Homosexualité

Entre tolérance et répression

L'homosexualité (dico) a généralement bénéficié d'une grande mansuétude dans la chrétienté occidentale au cours des deux derniers millénaires. Dans les sociétés laïcisées et eugénistes de la fin du XIXe siècle, les scientifiques l'ont rangé cependant dans la liste des maladies mentales et c'est seulement en 1990 que l'Organisation Mondiale de la Santé l'en a retirée.

Dans la plus grande partie du monde, hors de la sphère occidentale, l'homosexualité est encore aujourd'hui contrainte à la clandestinité et parfois réprimée de la plus féroce manière (note).

Une pratique somme toute banale

L'homosexualité est aussi vieille que l'humanité et ses pratiquants, quoique minoritaires et souvent victimes de violences et d'exclusion, ont toujours participé à la vie sociale. L'anthropologue Maurice Godelier évoque ainsi des sociétés primitives qui inscrivaient la cohabitation homosexuelle parmi les rites de passage de l'enfance à l'âge adulte.

Autres temps, autres mœurs. Les notables grecs et romains, pédérastes (dico) plutôt qu'homosexuels, ostracisaient les hommes mûrs qui, tel Sénèque, le précepteur de Néron, affichaient une relation avec un homme de leur âge ! Par contre, ils mettaient un point d'honneur à partager la couche d'un garçon pourvu qu'il fut impubère, suivant en cela l'exemple de Zeus, qui s'était transformé en aigle pour séduire le jeune Ganymède. C'était leur façon d'amener l'adolescent à l'âge adulte... Leur jeune amant  était désigné du nom de giton, emprunté à un personnage du Satiricon, roman de Pétrone (1er siècle de notre ère).

À Athènes, les notables avaient tout de même le souci de perpétuer leur lignée et se mariaient donc, passée la trentaine, avec une jeune fille d'une quinzaine d'années. La jeune mariée était aussitôt confinée dans le gynécée (équivalent antique du harem) cependant que son époux pouvait se livrer à ses occupations viriles dans un environnement de belles statues d'adolescent(e)s idéalisé(e)s.

Ganymède et l'Aigle (Chastworth House, Londres)

La littérature garde aussi le souvenir de Sappho (630 à 580 av. J.-C.), une poétesse originaire de Mytilène, sur l'île de Lesbos, qui célébra en vers son attirance pour d'autres jeunes femmes. Mais il serait hasardeux d'en tirer des conclusions sur l'homosexualité féminine dans la société grecque. 

Dans les derniers siècles de l'empire romain, sous l'effet du puritanisme stoïcien et païen, la pédérastie fut finalement condamnée de même que les relations entre adultes du même sexe, et l'on remit à l'honneur l'amour conjugal de l'époque républicaine (Ubi tu Gaius, ego Gaia, « Où tu es toi Gaius, je suis moi Gaia »).

Entre compassion et répression

Influencés par les stoïciens païens, les Docteurs de l'Église des premiers siècles sanctionnèrent à leur tour les pratiques « sodomiques », en référence au crime qui valut à la ville biblique de Sodome d'être détruite par Yahvé (Dieu). Ces pratiques incluent toutes les pratiques sexuelles non conventionnelles, qui s'écartent de la procréation. Elles sont rangées par l'Église médiévale parmi les péchés mortels car les hommes qui s'y adonnent se soustrayent au devoir de procréation en gaspillant leur sperme et doivent donc « être condamnés, de la même manière que les avares et les usuriers, pour n'avoir pas respecté le but de la nature humaine qui est celui de produire en vue du bien commun, et non de conserver les choses pour son propre plaisir » (note).

Il Doppio ritratto, par Giorgione (vers 1502), VeniseLa sodomie fut tantôt punie par les clercs, tantôt tolérée selon que dominait dans l'Église le courant rigoriste ou le courant optimiste (note).

L'Église qualifie encore aujourd'hui de péché la sodomie et l'onanisme (la masturbation, ainsi baptisée d'après Onan, un personnage de la Genèse). Mais on ne saurait comparer cette réprimande morale aux sanctions pénales qui frappent aujourd'hui les homosexuels sur la plus grande partie de la planète, Occident excepté...

Dans les troubles qui accompagnent la fin du Moyen Âge et plus encore au XVIIe siècle, la répression s'intensifie toutefois contre les pratiques sodomites, en parallèle avec la « grande chasse aux sorcières ».

