7 juillet 2017 : la Chine affiche ses ambitions - De Zheng He aux Nouvelles routes de la soie - Herodote.net

7 juillet 2017 : la Chine affiche ses ambitions

De Zheng He aux Nouvelles routes de la soie

Le 11 juillet est le Jour de la mer en Chine. Il commémore le départ en 1405 de la première expédition en Océan indien du Grand amiral Zheng He. Cet anniversaire prend cette année une connotation très forte...
En effet, le 26 avril 2017, la Chine a lancé son second porte-avions chinois. Et le 14 mai 2017, le président Xi Jinping a invoqué les expéditions pacifiques de Zheng pour promouvoir devant les dirigeants du monde le « modèle harmonieux de codéveloppement » des Nouvelles routes de la soie (le nom officiel de ce projet est en anglais : One Belt, One Road).

Pour la Chine, puissance maritime, diplomatie économique et soft power participent de la même ambition : jouer d’égal à égal avec la dernière superpuissance, les États-Unis. L’initiative chinoise One Belt One Road, qui est une route de la soie terrestre et maritime visant à relier l’Asie de l’Est, l’Asie centrale, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Europe, pourrait devenir le moteur de la géopolitique du XXIe siècle. Elle répond à trois motivations du gouvernement chinois : la nécessité d'un accès stable et fiable à l'énergie et aux autres ressources naturelles, préparer la transition du secteur manufacturier aux services, assurer la sécurité nationale.

Zheng He et les ambitions déçues de la Chine

Au XVe siècle, à la suite des voyages de Zheng He, la Chine des Ming domina sans partage les mers de Chine et de l’Océan indien, sans toutefois y établir de colonies, puis renonça abruptement à la puissance maritime.

La Chine s’enferma alors dans son espace naturel pour un demi-millénaire. Les puissances européennes prendront la place laissée vacante, feront la conquête des mers et coloniseront le monde... L’histoire mondiale aurait été toute autre si la Chine avait conservé sa puissance navale.

Zheng He naquit musulman. Petit-fils du gouverneur de la province du Yunnan il fut déporté par Hong Wu, le fondateur de la dynastie Ming et, castré, devint eunuque à la cour du futur empereur Yong Le qui le chargea du commandement d’une immense armada (200 navires, 27 000 hommes).

Il accomplit sept périples en mer de Chine et Océan indien jusqu’au Golfe persique et à la Mer rouge. La marine chinoise chassa les pirates et imposa par sa puissance un système tributaire : les potentats locaux acceptèrent la protection bienveillante de la Chine et en contrepartie favorisèrent ses commerçants ou payèrent des tributs à l’Empereur ; à défaut, l’armada dut soumettre par la force certains récalcitrants. Le Vietnam subit ainsi l’occupation et l’oppression des Ming.

Le coût des expéditions s’avéra très vite prohibitif d'autant que les barbares mongols se faisaient à nouveau menaçants au nord de l'empire.

Après une ultime expédition à la recherche d’or africain, la construction de navires de haute mer fut interdite sous peine de mort et l'on s'occupa de renforcer la Grande Muraille.

Ce n’est qu’avec Zhou Enlai puis Deng Xiaoping que la Chine s’ouvrit à nouveau au monde. La marine marchande chinoise est aujourd’hui la première du monde et sa marine militaire se renforce à marche forcée.

Zeng He et la flotte des Trésors (représentation allégorique sur un temple de Malaisie)

Zheng He, une icône du pacifisme chinois

Dès 1963, Zhou Enlai s'est servi de la figure de Zheng He pendant sa tournée en Afrique et l'on célébra en grande pompe en 2005 le 600e anniversaire de sa première expédition. On évoqua encore ses exploits en 2008 lors de la cérémonie d’ouverture des JO.

Le président Xi Jinping rappelle aujourd'hui le glorieux passé des Ming pour légitimer l’ambition de la Chine de redevenir une puissance globale. Zheng He est ainsi devenu une des icones du soft power chinois.

Pour l’histoire officielle chinoise, les périples de Zheng He sont la preuve de la capacité de la Chine à promouvoir un développement commercial harmonieux rompant avec les pratiques coloniales occidentales et japonaises dont la Chine souffrit pendant « Les 150 années d’humiliations » (1799-1949).

Xi Jinping déclara ainsi en 2014 : « Les pays qui ont tenté de poursuivre leurs objectifs de développement par l’usage de la force ont échoué… C’est ce que l’histoire nous a appris. La Chine est engagée à maintenir la paix. ». Selon le Premier ministre Li Kegiang : « L’expansion n’est pas dans l’ADN des Chinois ».

