3 mai 2018

Esclavage : une mmoire mal oriente

Est-il opportun d'installer au cur de Paris une Fondation pour la mmoire de lesclavage? Est-il pertinent de cultiver le souvenir de la traite atlantique tout en ignorant la rsurgence de l'esclavage, de l'Amrique latine au sous-continent indien en passant par la Mditerrane et l'Afrique?...
[Mise jour le 13 juin 2020]

170 ans après son abolition, l’esclavage revient en France au cœur des enjeux mémoriels. Le phénomène est corrélé à l'augmentation rapide du nombre de résidents originaires d’Afrique subsaharienne et à la montée des revendications racialistes.

Tout a commencé en 2001 avec la loi Taubira qui a fait de la traite européenne (et elle seule) un crime contre l’humanité. Le 10 mai, anniversaire de cette loi, est devenu une Journée des « Mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions ».

Le 27 avril 2018, anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, le président Macron a aussi annoncé la création d’une « Fondation pour la mémoire de l’esclavage ». Son siège devrait être installé au cœur de Paris, sur la place de la Concorde, dans le superbe hôtel de la Marine où fut signé le décret d’abolition.

Le choix de cet endroit au cœur de la France paraît malvenu car, s’il y a un territoire dans le monde qui a été épargné par l’esclavage au cours du dernier millénaire, c’est bien l’Europe occidentale !

Une réalité quasi-universelle

L’esclavage était une institution très répandue sous l’Antiquité à de rares exceptions près (Ancien Empire égyptien, Crète, Étrurie) comme le rappelle la série Les routes de l'esclavage diffusée sur Arte le 1er mai 2018. Il était avant tout la conséquence des guerres, les captifs ayant vocation à servir leurs maîtres.

En Afrique subsaharienne, du fait de l’abondance des terres et de la rareté des hommes, c’était le nombre d’esclaves et de femmes (polygamie) qui déterminait le rang social de chacun, au contraire de l’Europe ou de l’Extrême-Orient, où la richesse se mesurait à la possession de terres.  Dès avant notre ère, l’esclavage est donc devenu un élément central des sociétés subsahariennes (note).

Quand les Arabes musulmans sont entrés en relations avec les chefs africains au VIIIe siècle, ceux-ci n’ont trouvé à leur vendre que des esclaves (et de l’or), en échange des biens manufacturés venus d'Orient. L'Afrique subsaharienne est ainsi devenue la première source d'esclaves pour les Orientaux et, peu à peu, dans le monde musulman, l’esclave s’est confondu avec le Noir, les mêmes termes désignant souvent en arabe l’un et l’autre.

Ainsi est né le racisme avec même une justification religieuse, la « malédiction de Cham ». Maudits, les esclaves noirs l'étaient par la castration préalable qui en tuait la grande majorité avant que les survivants ne servent comme eunuques dans les plantations de basse Mésopotamie ou les harems de Bagdad et du Caire !

Castrés étaient aussi les esclaves blancs capturés dans les Balkans et à l'Est de l'Europe et revendus aux musulmans par les marchands vénitiens et génois. Mais à l'orée de l'An Mil, dans la chrétienté occidentale, l'esclavage tomba en désuétude et il en vint à être réprouvé jusqu'à inspirer au roi de France Louis X un célèbre édit selon lequel « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche » (1315).

Les chrétiens occidentaux redécouvrent l'esclavage

Du fait du regain du commerce dans la Méditerranée, les Européens de la fin du Moyen Âge connaissaient néanmoins l'existence de l'esclavage et s'en accommodaient tout en le réprouvant  (cette attitude est comparable à la nôtre vis-à-vis de l'exploitation des femmes et des enfants dans les usines de Chine ou du Bangladesh). Marco Polo, par exemple, a acquis au cours de ses voyages en Orient un esclave qu'il affranchira sur son lit de mort.

Comme le voyageur génois, des négociants italiens, espagnols et portugais achetèrent des esclaves au Maghreb et introduisirent l’économie de plantation au sud des péninsules italienne et ibérique (le même phénomène est en voie de se reproduire au XXIe siècle, à la faveur de la grande migration africaine : des migrants sont asservis par des entrepreneurs sans scrupules dans les latifundias d'Andalousie et des Pouilles). Au milieu du XVe siècle, des marins en quête de profit eurent aussi l'idée d'acheter des esclaves au fur et à mesure de leur progression le long des côtes africaines, et de les revendre à Lagos, au Portugal.

