Toute l'Histoire en un clic
Herodote Facebook Herodote Twitter Herodote Youtube
Ami d'Herodote.net
 
>> 1492 à 1804
Histoire tragique d'Haïti
• 22 août 1791 : révolte des esclaves à Bois-Caïman
• 18 novembre 1803 : Haïti chasse les Français
• 1er janvier 1804 : indépendance d'Haïti
• 11 juillet 1825 : la France impose une indemnité à Haïti
• 13 février 1843 : fuite de Jean-Pierre Boyer
• 27 février 1844 : sécession de Saint-Domingue
• 28 juillet 1915 : les marines débarquent à Port-au-Prince
• 22 octobre 1957 : arrivée au pouvoir du docteur Duvalier
• 16 décembre 1990 : Aristide président d'Haïti
1er mars 2004 : les marines débarquent à Port-au-Prince
Toute l'Histoire en un clic
Publicité

1492 à 1804

D'Hispaniola à Haïti


Vaste comme la Belgique (27.750 km2), l'actuelle république de Haïti est l'héritière de la colonie française de Saint-Domingue.

Située dans les Grandes Antilles, elle occupe la partie occidentale de l'île d'Hispaniola, déformation du nom Isla española que lui avait donné son découvreur Christophe Colomb le 6 décembre 1492.

Les Antilles

Cliquez pour agrandir
Les Antilles constituent un chapelet d'îles entre l'Amérique du Nord (péninsule de Floride) et l'Amérique du Sud. Entre l'archipel et l'isthme d'Amérique centrale s'étend la mer des Caraïbes, d'après le nom d'un peuple amérindien qui est aussi le nom que les Anglo-Saxons donnent aux Antilles elles-mêmes. Celles-ci se subdivisent entre Grandes Antilles (Cuba, Jamaïque, Hispaniola, Porto-Rico) et Petites Antilles (Îles-du-Vent et Îles-sous-le-Vent).

Christophe Colomb fonde Hispaniola

La première implantation permanente à Hispaniola, baptisée Nueva Isabela en hommage à la reine Isabelle de Castille, est détruite en 1502 par un cyclone et reconstruite sous le nom de Santo Domingo de Guzman, en hommage cette fois à Saint Dominique. De là les noms de Saint-Domingue et de Républicaine dominicaine, celle-ci se partageant aujourd'hui l'île avec la république de Haïti.

Le nom d'Haïti vient d'Ayiti, ou Terre des hautes montagnes, nom que donnaient à l'île ses premiers habitants, de pacifiques Indiens Taïnos, du groupe des Arawaks. Tous ont disparu tragiquement en quelques années, victimes de la colonisation européenne (travail forcé, persécutions, maladies) et plus encore de l'invasion des terribles Indiens anthropophages du groupe des Caraïbes venus des îles voisines.

Les Espagnols s'installent

En 1508, Santo Domingo devient le siège de la vice-royauté des Amériques et le centre de la colonisation espagnole.

Désireux de s'enrichir au plus vite avant de rentrer chez eux, les premiers Espagnols reçoivent des terres avec le droit de faire travailler les Indiens qui y vivent. C'est le principe du repartimiento. L'extraction de l'or dans le sous-sol et les rivières s'avère dans un premier temps très productif, jusqu'à fournir 500.000 écus d'or par an à l'Espagne.

Les esclaves africains remplacent les Indiens dans les plantations et les gisements d'or.

Indiens survivants et Noirs ne manquent pas de se révolter. C'est ainsi qu'un cacique (chef indien) du nom d'Henri se réfugie dans les montagnes parvient à maintenir son indépendance pendant 13 ans. C'est le début du marronnage, nom donné aux fuites d'esclaves dans la forêt (de l'espagnol cimarrón, qui signifie esclave noir fugitif).

La population autochtone disparaît en quelques décennies. Quelques Indiens se fondent par métissage avec les nouveaux arrivants d'Europe et d'Afrique.

En 1535, le gouverneur Nicolas Ovando fait venir des plants de canne à sucre des îles Canaries et encourage leur plantation pour compenser l'épuisement des gisements aurifères.

