Jean Jaurès (1859 - 1914) - Le tribun socialiste - Herodote.net

Jean Jaurès (1859 - 1914)

Le tribun socialiste

Jean Jaurès est l'un des personnages les mieux représentés dans le plan des villes françaises. Mort assassiné à 54 ans, à la veille de la Grande Guerre, il a dominé la vie politique française à la « Belle Époque »... bien que n'ayant pas été une seule fois ministre ! 

Chef socialiste estimé de tous, y compris de ses adversaires, il doit son aura à son intégrité morale, à sa verve journalistique et plus que tout à son talent oratoire, à la tribune de la Chambre des députés comme sur les estrades populaires. 

Discours de Jean Jaurès le 25 mai 1913 au Pré-Saint-Gervais à l’issue d’une manifestation contre la loi des trois ans (photo : Maurice-Louis Branger)

Le philosophe en action

Né dans une famille bourgeoise de Castres (Tarn), ce professeur de philosophie est un homme de très grande culture et surtout un tribun hors pair. Après de timides débuts dans la politique, à Toulouse, il est appelé au secours des mineurs de Carmaux, lesquels se sont mis en grève en 1892 pour défendre l'un des leurs, licencié après avoir été élu maire de la ville.

Par ses articles dans le quotidien toulousain La Dépêche du Midi et par ses discours enflammés, Jean Jaurès prend fait et cause pour les mineurs qui, en retour, lui offrent un siège de député socialiste en 1893. C'est le début d'une prestigieuse carrière politique.

En janvier 1898, après la parution de l'article de Zola dans L'Aurore et non sans avoir longtemps hésité,  il met son talent oratoire et sa plume au service de la défense du capitaine Alfred Dreyfus.

À l'image de Clemenceau et bien d'autres chefs politiques, il fonde son propre journal, L'Humanité. Tiré à 140.000 exemplaires, le nouveau quotidien ne tarde pas à réunir d'illustres signatures comme Léon Blum, Anatole France, Aristide Briand...

Les socialistes de la division à l'union

Partisan envers et contre tout de la démocratie parlementaire, Jean Jaurès s'oppose aux marxistes rigoristes Jules Guesde et Édouard Vaillant qui rêvent de révolution et de « dictature du prolétariat ». Mais il est désavoué par l'Internationale socialiste et finit par se rallier à Jules Guesde. 

Jean Jaurès et L'Humanité

Ensemble, ils fondent la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière). L'Humanité en devient très vite le porte-parole.

Jean Jaurès, qui a feint de s'incliner, arrive à reprendre la tête de la SFIO et impose une orientation réformiste au parti.Il poursuit à la Chambre des députés son combat en faveur des travailleurs mais aussi contre la politique coloniale de la République et en faveur d'une réconciliation franco-allemande.

Le tribun s'est attiré une réputation de pacifiste invétéré depuis un célèbre discours à la Chambre des députés, le 7 mars 1895, que la postérité a résumé par la formule lapidaire : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage ».

En 1913, il part en guerre contre la « loi des trois ans » qui porte de deux à trois ans la durée du service pour les jeunes hommes et étend à vingt-huit ans la durée des obligations militaires durant laquelle chacun peut être appelé sous les drapeaux.

En dépit d'une manifestation monstre des opposants au Pré-Saint-Gervais, le 25 mai 1913, sous sa présidence, la loi des trois ans est néanmoins promulguée par le gouvernement de Louis Barthou le 7 août 1913.

La générosité assassinée

Le débat n'est pas clos pour autant. Aux élections législatives du 10 mai 1914, la SFIO remporte un flamboyant succès. Elle devient le deuxième parti de France derrière le parti radical de son allié Joseph Caillaux.

Les partisans de l'abrogation obtiennent une quasi-majorité (269 sièges sur 603). Mais le geste malheureux d'Henriette Caillaux a brisé toutes les chances d'un gouvernement dirigé par Joseph Caillaux, dans lequel Jean Jaurès aurait assumé les Affaires étrangères.

Le 30 juillet, Jean Jaurès apprend que la Russie a mobilisé ses troupes. Le lendemain, après d'ultimes démarches pour convaincre le gouvernement français de retenir son allié russe, il se rend au café du Croissant, dans le 2e arrondissement de Paris, pour dîner avec deux amis.

Il est hélas guetté par un déséquilibré du nom de Raoul Villain (29 ans) qui lui reproche (à tort) d'être opposé à la mobilisation générale et à la guerre imminente contre l'Allemagne. Il lui tire dessus. Un cri fuse dans le café : « Ils ont tué Jaurès ! ».

Deux jours plus tard, l'Allemagne déclare la guerre à la France. C'est le début de la Grande Guerre. Lors des funérailles du leader, le 4 août, le secrétaire de la CGT Léon Jouhaux, prémonitoire, lance : « Victime de ton amour ardent de l'humanité, tes yeux ne verront pas la rouge lueur des incendies, le hideux amas de cadavres que les balles coucheront sur le sol... ».

L'assassin de Jaurès sera jugé et acquitté après la guerre cependant que le 24 novembre 1924, après la victoire du Cartel des gauches aux élections législatives, la dépouille de sa victime sera solennellement transférée au Panthéon.


Publié ou mis à jour le : 2015-05-04 22:38:29

 
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