Les Portugais établirent sur la petite île tropicale de Sao Tomé une première colonie à vocation succrière, avec des esclaves achetés au royaume du Kongo. Il n'y a pas de connotation raciale dans ce commerce singulier. Des Africains christianisés y participent aux côtés des Portugais et possèdent eux-mêmes des esclaves. Une partie d'entre eux s'intègre même à la société aristocratique de Lisbonne.

Ayant mis le pied au Brésil, les Portugais y reproduisirent en 1516 les plantations sucrières qui avaient fait la fortune de Sao Tomé. Dans le même temps, les Espagnols importèrent des esclaves africains aussi bien que des travailleurs européens dans leurs colonies du Nouveau Monde. Ce trafic se développa très vite en dépit des condamnations pontificales

Le mercantilisme au service de l'économie esclavagiste

La traite atlantique prit de l’ampleur au XVIIe siècle et au Siècle des Lumières, le mal-nommé. Elle fut encouragée par une idéologie qui avait à l'époque cours en Europe, le mercantilisme : pour la prospérité de leur État, les gouvernants croient utile de subventionner l'économie sucrière et le commerce négrier... Elle fut aussi rendue possible parce que, sur les côtes du golfe de Guinée, des chefs africains se montraient désireux de vendre leurs propres esclaves aux navires de passage. Cela relevait pour eux d’un commerce ordinaire, grâce auquel ils pouvaient s'approvisionner en biens manufacturés et en armes.

Dans les colonies hispaniques, encore imprégnées d’esprit médiéval, les esclaves étaient assimilés aux anciens serfs ; les préjugés raciaux étaient limités et les métissages fréquents. Dans les colonies françaises et anglaises, d’esprit plus moderne, l’esclavage avait un caractère plus formaliste. Il était ressenti comme une aberration morale et néanmoins pratiqué parce qu’il apportait du confort à bon compte (un peu comme aujourd’hui nous persistons à brûler du pétrole pour notre agrément, tout en ayant clairement conscience de détruire la planète).

La morale est sauve, peut-on dire, puisque toutes les régions qui ont pratiqué (ou pratiquent encore) l’esclavage figurent parmi les plus pauvres de leur catégorie. Du sud des États-Unis aux Indes en passant par la péninsule ibérique, l’Amérique tropicale, l’Afrique et le Moyen-Orient, l’asservissement des hommes n’a jamais produit d’enrichissement durable. L’esclavage et ses produits dérivés, le sucre, le café et le coton, ont pu être un mode d’enrichissement spéculatif. Ils n’ont jamais été un facteur de progrès (de la même façon qu'aujourd'hui, le pétrole et le gaz peuvent outrageusement enrichir certains oligarques sans générer pour autant de développement).

La révolution industrielle à l'origine de la prospérité de l'Europe et des États-Unis s'est forgée dès le Moyen Âge dans les États de droit tels que l'Angleterre, le Bassin parisien, les pays rhénans et la plaine du Pô. Elle s'est épanouie au XIXe siècle dans ces régions et en Nouvelle-Angleterre sans relation évidente avec les systèmes esclavagistes (aujourd'hui encore, le développement vient exclusivement du travail et de l'inventivité des hommes, dans la recherche et l'industrie, en Amérique du nord, en Europe, autour de la mer de Chine...).

Clientélisme électoral et mémoire

Au vu de ce rappel historique, on peut se demander s'il est bien nécessaire de créer en France une fondation mémorielle et si l’hôtel de la Marine est le lieu le plus approprié pour celle-ci.

Ne faudrait-il pas plutôt se préoccuper de la résurgence de l’esclavage en Amérique latine, en Afrique, au Moyen-Orient et aux Indes (esclavage pour dettes, ventes d'enfants, capture de migrants) ? À moins que l'on ne veuille avant tout persuader les Français de leur responsabilité dans un fléau auquel la majorité d’entre eux n’ont jamais pris la moindre part, pas plus que leurs ancêtres jusqu’à la trentième génération ?

Destinée à satisfaire quelques associations racialistes, dans une approche clientéliste, l'annonce du président Macron est de nature à aggraver un peu plus les fractures au sein de la nation française.

Publi ou mis jour le : 2020-06-14 19:48:59

 
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