6 mai 2013 - De François Mitterrand à François Hollande - Herodote.net

6 mai 2013

De François Mitterrand à François Hollande

Dans la Ve République, la première année du mandat présidentiel est généralement celle de toutes les réformes. Ainsi avons-nous pu comparer il y a cinq ans les premiers pas des six premiers présidents de la République.

Voici une mise en parallèle des débuts des deux présidents socialistes...

L’élection de François Hollande, deuxième président socialiste de la Ve République, conduit de façon naturelle à tenter une comparaison entre le bilan de sa première année et celui de son prédécesseur François Mitterrand.

François Mitterrand (1916-1996)Celui-ci fut élu à l'arraché en 1981 alors que la gauche n’avait jamais gouverné sous la Ve République, la droite y détenant tous les pouvoirs depuis 1958 sous les trois présidences successives du général de Gaulle, de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d’Estaing.

La gauche était restée éloignée des réalités pendant vingt-trois ans d’opposition, qu’il a fallu purger au cours des deux premières années d’exercice du pouvoir, avant le dur retour à la réalité et à l’acceptation des contraintes économiques européennes et mondiales.

Ce «tournant de la rigueur», qui n’a jamais été remis en cause depuis, fut effectué par le gouvernement Mauroy et son ministre de l’Économie Jacques Delors, au lendemain de la défaite des élections municipales de mars 1983. Le ministre du Budget Laurent Fabius passait à cette occasion à l’Industrie. Il allait être nommé à Matignon comme Premier ministre un an et demi plus tard, en juillet 1984, après la crise de l’école privée.

François Hollande, né en 1957De son côté, François Hollande entre à l’Élysée en 2012 sans grand suspense, en bénéficiant de l'usure du président sortant, après que la gauche a été exclue du pouvoir pendant dix ans.

Elle avait auparavant exercé pendant quinze ans les responsabilités gouvernementales, au cours de trois périodes quinquennales entrecoupées de cohabitations ou d’alternances politiques : 1981-1986, qui vit le tournant de la rigueur (mars 1983) ; 1988-1993, qui vit la négociation du traité de Maastricht sur la monnaie unique approuvé par référendum sous le gouvernement de Pierre Bérégovoy, enfin 1997-2002, qui vit la qualification de la France pour l’euro sous le gouvernement de Lionel Jospin.

À l'encontre de son prédécesseur, François Hollande se propose de devenir «un président normal». François Mitterrand se place, lui, de façon somme toute similaire, sous le slogan de «la force tranquille», mais il ne s'agit que d'un slogan de campagne.

Similitudes en trompe-l'œil

Les bilans de la première année des deux présidents socialistes doivent distinguer les aspects politiques et sociétaux, pour lesquels les ressemblances l’emportent, et les aspects économiques pour lesquels la voie désormais très restrictive imposée par l'Europe explique la majeure partie des dissemblances.

Dans le domaine sociétal, François Mitterrand entame sa présidence par l’abolition de la peine de mort, une réforme défendue par son garde des Sceaux Robert Badinter. Elle ramène la France dans le peloton européen et fera date bien qu’elle concerne peu de monde.

De même, François Hollande fait voter par sa garde des Sceaux Christiane Taubira le mariage homosexuel, promesse de campagne déjà en application dans une dizaine de pays occidentaux (elle est votée au même moment par le Parlement britannique sans émotion particulière). Cette réforme concerne assez peu de monde. Elle n'en soulève pas moins une très vive opposition dans la rue, à la différence de l'abolition de la peine de mort. On peut penser que, comme celle-ci, elle fera date dans les esprits.

Le président retoque par ailleurs des dispositions judiciaires et pénales de son prédécesseur, jugées trop répressives par la gauche, de même que Mitterrand avait retoqué la loi «Sécurité et Liberté».

Sur le plan politique, François Hollande désigne un Premier ministre Jean-Marc Ayrault très semblable à Pierre Mauroy. L'un et l'autre sont des professeurs de collège devenus député-maire d’une grande ville et responsables socialistes proches du président. Ils entrent à Matignon avec un espoir de reprise économique vite déçu.

