29 octobre 1959

Pilote ouvre le second Âge d'Or de la BD

Le 29 octobre 1959 paraît le numéro 1 de l'hebdomadaire Pilote (« Polite, quel journal ! »). Le magazine est créé par François Clauteaux, né à Nantes en 1920, chrétien convaincu et ancien résistant. Les 300 000 exemplaires sont immédiatement vendus. Il bénéficie d'un lancement en fanfare par Radio-Luxembourg et va toucher un public majoritairement composé d’adolescents qui décorent leur chambre avec sa double page Pilotorama.

Dans les pages intérieures du N°1, les jeunes Français découvrent des héros appelés à un grand avenir : Tanguy et Laverdure, Barbe-Rouge, Lieutenant Blueberry (Charlier et Giraud), Lucky Luke (Morris) et surtout un petit personnage à grosses moustaches : Astérix. Le petit Gaulois est une création du scénariste René Goscinny (il mourra en 1977) et de son compère, le dessinateur Albert Uderzo. Il a lui-même un merveilleux ami en la personne d'Obélix...

Pilote, N°1, 29 octobre 1959

Astérix s'éclate

Les deux créateurs d'Astérix sont tout sauf franchouillards. Uderzo, fils d'immigrés italiens, né en 1927 dans la Marne, s'est formé à Bruxelles. Fait curieux pour un dessinateur : il est daltonien, autrement dit ne discerne pas bien certaines couleurs.

Goscinny, d'origine polonaise, est né à Paris en 1926 mais a passé sa jeunesse en Argentine et en Uruguay avant de tenter sa chance comme dessinateur à New York. C'est finalement comme scénariste qu'il va épanouir ses talents, d'abord en peaufinant le personnage de Lucky Luke, créé par le dessinateur Morris, puis en créant avec Sempé le personnage du petit Nicolas.

Goscinny et Uderzo commencent à travailler ensemble dans la discrétion dès 1952 au sein du magazine féminin Bonnes soirées. La célébrité leur vient, rapide, avec Pilote, Astérix et Obélix. Dans les quarante années qui suivront, les deux Gaulois vont vivre pas moins de 30 aventures et compteront plus de trois cents millions de lecteurs de par le monde...

René Goscinny (1926-1977) et Albert Uderzo dans les années 1970 (DR)

Pilote donne ses lettres de noblesse à la BD

Le succès de Pilote et d'Astérix marque l'entrée en fanfare des Français dans la bande dessinée, jusque-là dominé par les comics d'Outre-Atlantique et les créateurs d'Outre-Quiévrain (Hergé et compagnie). Rappelons que trente ans plus tôt, le dessinateur Georges Rémi (Hergé) avait publié les premières aventures de Tintin, remarquable témoin de son temps.

En mars 1963, l'hebdomadaire Pilote est repris par l'éditeur Georges Dargaud. René Goscinny prend la direction de la rédaction de l'hebdomadaire la même année et introduit de nouveaux héros au menu : Achille Talon, le Grand Duduche, Blueberry.

En étoffant son équipe notamment après les événements de Mai-68, l'hebdomadaire devient l’emblème et le porte parole de recherches modernistes et contestataires qui donnent un coup de vieux à la BD traditionnelle.

Il accueille notamment Brétécher pour Cellulite, Colman Cohen pour La longue marche d’Antonin, Druillet pour Lone Sloane, Fred pour Philémon, Gotlib pour la Rubrique-à-Brac, Mandryka pour le Concombre masqué, et le duo Mézières-Christin pour les agents spatio-temporels Valérian et Laureline.

En outre, l’hebdomadaire propose des fresques historiques, des pastiches de tableaux, de l’interactivité, des échanges entre dessinateurs sur un même scénario ... ce qui ne l’empêche pas d’être concurrencé par d’autres contestataires comme l’Écho des Savanes (fondé en 1972), puis Métal Hurlant (1975) et Fluide Glacial(1975). Il devient mensuel en 1974 et disparaît en 1989.

La BD se renouvelle

Il n’en reste pas moins que cette époque 1970-1990 voit le renouvellement du lectorat et des thématiques de la bande dessinée. Ainsi Pif Gadget, qui succède en 1969 à Vaillant, l’hebdomadaire communiste pour la jeunesse, propose dans chacune de ses livraisons  un gadget amusant ou inattendu à construire le plus souvent par ses lecteurs. Le tirage de certains numéros dépasse le million d’exemplaires.

C’est surtout l’efflorescence  des BD adaptées de films (Inspecteur la Bavure, Cabu, 1981), des films adaptés de BD à succès (Batman, Tim Burton, 1989), des BD pédagogiques (Thalès de Milet 1983), des BD politiques (le Capital en bandes dessinées, 1976), des BD littéraires (Voyage au bout de la nuit, Céline-Tardi, 1988), des BD promotionnelles pour une collectivité, une institution, ou une entreprise (La fin du chèque, 1983, pour le Crédit Agricole de Toulouse), des BD sociales et environnementales  (Mission en Afrique, 1988, pour Médecins sans Frontières).

C’est aussi  le  développement des  revues de recherches comme Bédésup (à partir de 1979) et des formations universitaires sur la BD.

Les rapports entre BD et cinéma sont particulièrement féconds. Des auteurs de BD deviennent réalisateurs comme Patrice Leconte ou Gérard Lauzier ou jouent dans des films comme Philippe Geluck ou Wolinski. Plus tard, les progrès des effets spéciaux numériques rendront vraisemblables les aventures extraordinaires des comics-books comme on le verra avec les diverses versions cinématographiques de Spiderman ou, plus près de nous, l’adaptation par Luc Besson en 2010 des Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec de Tardi, une BD de 1976.

Jean-Paul Gourévitch
Publié ou mis à jour le : 2019-08-12 18:30:47

 
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