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Prémices de la Grande Guerre
arrestation de Princip à Sarajevo le 28 juin 1914
L'Europe à la veille de la Grande Guerre
• 4 janvier 1894 : alliance franco-russe
• 10-11 juin 1903 : assassinat du roi Alexandre Obrenociv
• 8 avril 1904 : l'Entente cordiale
• 24 juillet 1908 : révolution des Jeunes-Turcs
• 5 octobre 1908 : annexion de la Bosnie-Herzégovine
• 3 mars 1911 : fondation de La Main noire à Belgrade
• 18 septembre 1911 : assassinat de Piotr Stolypine
• 5 octobre 1911 : les troupes italiennes débarquent à Tripoli
• 18 octobre 1912 : première guerre balkanique
• 10 août 1913 : traité de Bucarest et fin de la deuxième guerre balkanique
• 28 juin 1914 : attentat à Sarajevo
• 5 juillet 1914 : Berlin au secours de Vienne
• 15 juillet 1914 : la France adopte l'impôt sur le revenu
• 23 juillet 1914 : ultimatum de Vienne à Belgrade
• 31 juillet 1914 : assassinat de Jean Jaurès
• 1er août 1914 : début de la Grande Guerre
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1914

Fatal enchaînement


Nos aïeux, ayant hissé l'Europe au summum de la puissance et du progrès, l'ont ensuite entraîné dans son suicide par une Grande Guerre qui, sans être exceptionnellement meurtrière au regard de ce que nous avons connu depuis lors (*), a brisé des peuples à la fécondité déclinante.

Dès les années 1880, les grandes puissances se tiennent les unes les autres en respect, tiraillées entre la peur de l'agression et le désir de nouvelles conquêtes. Ce sont en définitive les petits États qui, plus libres de leurs mouvements, vont semer le désordre et entraîner le Vieux Continent dans la catastrophe..

L'Europe à la veille de la Grande Guerre 

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L'Europe à la veille de la Première Guerre mondiale - 1914
Cette carte montre l'Europe en 1914. On note la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs et notamment de l'Europe issue des traités de Westhalie (1648).

Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, occupent le coeur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir. 

La montée des tensions

La République française, jamais remise de la perte de l'Alsace-Lorraine,  se rapproche en 1894 de la Russie autocratique en vue de prendre un jour l'Allemagne en tenaille. Dans le cadre de cette alliance franco-russe, les épargnants français sont massivement sollicités en vue de financer un réseau de chemin de fer qui permette à l'immense Russie de mobiliser au plus vite ses troupes sur sa frontière avec l'Allemagne ! 

Théophile Delcassé (Pamiers, 1ᵉʳ mars 1852 - Nice, 21 février 1923)Mais, au-delà des mers, la France poursuit sa compétition multiséculaire avec l'Angleterre. En 1898, Français et Anglais sont prêts à se faire la guerre pour Fachoda, quelques cabanes misérables au bord du Nil.

L'arrivée aux Affaires étrangères de Théophile Delcassé calme le jeu. Ce ministre pénétré du désir de récupérer l'Alsace-Lorraine pressent que la France aura un jour besoin pour cela de l'alliance anglaise.

Outre-Atlantique, les jeunes États-Unis n'échappent pas à l'hubris (la démesure) occidentale. En 1898, gagnés à leur tour par la folie coloniale, ils volent aux Espagnols leurs dernières colonies d'Amérique et mettent la main sur les Philippines au prix d'une guerre très meurtrière. Ils mettent aussi la main sur l'isthme de Panama grâce à une cynique machination.

Affiche de propagande allemande (1910)Afin de pouvoir jouer dans la cour des Grands, l'empereur allemand Guillaume II tente de se doter d'une flotte de guerre capable de rivaliser avec la Royal Navy. Ses efforts resteront néanmoins très insuffisants.

