Dans le Journal du Dimanche (voir ci-après), François Godement, historien, conseiller pour l’Asie à l’Institut Montaigne, prend l'exact contrepied de notre analyse de ce jour et assure que tous les malheurs de l'Ukraine sont le fait du régime russe et de lui seul. En cela, il applique à la lettre les dix principes de la propagande de guerre énumérés par Anne Morelli en 2001 (note)...
Son propos est vif et bien enlevé. Toutefois, il reste dans l'imprécision, malmène la chronologie et omet de rappeler le vieux projet américain de détacher l'Ukraine de la Russie et de repousser celle-ci hors de l'Europe (doctrine Brzeziński). Il néglige aussi la déclaration troublante de l'ex-chancelière Angela Merkel au magazine Die Zeit ce 7 décembre 2022
Que Poutine ait agressé des États voisins, à commencer par la Géorgie, est un fait indubitable mais ces agressions sont survenues seulement à partir de 2008, quand on lui a fait comprendre au sommet de l'OTAN de Bucarest qu'il n'était pas bienvenu dans le théâtre européen. Concernant l'Ukraine, rappelons que les manifestations qui ont fait basculer le régime en 2014 étaient ouvertement appuyées et financées par les États-Unis et que le nouveau régime s'est d'emblée montré hostile à ses minorités russophones (Donbass, Crimée) avec les conséquences que l'on sait...
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Vos réactions à cet article
Christian (19-12-2022 13:32:03)
François Godement ne néglige pas complètement l'interview d'Angela Merkel, même s'il n'y fait qu'une allusion indirecte. Dans la version complète de sa tribune, publiée par l'Institut Montaigne, il écrit:
"Quand Angela Merkel défend les accords de Minsk (2014 et 2015) en disant qu'ils ont "donné du temps" à l'Ukraine pour s'armer, la propagande russe déclare que ceci est la preuve que l'Occident voulait aller au conflit. On oublie qu'Angela Merkel, accablée par les reproches sur sa politique russe, a aussi invoqué le précédent de Munich en 1938 pour arguer qu’avec Poutine aussi on a "gagné du temps" avant une attaque russe"…
Ce qui donne dans la version résumée de sa tribune publiée par le JDD:
"La transparence des démocraties est retournée contre elles: leurs débats s’étalent dans le domaine public. Le comble est atteint avec Angela Merkel, qui pour justifier sa politique passée en est réduite à invoquer le précédent de Munich en 1938 face à Hitler. Alors comme en 2014-2015, on aurait "gagné du temps" avant une attaque russe. En face, les rares critiques sont en prison. Nous n’avons que les digressions de Poutine".
Même si les références à Hitler et à Munich peuvent toujours être contestées, je me permets de relever tout de même quelques points communs: l'Allemagne humiliée par le traité de Versailles et la Russie humiliée par l'expansion de l'OTAN et la guerre du Kosovo; les référendums plus ou moins démocratiques en Sarre, en Autriche et en Crimée; les coups de force successifs plus ou moins acceptés par les démocraties avant que celles-ci ne réagissent (Rhénanie, Tchécoslovaquie et Memel d'une part, Tchétchénie, Géorgie et Donbass d'autre part)...