4 avril 2008 - De la rupture à la rigueur : bis repetita (1983-2008) - Herodote.net

4 avril 2008

De la rupture à la rigueur : bis repetita (1983-2008)

Deux ans après son élection, voilà le président de la République française confronté à une crise profonde et à l'obligation de la rigueur. Il en va ainsi de Nicolas Sarkozy en 2008 comme de François Mitterrand en 1983...

À un quart de siècle de distance, la France se retrouve dans une situation économique, politique et sociale très comparable ; reste à savoir si l'Histoire se répétera et si les réponses qui seront apportées par le pouvoir politique à cette situation seront les mêmes en 2008 qu'en 1983...

Michel Psellos.
Similitudes et différences

Après sa victoire aux élections présidentielles de mai 1981, François Mitterrand conduit une vigoureuse politique de rupture, ardemment contestée par l'opposition. Même chose après l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007.

Keynes de gauche, Keynes de droite

Dans l'un et l'autre cas, la rupture s'habille de «keynésianisme». Selon cette thèse inspirée par l'économiste John Maynard Keynes, l'État, en s'endettant, peut «distribuer du pouvoir d'achat» et ainsi relancer la consommation, qui elle-même stimulera la croissance.

Pour le gouvernement socialiste de 1981, le «keynésianisme» prend la forme d'une augmentation des allocations sociales et du salaire minimum au bénéfice des plus modestes ; pour le gouvernement néolibéral de 2007, il prend la forme d'une baisse des impôts (le «paquet fiscal») au bénéfice des classes moyennes et aisées.

Dans l'un et l'autre cas, ce laxisme keynésien a brisé le précaire équilibre antérieur...

Franc et euro

Le dommage a été limité en 1981-1983 car François Mitterrand a heureusement bénéficié de la gestion rigoureuse de Raymond Barre pendant cinq années, de 1976 à 1981. Rien de tel pour Nicolas Sarkozy dont la présidence vient après cinq années de dérive financière sous les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, de 2002 à 2007.

Rappelons qu'en 1980 comme en 2001, soit à la fin des gouvernements Barre et Jospin, la situation financière de l'État apparaissait convenable avec un déficit des comptes publics de l'ordre de 1,5% du PIB (produit intérieur brut).

Quand Mitterrand et Sarkozy entrent à l'Élysée, se profile un ralentissement de l'économie mondiale. Ajouté au laxisme budgétaire, il génère à la veille des élections municipales, soit au bout de deux ans en ce qui concerne Mitterrand, un an en ce qui concerne Sarkozy, un déficit budgétaire proche de 3%, conjugué à un énorme déficit du commerce extérieur !

La différence essentielle entre les deux situations tient à la moindre visibilité du déficit du commerce extérieur depuis l'entrée du franc dans l'euro en 1999. Cette dissolution de la monnaie nationale dans la zone euro évite les crises du marché des changes et leurs dévaluations en chaîne : la France en aurait connues au moins 3 ou 4 depuis 2003 si elle avait conservé le franc. Elles ont été remplacées par la discipline financière européenne du retour à l'équilibre en cas de dépassement des critères de Maastricht.

Une autre différence tient au fait que 1983 se situait dans une période de forte décélération de l'inflation, liée à la politique monétaire américaine et à la désindexation de l'économie française conduite par Jacques Delors, alors que 2008 connaît une résurgence de l'inflation. Notons, ce qui n'arrange rien, que la dette publique cumulée représente plus de 65% du PIB en 2008, contre 25% en 1983.

Retour au réel

La sanction est sévère aux élections municipales, en 1983 comme en 2008, avec une sévère défaire des partis présidentiels.

Dès le lendemain des élections municipales de 1983, François Mitterrand reconnaît la nécessité d'un changement de cap. Après avoir un moment envisagé, pendant la «semaine folle», de sortir du SME (système monétaire européen), sur le conseil des tenants de «l'autre politique» (repli protectionniste....), il opte pour un redressement économique classique dont il confie la mise en œuvre à son Premier ministre en place, Pierre Mauroy, après avoir songé à le remplacer par Jacques Delors.

