597 avant JC à 73 - Les Juifs après l'exil de Babylone - Herodote.net

597 avant JC à 73

Les Juifs après l'exil de Babylone

Ezéchiel console les Juifs en exil à Babylone, miniature médiévale Les prophètes hébreux de l'époque, tels Jérémie et Ézéchiel, voient dans l'exil de Babylone la sanction méritée par le peuple hébreu pour avoir désobéi à Dieu.

À Babylone, cependant, les Juifs gagnent en prospérité et la religion israélite s'affermit.

Au bout de cinquante ans, Cyrus II, le Grand Roi des Perses, conquiert la Babylonie en 539, et une partie de la diaspora choisit de retourner en Judée tout en demeurant sous la tutelle des Perses.

Les Juifs de retour de Babylone reconstruisent le Temple dès 516 av. J.-C. Ils adoptent l’araméen comme langue d'usage. Leur langue ancestrale, l'hébreu, reste employée pour la liturgie.

Vers 440 av. J.-C., en présence du gouverneur Néhémie, le sacrificateur Esdras lit solennellement les livres de la Loi de Moïse, « prescrite par l`Éternel à Israël ». De ce jour, ces cinq premiers livres de la Bible, ou Pentateuque (du grec penta, cinq, et teukhos, livre) deviennent la loi de l'État.

Les Juifs rejettent les Grecs

Un siècle plus tard, l'empire perse s'effondre sous les coups que lui porte le Macédonien Alexandre le Grand. « Alexandre avait régné douze ans quand il mourut. Ses officiers nobles prirent le pouvoir chacun dans son fief », ainsi que le rappelle le premier livre des Maccabées, dans la Bible. « Tous ceignirent le diadème après sa mort et leurs fils après eux durant de longues années. »

La Palestine passe comme l'Égypte sous la tutelle des Lagides, descendants de Lagos, général d'Alexandre, puis en 198 av. J.-C. sous la tutelle des Séleucides de Syrie, descendants de Séleucos.

Sous le règne de ces souverains hellénistiques de langue grecque, les prêtres du temple de Jérusalem codifient les rites religieux dans l'un des futurs livres de la Bible, le Lévitique.

Des scribes complètent par ailleurs les récits des origines du peuple juif dans le livre dit Deutéronome. Les écrits bibliques prennent alors leur forme presque définitive et sont traduits en grec dans la diaspora juive d’Alexandrie (entre 301 et 150 av. J.-C.). Selon la légende, cette traduction serait l’œuvre de soixante-douze sages, les « Septante » , d’où le nom de cette version de la Bible qui servit ensuite aux premières traductions latines.

De la domination séleucide, la tradition juive garde un mauvais souvenir du roi Antiochos IV Épiphane. En 169 av. J.-C., celui-ci pille le Temple puis, l’année suivante, instaure dans le sanctuaire un culte royal et interdit toutes les pratiques juives : circoncision, respect du sabbat et pureté de la nourriture. Avec son approbation, de jeunes Juifs « branchés » osent même bâtir à Jérusalem un gymnase (I Maccabées, 1, 14), autrement dit un lieu où l'on pratique des exercices sportifs en étant nus ! C'est un défi à la pudeur coutumière des habitants.

Un soulèvement populaire, de dimension religieuse, se produit alors, sous la conduite de la famille des Maccabées.

En 153 avant JC, les souverains séleucides s'accommodent de la prise de pouvoir par Jonathan puis Simon Maccabée. Ceux-ci restaurent l'autonomie du pays sous un régime théocratique dirigé par des rois, les Asmonéens, qui vont se comporter comme tous les souverains de leur époque, battant monnaie, construisant des palais et des mausolées, utilisant la diplomatie et la guerre pour faire exister leur Etat. Ils rétablissent les rites religieux juifs dans leur pureté.

En réaction à l’hellénisme, le judaïsme se définit avec encore plus de force qu’auparavant. C’est à cette époque qu’est rédigé le livre de Daniel qui introduit dans la Bible l’idée de martyr, victime innocente de sa foi et l’idée d’apocalypse, message d’espérance sur la fin des temps.

L'épopée des Maccabées est racontée en grec dans des livres qui portent leur nom,  dont deux seront repris dans le corpus biblique chrétien. Le livre d'Esther, qui est une fiction rédigée en grec traitant de la résistance et de la ruse est, lui, incorporé aux bibles juives.