Les flibustiers livrent l'île à la France

Au XVIIe siècle, des boucaniers français commencent à s'installer sur l'île voisine de la Tortue. Eux-mêmes se dénomment pompeusement les «Frères de la côte». Ce sont des chasseurs. Ce sont aussi des pirates et des corsaires qui s'en prennent aux galions espagnols. Leur présence (ils sont près de 3.000) attire l'attention de Richelieu. Le 31 août 1640, les flibustiers français expulsent leurs rivaux anglais de la Tortue et débarquent sur le nord de l'île d'Hispaniola.

Sous l'autorité française, les plantations prospèrent sous le climat tropical de l'île : café, tabac, cacao, indigo... Mais la canne à sucre (véritable or blanc du XVIIIe siècle), tend à l'emporter sur les autres cultures. Un gouverneur, Bertrand d'Ogeron, fait venir des «engagés» européens pour travailler dans les plantations aux côtés des esclaves africains et dans les mêmes conditions. À la différence des Africains, ces hommes surnommés «Bas-Rouges» sont rémunérés et libérés au bout de 36 mois. Mais les planteurs ne tardent pas à renoncer à cette main-d'oeuvre qui supporte mal le climat tropical.

En 1697, le roi Louis XIV se fait céder légalement la partie occidentale d'Hispaniola par le traité de Ryswick qui met fin à la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Cette acquisition marque le véritable commencement des ambitions coloniales de la France.

Une colonie prospère

De son nom officiel «côtes et îles de Saint Domingue en l'Amérique sous le vent», la colonie devient très vite la plus prospère des possessions françaises d'outre-mer grâce à ses plantations de café et de canne à sucre.

À la veille de la Révolution française, Saint-Domingue assure près des 3/4 du commerce mondial de sucre ! En 1788, son commerce extérieur, évalué à 214 millions de francs, est supérieur à celui des États-Unis.

La colonie compte près de 600.000 habitants, dont 40.000 affranchis, essentiellement des mulâtres, et 500.000 esclaves noirs.

Les affranchis n'ont pas les mêmes droits que les colons mais bénéficient d'une certaine aisance et sont parfois même propriétaires d'esclaves.

La majorité des esclaves sont nés en Afrique. Ils ont été introduits dans l'île dans le cadre de la traite, nom donné au trafic d'esclaves pratiqué par les Européens, au rythme effarant de 30.000 par an dans les années précédant la Révolution.

Dans le même temps, la partie espagnole de l'île, Santo Domingo, dépérit et compte à peine quelques dizaines de milliers d'habitants.

De l'insurrection à l'indépendance

Le sort de l'île est bouleversé par la Révolution française. Le 15 mai 1791, à Paris, l'Assemblée nationale accorde timidement le droit de vote à certains hommes de couleur libres. Cette demi-mesure inquiète les colons blancs de Saint-Domingue qui songent à proclamer leur indépendance. Elle ne satisfait pas davantage les affranchis. Les uns et les autres s'affrontent violemment.

Les commissaires de la République française Sonthonax et Polverel se résignent à proclamer la liberté générale des esclaves. Voyant cela, certains planteurs appellent les Anglais à leur secours.

Heureusement pour la France, le chef noir Toussaint Louverture quitte le camp espagnol pour celui de la France révolutionnaire. Avec le grade de général, il combat les Anglais et les chasse de l'île. La prospérité ne tarde pas à revenir. Il est vrai que le nouveau maître de l'île oblige ses frères de couleur à travailler comme salariés dans les plantations dont ils étaient auparavant les esclaves !

Le 8 juillet 1801, Toussaint Louverture proclame l'autonomie de l'île et se nomme Gouverneur général à vie de la nouvelle République. Le Premier Consul ne goûte guère cette initiative. Il arme une puissante expédition pour y mettre fin. Son échec permettra aux successeurs de Toussaint Louverture de proclamer leur indépendance pour de bon le 1er janvier 1804.

Une stabilité introuvable

Les deux siècles suivants sont une longue suite de malheurs : coups d'État, dictatures sanglantes, jacqueries et conflits sanglants entre travailleurs noirs et bourgeois mulâtres, interventions étrangères. Il n'y a guère que la présidence de Jean-Pierre Boyer (1818-1843) qui assure à l'île une relative stabilité !...