Le plan de rigueur de 1983 affiche la couleur. Sans craindre l'impopularité, le gouvernement présente des mesures fiscales telles que le prélèvement forfaitaire de 1% sur les revenus, destinées à redresser au plus vite les finances publiques tout en réduisant la demande intérieure génératrice d'importations trop élevées. C'est qu'un programme de réformes, si ambitieux soit-il, n'a jamais d'effet immédiat sur les comptes publics et doit être complété par des hausses d'impôts comme la TVA lorsqu'il s'agit de redresser ceux-ci au plus vite (les Allemands s'en sont aperçus en 2003 et les Français ne devraient pas tarder à se le rappeler d'ici l'été 2008).

Le plan de rigueur de Pierre Mauroy est complété par des restructurations industrielles (sidérurgie, charbon). Celles-ci vont mettre en avant le ministre de l'industrie Laurent Fabius et lui valoir l'hôtel Matignon (le poste de Premier ministre) un an plus tard, pour incarner avec le nouveau ministre des finances Pierre Bérégovoy le changement de politique.

Confronté à un échec politique de même ampleur aux élections municipales, l'actuel président de la République hésite encore à prendre le taureau par les cornes. Il est hanté par le souvenir de son prédécesseur Jacques Chirac, plombé par l'abandon de ses promesses électorales quelques mois après la présidentielle de 1995. Aussi s'en tient-il pour l'heure à un programme plus médiatique qu'efficace : pas moins de 130 ou 166 mesures destinées à économiser d'ici 2011 cinq à sept milliards d'euros par an. Cela revient à éponger seulement la moitié ou le tiers des allègements fiscaux qui ont été accordés en juillet 2007 (12 à 15 milliards d'euros en année pleine), avec pour principal résultat de propulser le déficit public au-delà des limites du raisonnable (le déficit devrait, dès cette année, dépasser les 50 milliards d'euros, soit environ 2,7% du PIB).

Vive l'inflation !

Rien ne dit d'ailleurs que lesdites économies seront réalisées puisque, dans le même temps, se multiplient les dépenses complémentaires sans nécessité évidente (près d'un milliard d'euros pour compenser la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, quelques centaines de millions d'euros pour l'installation d'une base militaire à Abou Dhabi, création de nouveaux secrétariats d'État, multiplication des postes de conseillers à l'Élysée, qui tend à devenir un gouvernement-bis, etc...).

Quoi qu'il en soit, les autres pays qui participent à l'euro ne vont pas accepter longtemps que perdure la situation économique actuelle. À défaut d'afficher clairement la rigueur comme en 1983, on peut penser que le président Nicolas Sarkozy la mettra en œuvre de façon larvée en plusieurs étapes :

- en laissant filer l'inflation, qui a, d'un point de vue comptable, à court terme, deux avantages : 1) prélever du pouvoir d'achat ce qui entrainera une réduction de la demande intérieure. 2) réduire le déficit public grâce à l'augmentation automatique des recettes de TVA. Ses incidences pourront être atténuées par une augmentation des allocations aux couches les plus pauvres.

- en engageant le redressement des finances publiques pendant l'été 2008 à la faveur des arbitrages budgétaires de la loi de finances pour 2009, avec des augmentations d'impôt (CSG-CRDS ou TVA) mêlées à des dépenses nouvelles de moindre ampleur destinées à nier l'existence d'un plan de rigueur. Notons que le rapport Attali propose («décision» 300, page 210) l'augmentation de la TVA de 1,2 point et de la CSG de 0,90 point sans que cette proposition ait été récusée par les responsables politiques.

Si ces mesures devaient susciter une vague de mécontentement dans l'opinion, le président aurait toujours la possibilité de détourner son attention vers d'autres thèmes, tels que la sécurité ou la laïcité. Ainsi pourrait-il, par exemple, au nom du «droit des victimes», annoncer un référendum sur la rétroactivité de la détention de sûreté. François Mitterrand a usé aussi de ce stratagème en 1984 en annonçant (sans le faire) un référendum pour trancher la question de l'école libre.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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