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Florence en pleine gloire
• 19 août 1418 : une coupole révolutionnaire pour la cathédrale
• 26 avril 1478 : conjuration des Pazzi
• 8 avril 1492 : mort de Laurent le Magnifique
• 17 novembre 1494 : Pic de la Mirandole, étoile filante
• 23 mai 1498 : supplice de Savonarole
• 17 mai 1510 : mort de Sandro Botticelli
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Florence

La modernité en marche


Ville d'exception, Florence, qui n'a jamais dépassé 100.000 habitants au temps de sa gloire, a donné naissance à la modernité occidentale.

Très tôt libérés de l'oppression seigneuriale, ses marchands et artisans ont déployé pendant un demi-millénaire, du XIe au XVIIe siècle, des trésors d'énergie et d'ingéniosité, tant dans les affaires et la banque que dans l'industrie, les arts et les sciences. Tout cela sur fond de guerres et de violences civiles.

André Larané.

La Florissante

La ville est fondée par les Romains vers 200 avant JC sur les bords de l'Arno, pour faire concurrence à une cité étrusque située sur les hauteurs, Fiesole. Elle est baptisée du nom de Florentia (la Florissante en latin).

Les fées l'ont, il est vrai, bien dotée. Elle est dans une région admirable par ses paysages, son climat et ses ressources agricoles, sur la voie qui relie Rome à la Lombardie. Cette situation envieuse lui vaudra d'incessantes avanies au cours de l'histoire.

À l'époque carolingienne, au IXe siècle, Fiesole et Florence ne forment plus qu'une seule cité, à la tête du plus vaste comté italien, la Toscane. L'histoire retient le nom de la comtesse Mathilde, femme de caractère, qui impose à l'empereur allemand Henri IV de s'humilier devant le pape Grégoire VII devant son château de Canossa, en 1077.

Au siècle suivant, le développement du commerce et de l'artisanat va de pair dans toute la chrétienté avec le renouveau des villes. Florence n'échappe pas au mouvement. En 1138, ses habitants obtiennent de leur seigneur le droit de s'administrer. Ils nomment des consuls pour diriger la commune.

Par la suite, les bourgeois s'appliquent à défendre leurs libertés chèrement acquises contre les seigneurs et souverains féodaux. En 1183, l'empereur allemand Frédéric Barberousse, qui prétend régner au sud comme au nord des Alpes, leur impose la présence d'un représentant auquel doivent se soumettrent les consuls : le podestat.

Mais Florence, à l'égal des autres cités du nord et du centre de l'Italie, va tirer profit au siècle suivant de la rivalité entre le pape et l'empereur.

Mêlant querelles familiales et querelles féodales, les habitants se divisent entre guelfes et gibelins. Les premiers sont les partisans du pape, plutôt associés au parti populaire, les seconds ceux de l'empereur, plutôt associés à la noblesse féodale.

Au gré des succès et des échecs des uns et des autres, les Florentins négocient des privilèges, qui avec le pape, qui avec l'empereur, jusqu'à aboutir à une complète indépendance.

Il en va de même dans les autres cités italiennes (Lucques, Pise, Gênes, Milan...) sans parler de Venise qui, installée sur la lagune, n'a jamais souffert d'une quelconque domination féodale. Les communes françaises n'ont pas eu cette «chance». Confrontées à un pouvoir royal solide et stable, elles ont vu leurs franchises se réduire peu à peu.

Artisanat, commerce, banque

En dépit des conflits internes et des guerres avec les féodaux et les cités voisines, Florence poursuit son développement. Ses artisans, groupés en différentes corporations, guildes ou Arti, acquièrent une réputation d'excellence dans le tissage de la laine, comme dans le commerce international et, par voie de conséquence, dans le maniement de l'argent. Leurs draps ont dès le XIIIe siècle une finesse qui surpasse celle des draps de Flandre.

Les marchands entrepreneurs passent commande à des artisans installés à la ville ou dans les campagnes environnantes. Ils vendent jusque sur les foires de Champagne et, par nécessité, apprennent à changer les monnaies de leurs clients, lesquels viennent de toute la chrétienté et même des autres rives de la Méditerranée.

Les opérations de change s'effectuent pendant les foires, sur un banc recouvert d'un drap à l'effigie du marchand. Cela vaut à celui-ci l'appellation de «banquier». En 1252, Florence est assez prospère pour frapper la première monnaie d'or depuis l'Antiquité (on ne connaissait auparavant que les monnaies en argent). Cette monnaie appelée florin est acceptée pour argent comptant en Europe et dans tout le bassin méditerranéen.

Démocratie communale

Le développement économique ne va pas sans de graves tensions sociales, au sein même des guildes, entre les entrepreneurs, les contremaîtres et les ouvriers. De conflit en conflit, ces tensions aboutissent en 1293 à une constitution municipale complexe et plus ou moins démocratique, qui va perdurer plus d'un siècle : les Ordinamenti di giustizia (les Ordonnances de justice).

