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Grâce à Dieu

Le procès Barbarin, une affaire Dreyfus inversée

19 mars 2019 : il y a un mois est sorti sur les écrans le film de François Ozon relatant l'affaire Preynat-Barbarin, qui illustre le drame de l'Église, de ses fidèles et de ses hiérarques confrontés à la pédérastie de certains prêtres. Un scandale qui rappelle l'affaire Dreyfus, dans sa volonté de protéger à tout prix une institution, dans un cas l'armée, dans l'autre l'Église, aux dépens de la Justice.

Grâce à Dieu, film de François Ozon (février 2019)Le film de François Ozon est un chef-d'oeuvre de sensibilité et d'humanité. Indéfinissable, c'est un documentaire qui se regarde comme une fiction et comme un thriller avec ce qu'il faut de tension et d'émotion.

L'action débute en 2014 à Lyon. Un père de famille, catholique fervent et cadre dans une banque, découvre que le prêtre dont il a eu à souffrir quand il faisait des camps de scouts exerce encore son ministère auprès des enfants.

Il s'en indigne auprès du diocèse et obtient un entretien avec le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et principal prélat de France. Mais cela n'y fait rien et en désespoir de cause, il se résout à porter plainte devant la justice.

Les enquêteurs font parler d'autres victimes. Confronté à celles-ci, le prêtre ne nie rien, tout en minimisant la portée de ses actes. Il s'afflige simplement de ce que sa hiérarchie n'ait pas pris les mesures nécessaires pour l'empêcher de nuire ! En conférence de presse à Lourdes, l'archevêque lâche un mot malheureux qui va inspirer le titre du film : « La majorité des faits grâce à Dieu sont prescrits ».

Réunies au sein d'une association, La Parole libérée, les victimes vont dès lors se battre pour obtenir la condamnation du prêtre Bernard Preynat (aujourd'hui 72 ans), mais aussi celle du cardinal Barbarin (aujourd'hui 63 ans), pour non-dénonciation d'agressions sexuelles... Le procès du prêtre est à venir. Mais le cardinal a quant à lui été condamné le 7 mars 2019 à six mois de prison avec sursis. Il a présenté sa démission au pape François, lequel l'a refusée le 19 mars 2019.

De Dreyfus à Barbarin, c'est l'Institution contre la Justice

Nous sommes ici au cœur d'un enjeu qui ne touche pas seulement l'Église catholique : est-il permis de faire obstacle à la justice pour protéger une institution ?

Le cas le plus connu et le plus célèbre se rapporte à l'affaire Dreyfus. Résumons : en septembre 1894, le contre-espionnage français met à jour une banale affaire d'espionnage au bénéfice de l'Allemagne et en accuse le capitaine Alfred Dreyfus. Il est envoyé au bagne.  Mais voilà qu'un an après, le lieutenant-colonel Piquart découvre un document qui innocente le capitaine. Il demande une révision du procès.

Alors éclate l'Affaire. D'un côté, les « dreyfusards » pensent que l'on ne doit pas transiger avec les principes : si Dreyfus est innocent, il faut qu'il soit libéré et réhabilité. De l'autre, les « antidreyfusards », confortés par l'antisémitisme ambiant, considèrent que l'intérêt national prime sur les droits de la personne ; en l'occurrence, face à l'« ennemie héréditaire » (l'Allemagne), il n'est pas question de porter atteinte au moral de l'armée avec un procès en révision de Dreyfus, que celui-ci soit innocent ou pas ! (note).

On connaît la suite : grâce à l'intervention de l'écrivain Émile Zola, dans L'Aurore, le procès en révision aura lieu et Dreyfus sera réhabilité en 1906. La France sortira grandie de l'Affaire et l'armée elle-même n'aura aucunement à en souffrir, contrairement aux craintes des  « antidreyfusards ».

Mauvaise pioche

Toutes proportions gardées, le film de François Ozon a sans doute, comme l'article J'Accuse ! de Zola, forcé le dénouement du procès Barbarin. Il était difficile à un juge, après un tel film, de disculper une nouvelle fois le cardinal...

Mais le parallèle avec l'affaire Dreyfus ne s'arrête pas là. À l'image des « antidreyfusards », le cardinal Barbarin a préféré protéger son institution plutôt que d'appliquer le droit commun, autrement dit déférer le prêtre coupable devant la justice.

Dans le film de François Ozon, le cardinal tente de se justifier et rappelle qu'à défaut d'avoir jeté le prêtre en pâture, il a demandé à tous les curés de son diocèse qu'aucun enfant ne soit plus jamais laissé seul en compagnie d'un prêtre. À quoi son interlocuteur répond : « En faisant cela, vous jetez l'opprobre sur tous les prêtres et laissez croire qu'ils pourraient tous être pédophiles ou pédosexuels ! » (dico). 

Autant dire que l'Église n'aurait rien perdu à tenir un langage de vérité face à ses bergers indignes et porter le fer dans la plaie comme l'armée française quand elle a accepté de réhabiliter Dreyfus.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-03-20 19:49:41

 
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