En 1904, l'Angleterre, qui s'émeut de la pression russe dans ses zones d'influence, en Asie, se rapproche de la France dans le désir de tempérer les ambitions du tsar Nicolas II. C'est l'Entente cordiale. Dans le même temps, toujours désireuse d'affaiblir la Russie, elle convainc le Japon de lui faire la guerre.

Lourdement défaits et chassés d'Extrême-Orient, les Russes orientent dès lors leurs ambitions vers les Balkans, où l'empire ottoman n'en finit pas de se décomposer.

- 1907 : formation de la Triple-Entente :

Pour les Allemands, qui avaient parié sur la neutralité anglaise, l'Entente cordiale fait l'effet d'une douche froide. L'empereur Guillaume II veut la mettre à l'épreuve et montrer aux Français qu'«une marine n'a pas de roues», autrement dit que la Grande-Bretagne, si forte qu'elle soit sur les mers, ne peut être d'aucun secours pour son alliée sur le continent. Le 31 mars 1905, il débarque à Tanger, au Maroc, signifiant son opposition à la mainmise de la France sur ce pays. Mais l'alliance franco-britannique tient bon.

Le Kaiser Guillaume II s'immisce en 1905 dans le dépeçage du Maroc par le ministre français Théophile Delcassé et l'Angleterre du roi Édouard VII (gravure satirique)

Dans un deuxième temps, Guillaume II essaie de détacher la Russie de la France. Le 23 juillet 1905, il rencontre dans un petit port finlandais son cousin le tsar Nicolas II,  mais leur rapprochement tourne court. 

Sir Edward Grey (25 avril 1862, Londres – 7 septembre 1933, Fallodon)L'initiative a toutefois pour effet d'attiser les craintes de l'Angleterre.

Afin de prévenir une alliance germano-russe, le nouveau responsable du Foreign Office, Sir Edward Grey, décide d'aplanir les différends avec la Russie, à la grande satisfaction de son homologue français. 

La convention anglo-russe du 31 août 1907  convertit l'alliance franco-russe et l'Entente cordiale en une Triple-Entente destinée à faire front à la Triple-Alliance ou Triplice qui réunit plus ou moins depuis le début du siècle l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie.

La poudrière balkanique

En Serbie, en 1903, un groupe d'officiers ultra-nationalistes a massacré la famille royale et placé sur le trône une nouvelle dynastie. Ces officiers ne vont cesser de tramer des conspirations en vue de créer une Grande Serbie phantasmée, aux dépens de leurs voisins et de l'Autriche-Hongrie en particulier.

François-Joseph 1er en 1910 (Vienne, 18 août 1830 – Vienne, 21 novembre 1916)En attendant, prenant prétexe de la révolution des «Jeunes-Turcs» à Constantinople, le baron Aloïs von Aerenthal, ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie, négocie en sous-main avec son homologue russe Alexandre Izvolski un partage d'influence sur les Balkans et Constantinople. Puis il convainc le vieil empereur François-Joseph 1er d'annexer le 5 octobre 1908 la Bosnie-Herzégovine, une province turque dont la garde lui avait été provisoirement confiée trente ans plus tôt, lors de la conférence de Berlin

La veille, à l'instigation de Vienne, Ferdinand de Bulgarie avait proclamé l'indépendance pleine et entière de sa principauté, que la même conférence avait laissé sous la souveraineté théorique de la Turquie.

Ces violations unilatérales du traité de Berlin provoquent un regain d'agitation dans les Balkans. La Serbie, précédemment inféodée à l'Autriche-Hongrie, émet des visées sur l'ensemble des Serbes de la région, y compris en Bosnie-Herzégovine. Des officiers fondent à Belgrade une association secrète, La Main noire, qui ouvre des camps d'entraînement et prépare des attentats. Elle sera à l'origine de celui de Sarajevo.

- 1908 : la Russie entre en conflit avec l'Autriche :

La Russie est déçue de n'avoir pas obtenu l'ouverture des Détroits qui ferment la mer Noire en contrepartie de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. Elle soutient derechef la Serbie dans ses revendications mais finit par reculer.