Rien ne permet de présager un futur plus souriant à un pays surpeuplé d'environ 10 millions d'habitants (avec la taille et la densité de la Belgique), marqué par la déforestation, le sida, la misère, la corruption et la douleur lancinante d'une Histoire tragique.

Les terres bien arrosées et autrefois fertiles ont été ravinées et stérilisées par des pratiques agricoles archaïques (cultures sur brûlis). C'est au point que la production agricole serait aujourd'hui deux fois moins importante qu'au temps de l'esclavage !

Faillite de l'État, faillite des élites

Haïti souffre par-dessus tout de l'absence d'État et sa bourgeoisie (on n'ose parler d'«élites») ignore ce que pourraient signifier l'«intérêt national» et le «bien public».

Pillant sans vergogne l'aide étrangère, cette bourgeoisie formée à l'étranger cultive un profond mépris pour le peuple. Elle ne se soucie pas d'investir comme dans la République dominicaine voisine dans des activités touristiques, agricoles ou industrielles.

Lors du dramatique tremblement de terre du 12 janvier 2010, les gouvernants et même la plupart des médecins haïtiens se sont inscrits aux abonnés absents, laissant aux étrangers le soin de secourir les victimes, tout en se frottant les mains à la perspective d'une relance de l'aide internationale, une aide qui soulage à court terme la misère mais l'entretient sur le long terme...


Épisode suivant Voir la suite
Toussaint Louverture
Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2010-01-20 10:23:48

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Gilles Aerts (08-03-201404:48:38)

Un excellent article ! Je le recommande chaudement.

Soy (12-01-201115:10:16)

Il faut faire attention à la dénomination ''bourgeoisie''. Elle n'est plus ce qu'elle était. Il est totalement erronée d'impliquer que formée à l'étranger, cette dite bourgeoisie a un profond mépris pour le peuple. C'est dangereux. Depuis très longtemps, trop longtemps, on a tendance à confondre élite, bourgeoisie à mulâtre. Trop longtemps, trop souvent ceci a été utilisé par nos dirigeants pour manipuler le peuple dans un sens ou dans un autre, et donner une justification à leur incapacité de g... Lire la suite

Évariste (15-02-201007:08:51)

Éléments de réponse à la question de Jacques Boutté : avec toutes les précautions qu'imposent l'éloignement de l'époque considérée, un ordre de grandeur de l'équivalent contemporain de cette somme de 90 MF or peut être estimé en utilisant le taux de conversion de l'INSÉÉ : 3,60876 €/F. Ce qui nous fait environ 350 M€ de 2009...
Référence : http://www.insee.fr/fr/themes/indicateur.asp?id=29&page=achatfranc.htm

Jacques Boutté (20-01-201009:08:29)

J'aimerais savoir ce que représente aujourd'hui la somme de 90 millions de francs or que Haïti aurait versée à la France au XIX siècle .J'ai tenté des calculs qui m'amènent à penser qu'un remboursement actuel ne permettrait pas même de construire et d'equiper un hôpital .Quelqu'un peut-il m'éclairer ?

guillaume (19-01-201011:48:41)

il n'y a plus d'avenir pour les haitiens en Haiti car il leur manque l'essentiel, à savoir de la surface vraiment agricole ou un état assez fort pour imposer un controle des naissances.
Mais l'avenir a t'il seulement un sens pour un peuple emprunt de fatalisme et préoccupé à survivre? La solution,il me semble, ne peut venir que de l'exterieur et la proposition de monsieur Wade de leurs offrir une terre d'exil africaine me parait tout à fait salvatrice.
Cet echec d'une nation à vivr... Lire la suite

Jacques (17-01-201018:20:48)

Ainsi, la première fois qu'une campagne de Napoléon échoua, ce fut à Haiti en 1803? 10 ans avant la défaite en Espagne?


Les Amis d'Herodote.net peuvent envoyer un commentaire sur cet article.

Offrez-vous quelques minutes d'évasion
avec Les Chroniques d'Herodote.net

Adhérez aux Amis d'Herodote.net

Quel événement marque le début de l'ère musulmane ?

Réponse
Publicité