Les Nouvelles routes de la soie : une diplomatie économique

La diplomatie chinoise contemporaine est contrainte par l’économie. La Chine doit sécuriser ses approvisionnements de matière première et d’énergie pour permettre le maintien d’un fort taux de croissance indispensable à la paix sociale et à l’ordre interne.

Les Nouvelles Routes de la Soie visent donc à établir des voies commerciales terrestres et maritimes performantes vers le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique via des partenariats garantissant l’accès privilégié de la Chine à leurs facilités de transport terrestre et maritime mais également à leurs ressources naturelles, empruntant les routes maritimes explorées par Zheng.

Au lancement du projet, en 2013, le Président Xi Jinping déclara, en des termes très confucéens : « Nous n’avons aucune intention de créer un petit groupe pour détruire la stabilité mais nous espérons créer une grande famille pour une coexistence harmonieuse » puis, le 14 mai 2017, il qualifia, en présence des dirigeants de 65 pays, le projet d’ « initiative du siècle… une globalisation économique qui est ouverte, inclusive, équilibrée et bénéficiaire à tous ». La Chine s’engage à financer plus de 900 projets à hauteur de 800 milliards d’euros.

Les Nouvelles routes de la soie (Les Échos), DR

De Zheng à Xi : la continuité de Tianxa et du soft power chinois

Pour les Ming, Tianxa, « tout ce qui est sous les cieux » désignait le monde civilisé, organisé autour de la puissance centrale hégémonique de Zhongguo, l’Empire du Milieu. Au-delà, c’était le monde des barbares. Les autorités chinoises avancent sur le chemin des Nouvelles Routes de la Soie en appliquant les principes tactiques formulés en août 1994 par Deng Xiaoping : « En premier lieu, s’opposer à toute hégémonie ou politique d’intimidation et sauvegarder la paix, en deuxième lieu, établir un nouvel ordre politique et économique mondial ».

À la diplomatie du ping-pong de Zhou et Kissinger, à l'époque de Mao et Nixon, a succédé celle du Panda ! La Chine est devenue  le premier investisseur extérieur mondial. Ell déploie un réseau d’Instituts Confucius dans le monde et prend la tête de la promotion de l’accord de Paris sur le climat, profitant de la vacuité du leadership américain. Le président Xi et le Premier ministre Li soutiennent ces efforts en parcourant infatigablement le monde.

Les Nouvelles routes de la soie devraient de ce fait structurer durablement l’économie et les relations internationales. Pour les autorités chinoises, il s'agit d'un vecteur de promotion d'une nouvelle forme de mondialisation. La Chine espère à terme piloter la gestion des flux de marchandises, de données, de personnes, avec les institutions et infrastructures nécessaires : ports, aéroports, gazoducs, câbles sous-marins, tribunaux d'arbitrage (trois tribunaux ont été créés en Chine même pour régler les différends commerciaux liés à ces routes de la soie)... À cela s'ajoutent des programmes de formation à l'attention des journalistes et des hommes politiques, destinés à promouvoir le mode de gouvernance chinois, aux antipodes du modèle démocratique occidental.

La Chine s’ouvre au monde mais avec prudence : elle fait visiter la Grande muraille aux touristes... tout en construisant un Big Wall pour garder la maîtrise de son internet. Les Mongols d’aujourd’hui sont les activistes libertaires de Californie. Pas question de leur abandonner les clés de la souveraineté. Le gouvernement de Pékin oppose aux GAFA américains (Google, Amazon, Facebook, Apple) de solides concurrents et des chicaneries administratives sans fin.

La Chine peut ainsi se permettre d'apporter avec le sourire son aide aux pays en voie de développement comme Zheng apportait au XVe siècle le cadeau des sciences et techniques aux pays au-delà de l’horizon. Pékin préfère toutefois se référer à la conférence des non-alignés de Bandoeng (1955) qui avait ébauché une forme de solidarité entre les peuples humiliés par les Occidentaux.  

L’avenir sera-t-il celui d’un partenariat stratégique américano-chinois jugé naturel par Henry Kissinger et Zbigniew Brezinski, un néo-colonialisme inavoué car pillant les ressources naturelles et alimentaires des pays en voie de développement, ou le modèle harmonieux promis par les dirigeants chinois ? L’histoire le dira.

Une chose est certaine, selon l’expression de son Président Xi Jinping, paraphrasant Deng Xiaoping : « la Chine est entrée en eaux profondes », formulant ainsi l’ambition chinoise : le XXIe siècle sera celui d’un « nouveau type de relations entre grandes puissances » où la Chine aura le statut d’une puissance globale sur un pied d’égalité avec les États-Unis, ce que l’on nomme aussi condominium.

Christophe Stener
Publié ou mis à jour le : 2019-05-14 18:08:07

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net