17 août 1893 - Émeutes à Aigues-Mortes - Herodote.net

17 août 1893

Émeutes à Aigues-Mortes

La France, en stagnation démographique à la fin du XIXe siècle, commence à faire appel à une immigration européenne pour les besoins de l'industrie naissante. Cette immigration ne bénéficie d'aucune sollicitude ni aide sociale et il arrive que les nouveaux-venus entrent en conflit avec des nationaux.

Le cas le plus dramatique concerne des saisonniers piémontais employés dans les marais salants d'Aigues-Mortes par la Compagnie des Salins du Midi. Une dizaine au moins sont tués dans un affrontement avec des travailleurs locaux le 17 août 1893. Tous les meurtriers seront acquittés.

Jeanne Laffont

Le massacre des saliniers italiens d'Aigues-Mortes le 17 août 1893 (gravure du Petit Journal)

Une rivalité sociale plus que nationale

La compagnie emploie au total 800 ouvriers. Elle a constitué une dizaine de « colles » ou brigades au sein desquelles les Italiens sont associés à des « trimards », vagabonds, repris de justice ou chômeurs recrutés pour la saison, beaucoup moins aguerris au dur travail du sel.

Les premiers, payés au rendement, reprochent aux seconds, payés à la journée, de casser les cadences et de n'être pas capables de pousser les brouettes d'une centaine de kilos. Les seconds leur reprochent de leur voler leur travail et de tirer les salaires vers le bas. 

Il s'ensuit des rixes qui débutent le mardi 16 août 1893 sur la saline de Fangouse par une dispute banale. Elles dégénèrent à l'heure du déjeuner et les Italiens, en supériorité numérique (200 contre 100) sortent les couteaux. Ils blessent assez légèrement quatre « trimards ».

La venue du juge de paix et de trois gendarmes ramène le calme. Mais des « trimards » s'enfuient vers Aigues-Mortes et rameutent la population.  Une foule précédée d'un drapeau rouge entreprend la chasse aux Italiens dans toute la ville. Poursuivis par 250 ouvriers français, un groupe d'Italiens se réfugie dans une boulangerie avec l'aide de deux douaniers, de deux adjoints municipaux et d'un abbé.

La municipalité réclame des renforts. Un détachement de cinquante cavaliers du 163e de ligne et plusieurs brigades de gendarmerie sont dépêchés sur place en soirée par train spécial pour maintenir l'ordre.

En attendant, le préfet et le procureur de la République suggèrent de faire évacuer les Italiens de la boulangerie et les autres vers la gare en vue de les renvoyer chez eux ! Encore faut-il y arriver ! C'est le cas de seulement 23 Italiens.

Le lendemain, 17 août, les émeutes reprennent et débouchent sur un véritable pogrom aux cris de : « Mort aux Christos ! » (Mort aux chrétiens !). La foule marche sur la saline de Peccais où 300 Italiens se disposent à partir à la gare sous la protection des gendarmes.

Cette fois, des manifestants sortent des fusils. Les gendarmes sont impuissants face à la multitude. Tout juste arrivent-ils à mettre une cinquantaine d'Italiens à l'abri dans la tour de Constance. Les autres Italiens subissent l'agression de la foule. Dix sont tués et plusieurs dizaines blessés avant que la gendarmerie ait pu intervenir.

Sans attendre, le maire d'Aigues-Mortes annonce que « tout travail est retiré par la Compagnie aux sujets de nationalité italienne et que dès demain les divers chantiers s'ouvriront pour les ouvriers qui se présenteront ». La proclamation n'a d'autre effet que de raviver la colère de la foule qui se dirige cette fois vers la saline du Perrier. Et ce sont à nouveau des violences. 

Le soir enfin, un détachement d'artilleurs arrive à libérer et évacuer les derniers Italiens. 

La presse parisienne, dont Le Figaro, attribuent l'origine des troubles à des provocations venant des Italiens ! La presse italienne s'indigne à juste titre de ce drame et réclame des sanctions exemplaires... Tout juste obtient-elle la démission du maire d'Aigues-Mortes.

Finalement, le 30 décembre 1893, le procès, aux assises de Charente, se conclut sur l'acquittement de tous les prévenus... Cette sentence indigne va contribuer à la colère de l'anarchiste Caserio, un émigré italien de Sète qui va tuer le président Sadi Carnot le 24 juin 1894.

Notons que les émeutes d'Aigues-Mortes relèvent davantage d'un drame social que de la xénophobie. Les voyous provençaux qui ont agressé les Italiens ne devaient pas mieux parler français que leurs victimes. Et ils auraient peut-être agi de la même façon avec des travailleurs bretons ou normands.

Publié ou mis à jour le : 2018-12-13 17:04:27

 
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