissement montre les positions du vaisseau La Durance dans les années 1785-1786. Base CLIWOC.Baudier est nommé le 1er juillet 1789 second chirurgien sur une gabare, la flûte Le Barbeau (note), commandée par le lieutenant de vaisseau Cadignan (note), puis comme chirurgien-major d’avril à novembre 1790, enfin, à terre jusqu’en février 1791.

Selon le commandant Cadignan, il « remplit les devoirs de la place avec un zèle infatigable et a démontré une instruction qui mérite le plus grand éloge ». Au total, il a passé au service de la Marine plus d’un an et demi en mer.

À Morlaix : chirurgie et politique, c’est la Révolution (1791-1796)

C’est en tant que chirurgien aide-major de deuxième classe qu’il arrive le 8 février 1791, par voie de concours, à l'hôpital militaire de Saint-Pierre de Morlaix, dit « l’hôpital des vénériens ». Morlaix est alors un bourg de 10 000 habitants qui possède une importante manufacture de tabacs, une industrie de l’orfèvrerie et qui s’est développé grâce à son port.

Jean-Nicolas Baudier adhère aux idées de son temps. Ainsi, il rejoint le 6 mars 1791 la Société populaire de Morlaix. Il a 29 ans. Il s’unit le 15 février 1792 à Simone Anne Pelle Desforges, issue de la petite noblesse de Morlaix, qui lui donne six enfants. Son beau-père était capitaine des garde-côtes du bataillon de St-Pol-de-Léon. Le nom PELLE DESFORGES est associé à l’orfèvrerie morlaisienne.

Morlaix : le port et la manufacture de tabac, Ozanne, XVIIIe siècle, Musée de Morlaix.

D’août à décembre 1792, Baudier est maire de Morlaix et administrateur du directoire du district. Cette période lui donne sans doute une réputation de révolutionnaire actif qui pèsera par la suite. En effet, il dirige la majorité municipale la plus radicale de la période. Avec une armée de patriotes morlaisiens, il vient mater une révolte à Scrignac.

En septembre, la municipalité fait rafler 75 personnes, dont une majorité de femmes, suspectés de participer aux réseaux de l’émigration des nobles vers l’Angleterre. Cette vague d’arrestation est d’autant plus remarquée qu’elle vise aussi des personnages importants, tel que Mathieu Beaumont, juge, banquier et négociant et Joseph Moreau, père du général Moreau, notaire, tous soupçonnés d’être impliqués dans des trafics avec les émigrés.

La municipalité doit aussi mettre en œuvre la loi de suppression des congrégations. Le Carmel est transformé en prison et les Ursulines deviennent un hôpital militaire. Baudier n’est pas réélu aux élections du 10 décembre qui se traduisent par une réaction de droite.

À vrai dire, il s’inquiète déjà des suites de sa carrière. Après huit ans de service, il trouve ses appointements insuffisants et songe à s’engager dans l’armée du Midi ou dans l’armée d’Espagne.

En juin 1793, il devient chirurgien en chef grâce au départ à la guerre de son supérieur, Party, avec les appointements correspondant, mais sans le titre de chirurgien-major. Le Conseil de santé enregistre avec étonnement ses nombreuses exigences, dont celles de vouloir jouir des « privilèges » de celui qu’il remplace désormais.

Ce qui ne plaît pas du tout au conseil qui lui rétorque, d’après les nouveaux principes, que ce chirurgien n’en jouissait d’aucun « parce que l’égalité n’en veut point ».

L’état de service dressé le 4 juillet 1794 (16 messidor an II) par la municipalité de Morlaix, peu avant la chute de Robespierre, est très élogieux : « conduite morale avantageusement connue, capacité reconnue, patriotisme attesté par son certificat de civisme visé par le comité de surveillance révolutionnaire de Morlaix ».

Mais ces éloges le rattachent aussi à son activité révolutionnaire. Ce qui va rendre la suite de sa carrière à Morlaix très difficile.

Registre, État de service, Officier de santé.

Une pénible fin de carrière militaire (1796-1805)

Le 2 mai 1796 (13 floréal an IV), en prévision du retour de Party, chef titulaire de l’hôpital militaire de Morlaix, on lui propose de diriger le service d’un hôpital voisin qui soigne les « galleux simples ». Il s’agit du château monumental de l’Esquiffiou dans la commune voisine, Pleyber-Christ, transformé en hôpital militaire depuis cinq ans.

Mais le contexte ne l’incite guère à vouloir demeurer à Morlaix. Il arrive ainsi à obtenir deux congés de trois mois entre juin 1796 et mai 1797 pour vivre à Paris auprès de sa famille qu’il a sans doute déplacée pour des raisons de sécurité.

Depuis le retour du chef titulaire Party, il a retrouvé le titre de chirurgien de deuxième classe et de chirurgien sous-aide. Il est rabroué, qualifié de médiocre par son chef. Il obtient d’être rattaché à l’armée d’Angleterre, le 23 février 1799 (5 ventôse an VII).

Le 19 juillet, à la suite d’une réforme législative, il est rétrogradé au rang de chirurgien de troisième classe. Navigant toujours entre Morlaix et Paris, on le trouve à Paris en mai 1800 au 851 rue Traversière, maison de Louvier.

Baudier quitte Morlaix en décembre 1801. Il reste néanmoins administrateur de l’hôpital en tant que membre du bureau de bienfaisance de la ville de Morlaix. Son traitement est révisé, probablement augmenté, par décision du ministre de la Guerre du 17 septembre 1803 (30 fructidor an XI), avec effet rétroactif.

Lettre de Party, 1er floréal an XII (21 avril 1804), avec en-tête de l’hôpital militaire de Morlaix.Il est nommé le 10 septembre 1805 chirurgien aide-major au 2ème régiment de cuirassiers à Strasbourg. Mais, souffrant et déprimé, Baudier n’a plus l’énergie pour rejoindre sa nouvelle affectation.

Le Ministre de la Guerre lui ordonne d’obtempérer. Mais, prétextant une maladie survenue au printemps, il fait dire qu’il est allé prendre les eaux dans les Côtes-du-Nord. Il est alors placé en indisponibilité avec un traitement de chirurgien de troisième classe.

Le 5 novembre, le ministre de la Guerre annule sa nomination et lui donne trois mois pour signaler sa nouvelle situation dès sa guérison. À défaut, on le privera de son traitement. Son sort est donc incertain. Mais un rebondissement inattendu va tout bouleverser.

Sources

Archives départementales du Finistère, 26 L 59,
Service historique de la Défense : 3YG BAUDIER, État de services du 16 messidor an II (4 juillet 1794),
Archives nationales : F/7/10770/B (fichier Vidocq), an V. Dossiers de carrière des sous-préfets, F1b/156/9.

Le tuyau du généalogiste

Le classement des Archives départementales est partagé entre la collection ancienne (Ancien régime), la collection moderne (1815-1940) et la collection contemporaine (depuis 1940). Les archives de la période révolutionnaire sont classées dans une collection unique, à part, la série L. Ce qui révèle l’exceptionnalité de la période.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-24 15:46:22

 
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