La magistrature suprême, appelée Seigneurie, compte neuf membres appelés Prieurs. Nommés pour deux mois seulement, ils doivent représenter l'ensemble des corporations. L'un d'eux, appelé gonfalonnier, porte l'étendard de la ville mais aussi commande la force armée et préside la Seigneurie. Les décisions de la Seigneurie ne sont valables qu'à la majorité des deux tiers.

Cette assemblée est assistée d'autres assemblées au rôle consultatif. Dans les situations de crise, il est aussi prévu de confier à une assemblée de circonstance, la Balia, un pouvoir dictatorial.

Sous ce régime, la commune poursuit sa croissance jusqu'au milieu du XIVe siècle. Florence atteint 100.000 habitants, soit autant que Londres et moitié moins que Paris, quand survient la Grande Peste. En quelques mois, en 1348, la population diminue de moitié.

Il s'ensuit une crise sociale sans précédent. Les entrepreneurs marchands se rapprochent de l'ancienne noblesse féodale pour constituer «il popolo grasso» («les gras»), par opposition au menu peuple, dont les conditions de travail et les revenus se dégradent. Cette crise est aggravée en 1375-1378 par une guerre qui met aux prises la république et le Saint-Siège.

Les ouvriers du textile, appelés ciompi, en arrivent à se révolter à l'été 1378, avec l'appui discret du gonfalonnier Salvestro de Medici (Médicis), un nom dont on reparlera au siècle suivant. Ils s'en prennent aux grandes familles du moment, investissent le palais des Prieurs et renversent le gouvernement. Le 29 juillet 1378, ils brûlent les urnes qui contiennent les noms des citoyens éligibles aux magistratures et procèdent à la constitution de nouvelles listes. Ils obtiennent enfin la création de trois guildes ou Arti supplémentaires dont une guilde des Ciompi.

Mais des dissensions ne tardent pas à se faire jour en leur sein et les représentants des corporations, après avoir eu très peur, se ressaisissent. Le 31 août 1378, ils écrasent le «Tumulte des Ciompi».

C'en est fini de la plus grave des crises sociales de cette fin du XIVe siècle. Désormais, la république passe de fait sous la coupe des grandes familles de marchands. Les plus riches d'entre elles ayant été peu ou prou ruinées par la crise, de nouvelles familles émergent du lot. Parmi elles les Alberti et surtout les Medici (Médicis)... Au siècle suivant, ces derniers vont s'approprier la réalité du pouvoir et la conserver pendant trois siècles.

Effervescence artistique

Florence démontre s'il en est besoin que l'argent, le commerce et l'industrie font bon ménage avec l'art et la pensée.

Dès le XIIIe siècle, les guildes et les grandes familles florentines se montrent généreuses à l'égard des artistes et ouvertes aux idées nouvelles. Elles voient dans le mécénat et l'évergétisme une manière d'accroître leur prestige, leur influence et leur pouvoir.

Signe de leur intérêt exclusif pour les choses d'ici-bas, Florence est l'une des rares métropoles européennes à ne pas avoir d'Université de théologie. Mais elle se dote dès le XIIIe siècle de beaux monuments, à commencer par le Ponte Vecchio (pont Vieux), qui a résisté jusqu'à nos jours aux crues et aux guerres.

Au XIIIe siècle, à l'amorce de la Renaissance italienne et occidentale, les peintres Cimabue et Giotto s'émancipent de l'influence byzantine. Au siècle suivant, Dante, Pétrarque et Boccace font chanter la langue toscane, plus tard italienne. Au XVe siècle naît l'humanisme avec Marsile Ficin ou encore Pic de la Mirandole, l'un et l'autre proches des Médicis.

En 1471 est achevée la lanterne de la cathédrale de Florence, «il Duomo» (la lanterne couronne et soutient la coupole de l'édifice). Témoignant d'une extrême audace architecturale, cette oeuvre conçue un demi-siècle plus tôt par Filippo Brunelleschi marque l'avènement de l'architecture moderne.

Aux XVe et XVIe siècles, Florence compte également des artistes aussi considérables que Michel-Ange, Léonard de Vinci, Lorenzo Ghiberti ou Sandro Botticelli, ainsi que des navigateurs talentueux comme cet Amerigo Vespucci qui donna son prénom à l'Amérique (c'est aussi lui qui baptisa le Venezuela, d'un mot qui signifie «Petite Venise» car le delta de l'Orénoque lui rappelait la lagune du Lido). Enfin, comment ne pas citer le fondateur de la pensée politique, Machiavel, l'auteur obscur du Prince ?

Bibliographie

Nous recommandons sur Florence un très beau livre richement illustré et très bien documenté (chronologie, tableaux, index...) : Florence, Six siècles de splendeur et de gloire (Gene Adam Brucker, Nathan, 1983).

Sur les enjeux politiques et les avatars de la démocratie communale, on peut aussi lire des choses passionnantes dans un petit livre : Florence à l'époque des Médicis, de la cité à l'État (Alberto Tenenti, Questions d'Histoire, Flammarion, 1968).


Publié ou mis à jour le : 2011-02-22 14:59:04

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

mitsa (30-03-201315:57:14)

pourquoi ne nommez-vous pas le titre des tableaux et documents que vous adjoignez à votre exposé?


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