Le nouveau président, comme son devancier socialiste, se tient en retrait des affaires courantes. Au sein du gouvernement, assez mollement dirigé par le Premier ministre, chacun fait entendre sa petite musique et la cacophonie devient vite assourdissante au point d'obliger le chef de gouvernement à s'en justifier.

Dissemblances économiques et sociales

François Mitterrand, en septembre 1981, s'était résigné à dévaluer la monnaie pour donner de l'air à l'économie, malmenée par des réformes sociales pour le moins audacieuses (augmentation massive des prestations sociales et du salaire minimum, cinquième semaine de congés payés, retraite à 60 ans au lieu de 65, semaine de 39 heures etc). Léon Blum, en février 1937, avait agi de même, tout comme, de l'autre côté de l'Atlantique, un autre réformateur «de gauche», Franklin Roosevelt, en mars 1934.

À leur grande différence, le nouveau président ne dispose pas du levier monétaire. Obligé par la monnaie unique, il confirme le respect des engagements budgétaires européens pris par ses prédécesseurs, même s'il doit en rabattre sur le retour aux 3% de déficit budgétaire à l'horizon 2013 à cause de la langueur économique.

Ce contexte empêche toute relance budgétaire massive comme en 1981 et limite fortement ses marges de manœuvres. Le bilan de sa première année fait pâle figure puisqu’il se limite à quelques mesures ciblées peu coûteuses, ayant vocation à servir de marqueurs pour la gauche : élargissement des dérogations Fillon pour le départ en retraite à 60 ans, création laborieuse d’une tranche d’imposition à 75%, promesse de 60.000 postes dans l’enseignement...

Le gouvernement Mauroy avait, sans coup férir, nationalisé les principaux groupes industriels et bancaires, sauvant plusieurs d'entre eux d'une déconfiture financière. Le gouvernement Ayrault se montre quant à lui pusillanime pour séparer dans le secteur bancaire les activités de dépôt des activités d'affaires.

En matière sociale, sa réforme de la législation sur l’emploi va plutôt à rebours des lois Auroux de 1982. Et la droite n'aurait pas désavouée son plan d’amélioration de la compétitivité avec un crédit d’impôt aux entreprises partiellement financé par des hausses de TVA prenant effet début 2014.

En matière administrative, aux lois de décentralisation de 1981-1982 s'oppose le calme plat, sans aucune mesure pour remédier au chevauchement coûteux des compétences chez les élus locaux, et avec des lois sur le cumul des mandats et la «moralisation» de la vie politique dont la mise en oeuvre se fait attendre.

Le poids de l'impopularité

Au terme de ce survol, la première année de présidence de François Hollande témoigne d'un bilan étique, quelle que soit l'opinion que l'on ait par ailleurs sur celui de ses prédécesseurs, et en particulier de François Mitterrand.

On peut y voir la principale raison du record d'impopularité de l'exécutif français après une année de pouvoir, ainsi qu'il ressort des sondages. Peut-être n'est-ce après tout que la conséquence de la perte de souveraineté de la France et de ses citoyens au profit des bureaux de Bruxelles ?...

François Mitterrand, quant à lui, avait conservé peu ou prou le soutien de son électorat en dépit des diatribes du camp adverse, lorsque le chef de l’opposition Jacques Chirac claironnait que l’expérience socialiste ne durerait pas un an et se terminerait, comme le Cartel des gauches en 1924 ou le Front Populaire en 1936, par le retour rapide de la droite.

En dépit du torrent d'injures de l'opposition, sa popularité fut seulement ébréchée après la deuxième dévaluation de juin 1982, accompagnée d’un plan de rigueur avec blocage des prix et fin de l’indexation automatique des salaires sur les prix. Et c'est seulement début 1983 que les sondages basculèrent en sa défaveur. À chacun d'interpréter ces différences de parcours entre François I et François II : affaire de personnalité? d'habileté manœuvrière? de conjoncture?

Michel Psellos

L'auteur : Michel Psellos

Ancien élève de Polytechnique, Michel Psellos est un praticien de l'économie financière. Il enseigne par ailleurs l'Histoire économique.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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