Le pouvoir asmonéen cumule les fonctions royales et celle de grand-prêtre du Temple, ce qui déplait à de nombreux juifs. C'est ainsi qu'au premier siècle avant JC, des groupes revendiquent leur rupture avec Jérusalem : les Esséniens, contestent la légitimité du grand-prêtre. Ils partent vivre au désert, à Qumrân probablement, où les archéologues ont retrouvé les fameux manuscrits de la Mer Morte, les plus anciens manuscrits bibliques jamais découverts, aux côtés de textes de règlements d’une communauté très rigoriste sur les règles de pureté.

Apparaissent aussi les Pharisiens, juifs pieux qui se réunissent dans les synagogues pour discuter de l’interprétation de la Torah (la Bible).

En 63 avant JC, deux frères, Aristobule II et Hyrcan II, se disputent le pouvoir. Hyrcan fait appel à au général romain Pompée, alors en Syrie. Rome est depuis un siècle allié des Asmonéens. Pompée prend Jérusalem et consolide le pouvoir d’Hyrcan II au détriment d’Aristobule. Mais le prix à payer est lourd : Hyrcan perd le titre de roi et doit verser un tribut à Rome.

Le pays a perdu son indépendance et Pompée re-découpe le territoire pour laisser Hyrcan n’administrer que la Judée – sous contrôle d’un gouverneur -, l’Idumée, la Galilée et la Perée (aujourd’hui Transjordanie). Les villes de la côte ne font plus partie du royaume.

Le conseiller d’Hyrcan, Antipater prend de plus en plus d’importance. Il lutte contre Antigone, le fils d’Aristobule qui s’est allié aux Parthes pour envahir la Palestine et faire prisonnier Hyrcan. En 37, Antipater parvient avec l’aide des Romains à prendre le pouvoir à Jérusalem sous le nom d’Hérode le Grand, « ami et allié du peuple romain ».

Son règne correspond à une période de paix et de prospérité économique relative. Le souverain transforme de façon grandiose le Temple de Jérusalem , construit et embellit à tour de bras les cités de son royaume. Il meurt en 4 avant notre ère, alors que vient de naître, en 6 ou 7, un juif galiléen, originaire de Nazareth, nommé Jésus…

Les fils d’Hérode se partagent le territoire puis son petit-fils, Agrippa 1er réunifie pour un temps le royaume à partir de 37 après J.-C., toujours sous la tutelle de Rome. Son fils Agrippa II doit composer avec les procurateurs romains et va affronter la première révolte juive, en 66 à Jérusalem.

La mauvaise situation économique, la corruption des administrateurs romains, leur idolâtrie païenne attisent la haine de la population qui va soutenir un mouvement de Pharisiens radicaux : les Zélotes dans leur détermination à débarrasser la Judée de l’occupant romain pour hâter la fin des temps.

Malgré l’extension du mouvement, la révolte est écrasée par Titus qui prend Jérusalem en 70 et ramène à Rome, pour son triomphe, des objets pris dans le Temple. En 73, prend fin le siège de Massada, dernier bastion de résistance héroïque, par le suicide collectif des insurgés. La Palestine est exsangue.

Pourtant, cinquante ans plus tard, sans que l’on en connaisse exactement les raisons, les Juifs se soulèvent à nouveau contre les Romains. C’est la seconde révolte qui, elle aussi, sera écrasée trois ans plus tard. L’empereur Hadrien interdit aux Juifs de résider à Jérusalem, rase le Temple et reconstruit une colonie païenne : Aelia Capitolina.

Les Juifs de Judée se réfugient sur la côte, à Alexandrie ou en Galilée. C’est dans cette dernière région que les rabbins, rassemblés dans les synagogues vont réfléchir et interpréter ces événements dramatiques. Ils vont compiler au début du III e siècle, les interprétations orales de la Loi en un recueil de préceptes : la Michnah.

Un peu plus tard, ce recueil sera inclus dans un ouvrage fondamental qui rassemble aussi des commentaires exégétiques, des coutumes, de l’histoire, des pensées : le Talmud. Ces textes sont à la base du judaïsme tel qu’il se pratique encore aujourd’hui. Ils vont permettre aux Juifs de vivre désormais leur religion sans le Temple de Jérusalem.

Sophie Laurant, chef de rubrique (Le Monde de la Bible)
Publié ou mis à jour le : 2018-12-06 16:35:23

 
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