Ce précédent laissera des traces six ans plus tard, quand, après l'attentat de Sarajevo, les dirigeants de Vienne et Berlin croiront pouvoir à nouveau obtenir un recul de la Russie...

Là-dessus, en 1911, alerte rouge au Maroc. L'Angleterre a promis en secret à la France qu'elle pourrait mettre la main sur ce sultanat indépendant, en échange d'une prise de possession de l'Égypte par eux-mêmes. Les Allemands, qui se sentent floués, envoient une canonnière à Agadir. Les Français protestent et les Anglais surenchérissent en menaçant l'Allemagne d'une guerre. Joseph Cailaux calme le jeu.

Mais le gouvernement italien de Giovanni Giolitti, voyant que la France s'installe au Maroc, décide de réaliser la promesse secrète faite à son pays, en 1902, de prendre la Libye, l'une des dernières possessions ottomanes. Cette violation délibérée du droit international, approuvée par la Triple-Entente, déclenche les appétits des petits États balkaniques.

Le succès italien ravit les Serbes. Ils se disent que le moment est venu de liquider ce qui reste de possessions ottomanes en Europe. Ils se liguent avec les Bulgares contre les Turcs. Le 18 octobre 1912, une première guerre balkanique voit les Bulgares arriver aux portes d'Istamboul et débouche sur la reconnaissance d'une Albanie indépendante. Le 30 mai 1913, un traité signé à Londres met fin aux hostilités. Pas pour longtemps.

Les Serbes, mécontents que les Bulgares se soient appropriés la plus grande part du gâteau, nouent une nouvelle coalition contre ceux-ci, avec les Grecs et les Turcs. Le traité de Bucarest du 10 août 1913 met fin à cette seconde guerre balkanique et restitue Andrinople aux Turcs.

Ces guerres balkaniques révèlent les redoutables effets de la révolution intervenue dans l'armement, avec l'apparition des mitrailleuses ainsi que des canons de grande puissance et de longue portée, avec des obus à fragmentation qui déchiquètent les chairs. À l'automne 1914, après les premiers mois de la Grande Guerre, on comprendra que cette artillerie rend vaine toute offensive de l'infanterie.

Batterie monténégrine à Vraka en 1912

Des Autrichiens trop timorés

Après l'assassinat de François-Ferdinand, le 28 juin 1914, l'Autriche-Hongrie, paralysée par l'absence d'un véritable chef, tarde à punir la Serbie comme il se doit.

Cela donne à la Russie le temps de faire monter la pression en promettant son aide aux Serbes. En visite officielle à Saint-Péterbourg, le président français Raymond Poincaré resserre son alliance avec la Russie en lui promettant de la soutenir, y compris dans ce conflit balkanique qui ne la concerne pas.

Le 5 juillet 1914, quand un émissaire autrichien demande à Guillaume II la garantie de son soutien, l'empereur allemand ne peut faire moins que de l'accorder et pour bien montrer que le différent doit rester localisé, il part aussitôt pour une longue croisière sur la Baltique.

Trop précautionneux, le gouvernement de Vienne attend le 23 juillet et la fin de la visite de Poincaré à Saint-Pétersbourg pour remettre un ultimatum au gouvernement de Belgrade. Les Serbes sont d'abord résignés à en accepter les termes puis, au dernier moment, un encouragement du gouvernement russe les amène à changer d'attitude. Le refus de l'ultimatum signifie la guerre. 

Tandis que les Autrichiens entrent en Serbie, les Russes commencent à mobiliser. Les Français les suivent de peu. Obligé de riposter sans attendre pour ne pas être pris en tenaille, Guillaume II déclare la guerre à la Russie le 1er août puis à la France le 3 août. Les Anglais, du fait de leur peu d'affinités pour la France comme pour la Russie, hésitent encore. Mais la violation de la neutralité de la Belgique par les Allemands les fera basculer à leur tour dans la guerre le 4 août 1914.


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Publié ou mis à jour le : 2014-06-27 23:24:20

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