Dernier Amour - Un Casanova timoré - Herodote.net

Dernier Amour

Un Casanova timoré

Après bien d’autres réalisateurs, et des plus illustres comme Fellini, Benoît Jacquot a jeté son dévolu sur Casanova, libertin notoire devenu la figure moderne du séducteur invétéré. Pour se distinguer de ses devanciers, le cinéaste a centré l’intrigue de son film sur un épisode particulier de la vie de son personnage.

Contraint de s’exiler à Londres, Casanova, vieillissant, est attiré par une courtisane qui va se refuser à lui. Pour la première fois, il va être dévoré par le feu de la passion amoureuse. Dommage que cet embrasement reste si contenu...

Dernier amour, Benoît Jacquot, affiche du film (mars 2019)Benoît Jacquot renoue avec le film d’époque. Après Les adieux à la reine, couronné par un César en 2013, le cinéaste nous fait découvrir un épisode méconnu de la vie de Casanova.

Le spectateur replonge au cœur du XVIIIe siècle, mais change de lieu. Cette fois, Benoît Jacquot nous emmène à Londres où l’incorrigible séducteur a été contraint de s’exiler.

À peine arrivé, alors qu’il traverse la ville dans son carrosse, il aperçoit une calèche où se trouve une jeune femme très belle, accompagnée par deux hommes, dans une scène lascive. Capté par ses charmes, il ordonne à son cocher de faire demi-tour pour la voir de nouveau. Il n’aura de cesse de la retrouver.

Cette belle inconnue est en fait une jeune courtisane, la Charpillon. Casanova va en tomber follement amoureux mais elle se refusera toujours à lui.

Portrait de Giacomo Casanova par Alessandro Longhi, vers 1774, (49 ans) collection Gritti, Venise. L'agrandissement montre un portrait de Casanova attribué à Anton Graff, collection privée, DR.Ce séducteur va pour la première et la dernière fois vivre les affres de la passion amoureuses, que Benoît Jacquot qualifie de « gouffre passionnel », au point qu’il envisagera le suicide.

Les décors, le raffinement des costumes, les atmosphères et la reconstitution d’époque dans son ensemble sont indéniablement à la hauteur des ambitions du projet. Si le film évoque les ors des palais, c’est sans doute aussi pour rappeler que Casanova a fréquenté la cour anglaise et rencontré le roi George III, qui a régné de 1760 à 1820.

Benoît Jacquot explore aussi les aménagements poétiques des jardins anglais ainsi que les ambiances plus torves des bas-fonds mal famés où se donnent rendez-vous les libertins et les joueurs.

Casanova, l'« Aventuros »

Si Benoît Jacquot a lu les mémoires de Casanova, Histoire de ma vie, le portrait du séducteur qui l'inspire pour son film est celui décrit par le prince de Ligne au cours de l'été 1794 :
« Ce serait un bien bel homme, s’il n’était pas laid ; il est grand, bâti en Hercule ; mais un teint africain, des yeux vifs, pleins d’esprit à la vérité, mais qui annoncent toujours la susceptibilité, l’inquiétude ou la rancune, lui donnent un peu l’air féroce, plus facile à être mis en colère qu’en gaieté. Il rit peu, mais il fait rire ; il a une manière de dire les choses, qui tient à l’Arlequin balourd et du Figaro, et le rend très plaisant. Il n’y a que les choses qu’il prétend savoir, qu’il ne sait pas : les règles de la danse, de la langue française, du goût, de l’usage du monde et du savoir-vivre. Il n’y a que ses comédies qui ne soient pas comiques ; il n’y a que ses ouvrages philosophiques, ou il n’y ait point de philosophie : tous les autres en sont remplis ; il y a toujours du trait, du neuf, du piquant et du profond (...) » Charles Joseph, prince de Ligne.

Casanova (Vincent Lindon) et La Charpillon (Stacy Martin), Dernier amour, Benoît Jacquot.

Un lyrisme étouffé

Les autres dimensions du film sont bien moins réussies. Le réalisateur accumule ainsi les scènes conventionnelles.

À maintes reprises, Casanova et la Charpillon se retrouvent en tête-à-tête. Lors d’un pique-nique ou lors d’une promenade en barque, le séducteur tente de montrer sa fougue en essayant de voler un baiser à la courtisane, mais en vain… Les scènes se suivent et malheureusement rendent toute la même tonalité qui finit par donner une coloration monotone à l’ensemble.

Les dialogues sont au diapason des scènes et ne laissent guère transparaître les tourments que vivent les personnages. Heureusement, la musique du film compense un peu cette atonie.

Quant au jeu des acteurs, il laisse dubitatif. Quelles consignes a bien pu recevoir Vincent Lindon ? Il fait de son mieux pour se couler dans ce personnage mais il semble prisonnier d’une gangue. De son côté, Stacy Martin, affiche une beauté froide et ne se démarque jamais d’une feinte indifférence.

Autour de ce duo presque hiératique évoluent des seconds rôles – la cantatrice La Cornelys ou Hortense Stavenson, la maîtresse de Casanova – qui paraissent, par effet de contraste, très vivants puisqu’ils expriment librement leurs émotions.

Pourquoi Benoît Jacquot a-t-il donc littéralement mis sous cloche les deux principaux personnages...

Vanessa Moley
Publié ou mis à jour le : 2019-10-28 15:58:31

 
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