En même temps, au XVIIe siècle, les « libertins » de la cour de Louis XIV attestent de l'influence que pouvaient avoir les homosexuels au pied du trône. Le propre frère du roi, Philippe d'Orléans, était connu pour ses manières efféminées (il avait d'ailleurs été encouragé à se comporter en fille dès la petite enfance afin qu'il ne fasse pas de l'ombre au Roi-Soleil). 

Au siècle suivant, le grand roi de Prusse Frédéric II, fondateur de la puissance allemande, a pu vivre tranquillement son homosexualité sans en être affecté dans sa vie publique.

Plus près de nous, le juriste Cambacérès, l'académicien Julien Green, les philosophes Roland Barthes et Michel Foucault, le Prix Nobel André Gide, les couturiers Yves Saint-Laurent et Karl Lagerfeld... montrent que l'homosexualité n'a jamais été un obstacle à l'ascension sociale et aux honneurs publics.

Eugénisme et puritanisme progressiste

La situation des homosexuels s'est toutefois dégradée brutalement dans la société laïque et bourgeoise de la fin du XIXe siècle, quand les scientifiques en vinrent à considérer l'homosexualité et la masturbation comme une maladie ou une tare. Ils préconisèrent au nom de l'eugénisme (dico) d'enfermer leurs adeptes dans des hôpitaux psychiatriques ou des prisons.

Les mouvements révolutionnaires d'extrême-gauche, plutôt favorables quant à eux à l'eugénisme, restaient néanmoins attachés au modèle familial traditionnel car celui-ci gardait la faveur des masses populaires. Ils prônaient les vertus conjugales et parentales et réprouvaient l'homosexualité.

Pour sa part, le parti nazi, en rupture avec la culture dite judéo-chrétienne, exalta à ses débuts les vertus viriles des mythiques ancêtres germains et parmi celles-ci l'homosexualité entre compagnons de combat. Mais lorsqu'il accéda au pouvoir, Hitler y met très vite le hola dans le souci de séduire lui aussi les familles allemandes. Ernst Röhm, chef des SA et homosexuel notoire, paya de sa vie son incompréhension du nouveau cours des choses. Au demeurant, la répression des homosexuels par les nazis resta limitée : quelques milliers de déportés au total, les tristement célèbres « triangles roses »...

Les théories hygiénistes ont perduré jusqu'au milieu du XXe siècle comme le montre le sort odieux fait au mathématicien Alan Turing en 1952, et c'est seulement le 17 mai 1990 que l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) a retiré l'homosexualité de la liste des maladies mentales.

Homosexualité et communautarisme 

L'homosexualité et les homosexuels demeurèrent confinés dans la sphère privée pendant les « Trente Glorieuses » (1944-1974). Comme dans les siècles passés, l'homosexualité apparaissait comme une pratique occasionnelle qui se conjuguait avec des relations hétérosexuelles plus conventionnelles, si l'on met à part une très petite minorité d'individus exclusivement orientés vers les personnes de leur sexe.

Loving boys, Christian Schad, 1929, Christian Schad Museum, Aschaffenburg, Allemagne. L'agrandissement montre une photographie de Claude Truing-Ngoc  - Le baiser de Strasbourg - prise lors de la Manif pour tous à Strasbourg, le 4 mai 2013.Mais au début des années 1980, l'irruption du virus VIH-1 en Occident et l'épidémie de sida qui s'en est suivie, avec son effroyable cortège de victimes, allaient entraîner un activisme sans précédent des associations et provoquer aussi un repli communautaire. Les homosexuels émergèrent sur la scène publique avec une presse magazine à leur intention, comme Le Gai Pied, fondé en 1979.

C'est en bonne partie grâce à leur mobilisation que l'épidémie de sida a pu être plus ou moins contenue et qu'une législation bienveillante a permis aux homosexuel(le)s de trouver leur place dans les sociétés occidentales (note).

Les choses n'en sont pas restées là. Poussant leur avantage, les organisations communautaires ont fait de l'homosexualité un critère d'appartenance et chacun fut sommé de se définir dès l'adolescence comme homo ou hétéro :
• En 1973, dans Les Valseuses de Bertrand Blier, les héros pratiquaient sans complexe une sexualité débridée tant homo- qu'hétérosexuelle,
• En 2000, dans la comédie de Francis Veber Le Placard, le héros devait choisir son camp.
Entre ces deux dates s'est imposé le principe d'enfermement communautaire.

L'« homophobie », réprimée par la loi, se cantonne désormais en Occident à quelques milieux marginaux. Elle n'en est que plus réprimée conformément au  « paradoxe de Tocqueville » selon lequel un phénomène devient plus insupportable à mesure qu'il décline (note).

Publié ou mis à jour le : 2020-06-11 17:36:58

 
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