16 avril 2020

Emmanuel Todd : « Avec cette crise, on a la preuve que l’Allemagne est différente »

Dans le bilan humain du Covid-19, plus que le clivage « générationnel », ce sont les disparités socio-économiques et nationales qui frappent le démographe Emmanuel Todd.

Le Soir note qu'en Belgique, à ce jour, 46,4 % des victimes du coronavirus ont plus de 85 ans, 79,3 % plus de 75 ans et 92,8 % plus de 65 ans. À quoi l'historien répond : « L’épidémie a fait un départ par le haut de la structure sociale – en gros par les élites mondialisées qui se baladent – mais elle est en train de trouver sa cible chez les plus pauvres, comme on le voit très bien aux États-Unis au sein de la population noire. Là où une mauvaise hygiène alimentaire entretient obésité, diabète et problèmes cardio-vasculaires... Ce différentiel socio-économique divisera probablement également les vieux. [...] Venant d’un monde où les vieux étaient dans l’ensemble privilégiés, nous allions déjà avant le Covid-19 vers une scission vieux riches/vieux pauvres. Ici comme dans beaucoup d’autres domaines, l’épidémie va sans doute jouer le rôle de révélatrice et d’accélératrice plutôt que de génératrice d’un monde nouveau. »

Autre élément qui frappe le démographe : les différences de taux de mortalité entre pays européens. Au 15 avril, on ne dénombrait ainsi « que » 3 495 décès en Allemagne, pour une population de 83 millions d’âmes. « Ces chiffres sont ahurissants : en France, on dénombre déjà 15 000 morts pour une population de 67 millions d’habitants ! », réagit Emmanuel Todd.

Au-delà des explications techniques, Emmanuel Todd avance une analyse politique : « En Europe, les citoyens raisonnables voient bien que la solidarité est inexistante dans la crise et que les pays du Nord, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Finlande, comme d’habitude, ne veulent pas payer pour le Sud. Ces citoyens raisonnables pressentent qu’une fois de plus, les pesanteurs politiques et administratives de l’Union vont freiner, ou même carrément empêcher, une sortie de crise sanitaire et économique. Je suis d’accord avec tout ça, bien sûr. Mais, au stade actuel, ce qui me frappe vraiment, en tant qu’historien, c’est de constater que l’Allemagne n’est toujours pas un pays comme les autres, qu’elle est capable, comme durant les deux guerres mondiales, de performances qui apparaissent surhumaines, même si on peut leur trouver une explication technique. Ce sera ça le vrai choc psychologique et moral pour les Européens, quand la peur et la mort se seront retirées du continent : l’Allemagne est différente. »



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