Abraham Lincoln (1809 - 1865) - Grand corps malade - Herodote.net

Abraham Lincoln (1809 - 1865)

Grand corps malade

Miné par plusieurs affections, épuisé par la guerre civile, sujet à des dépressions chroniques, le 16e premier Président des États-Unis n’est plus que l’ombre de lui-même lorsqu’il est assassiné le 14 avril 1865. En vérité, le tueur achève un mort-vivant.

Épreuves, maladies et dépression

Abraham Lincoln dans les derniers mois de sa vie, en 1865Printemps 1865, le président Abraham Lincoln triomphe contre les Sudistes au terme de la guerre de Sécession. Il est fier du devoir accompli mais achève cette guerre sur les genoux.

Quatre ans de manœuvres, de tractations, de luttes internes, militaires et politiques ont eu raison de sa santé déjà bien précaire.

Dans les semaines qui suivent la victoire, le président a perdu vingt kilos. Il traîne sa longue carcasse (1,92 mètre) dans sa redingote noire trop ample et gagne à nouveau le surnom de « girafe » dont ses opposants ont pris l’habitude de l’affubler. Le chef de l’État est fatigué, exténué, à l’image de son pays qui sort exsangue du mortel conflit.

Depuis longtemps, il est de constitution fragile. Un chercheur américain, membre d’une commission d’historiens qui s’est penchée sur la question, est convaincu que Lincoln souffrait de la maladie de Marfan, une affection héréditaire du tissu conjonctif qui se caractérise par de longs membres, une cataracte précoce ou un glaucome, et des problèmes cardiaques entraînant souvent une mort prématurée…

À cela s’ajoute une grave et contagieuse maladie vénérienne - la syphilis - que le jeune Abraham avait contractée avant son mariage, auprès d’une prostituée, et qu’il soignait au mercure. Il aurait également été atteint d’acromégalie, une maladie qui se développe autour d’une sécrétion anormale d’hormone de croissance, provoquant une augmentation de la taille de certains membres, comme les mains et les pieds, et qui peut entraîner une mort prématurée. Au bout du compte, le président n’a pas passé une année de sa vie d’adulte sans être malade : il souffrait d’une hypochondrie permanente – à juste titre semble-t-il – mais également de dépressions chroniques.

La mort, une compagne de tous les instants

Il faut dire que le destin n’a pas épargné l’homme. Il a toujours combattu, dès son plus jeune âge, contre des éléments hostiles ou les coups du sort. Il enchaîne plusieurs métiers avant de devenir avocat et connaît des périodes difficiles, où les rentrées d’argent restent aléatoires.

La mort ne cesse de frapper autour de lui : en 1835, Ann Rutledge, le premier amour de sa vie, est emportée par la typhoïde. Il manque alors de devenir fou. Il erre dans les bois, un fusil à la main, veillant la tombe de la disparue, refuse toute compagnie et pense à se supprimer. La tristesse l’envahit et ne le quittera plus.

Mary Ann Todd Lincoln (Lexington, KY, 13 décembre 1818 - Springfield, IL, 16 juillet 1882)Il refait sa vie avec Mary AnnTodd qu'il épouse en 1842, mais la mort lui arrache une nouvelle fois deux de leurs quatre fils – un troisième décèdera après son assassinat. Autant de drames qui affectent le couple en profondeur, notamment Mary qui peut passer de la plus grande énergie à une effroyable léthargie, touchant par ricochet son mari sujet lui aussi à la dépression.

Comment un homme aussi affaibli psychiquement et physiquement a-t-il pu accomplir tant de réformes dans l’Histoire ? À son crédit, nul ne conteste un bilan politique extraordinaire sur une si courte période : la défense bec et ongle de l'unité nationale, l’émancipation des esclaves et le lancement de la conquête de l’Ouest avec le fameux Homestead Act, qui permet à chaque fermier d’acquérir plusieurs hectares.

Pour certains chercheurs, c’est justement cette faible constitution qui poussa l’homme dans ses plus extrêmes limites, comme si le temps lui était compté. Et son habitude à contrer les mauvais coups du destin ont sans nul doute forgé son mental (on peut faire un parallèle avec son lointain successeur à la Maison Blanche, le président Franklin Delanoo Roosevelt, qui eut à relever des défis tout aussi immenses en dépit d'une paralysie de ses membres inférieurs, et mourut à la tâche).

«De ce point de vue, la propension dépressive de Lincoln à voir les choses en noir allait se révéler un atout, non un handicap, écrit l’historien Bernard Vincent. Sa vie intérieure tourmentée, toutes les crises traversées, toutes les victoires remportées sur lui-même l’avaient mentalement préparé à affronter le pire et à survivre.» Selon plusieurs historiens américains, son état psychique et physique a sans nul doute eut un impact sur sa façon de penser et de prendre des décisions. Dominer son corps et son esprit, apprendre à les domestiquer, à leur réclamer le meilleur afin d’achever le destin que la providence voudrait bien lui donner : voilà les principes qui ont animé en permanence le caractère d’Abraham Lincoln.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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