15 octobre 1917 - Mata Hari est fusillée pour espionnage - Herodote.net

15 octobre 1917

Mata Hari est fusillée pour espionnage

Le 15 octobre 1917, en pleine guerre, Mata Hari est fusillée pour espionnage dans les fossés de la forteresse de Vincennes. La danseuse paie de sa vie son inconscience et sa légèreté.

L'exécution fait les choux gras de la presse

Tous les journaux parisiens relatent en Une l'exécution de l'« espionne ». Certains reproduisent sagement le communiqué officiel. D'autres, comme ici L'Intransigeant du 15 octobre 1917, s'autorisent une très relative liberté de ton, ce qui leur vaut d'être censurés (noter les pointillés sur une partie de l'article)...

Une reine de la Belle Époque

Née en 1876 aux Pays-Bas, Margaretha Geertruida Zelle grandit auprès d'un père attentionné.

Belle jeune fille au teint basané, elle épouse un capitaine de dix-neuf ans son aîné, qui l'emmène vivre aux Indes néerlandaises. Ils ont deux enfants.

De retour en Europe en 1903, Margaretha divorce de son capitaine, violent et porté sur le rhum. Elle gagne Paris où elle fait ses débuts comme danseuse de charme sous les apparences d'une princesse javanaise dénommée Mata Hari (L'oeil de l'Aurore) au «Musée des études orientales», plus connu sous le nom de musée Guimet.

Le spectacle connaît le succès et la troupe se produit bientôt à Madrid, Monte Carlo, Berlin, La Haye, Vienne et même Le Caire. La jeune et troublante artiste collectionne les protecteurs haut placés.

Après l'entrée en guerre des puissances européennes, en août 1914, Mata Hari, qui parle plusieurs langues et vient d'un pays neutre, se permet de voyager librement à travers l'Europe. À Paris, elle mène grand train au Grand Hôtel où les uniformes chamarrés abondent.

Les pilotes de chasse jouissent en particulier d'un prestige irrésistible. C'est ainsi que la belle s'éprend fin 1916 d'un capitaine russe au service de la France dénommé Vadim Maslov, fils d'amiral. Il a 21 ans et lui rappelle peut-être son fils mort en bas âge.

Le piège

Voilà que le beau lieutenant est abattu et soigné dans un hôpital de campagne, du côté de Vittel. Lorsqu'elle se met en tête de lui rendre visite à l'infirmerie du front, elle doit payer cette faveur de la promesse d'aller espionner le Kronprinz (le prince héritier de l'Empire allemand), qui est de ses connaissances, moyennant une rétribution considérable.

La naïve hétaïre se rend en Espagne neutre pour prendre un bateau à destination de la Hollande et gagner l'Empire allemand.

L'Intelligence Service (les services secrets britanniques) met la main sur elle lors d'une escale à Falmouth mais ne peut rien lui reprocher malgré un interrogatoire serré. L'aventurière se voit contrainte de regagner Madrid où elle ne tarde pas à séduire l'attaché militaire allemand.

Celui-ci transmet plusieurs câbles à Berlin traitant de sous-marins à destination du Maroc et de manoeuvres en coulisse pour établir le prince héritier Georges sur le trône de Grèce, en signalant que «l'agent H-21 s'était rendu utile». Ces messages sont interceptés par les Alliés.

L'envoûtante «Eurasienne» fait alors la folie de rentrer en France pour rejoindre son bel officier. Arrivée à Paris le 4 janvier 1917, elle est arrêtée le 13 février à l'hôtel Élysée Palace. Elle sort nue de la salle de bains et, s'étant rhabillée, présente aux gardes venus l'arrêter des chocolats dans un casque allemand (cadeau de son amant Maslov).

Elle est convoquée à huis clos le 24 juillet 1917 devant le 3e conseil militaire, au Palais de justice de Paris. Les juges doivent décider si elle est bien H 21, coupable «d'espionnage et d'intelligences avec  l'ennemi». Son défenseur, un ancien amant, est un expert réputé du droit international, mais malheureusement peu familier des effets de manche d'une cour criminelle.

Les mutineries s'étant multipliées sur le front, l'opinion réclame des coupables et veut des exemples... Sensible à l'atmosphère empoisonnée de l'époque, la Cour déclare Mata Hari coupable d'intelligence avec l'ennemi et la condamne à être passée par les armes.

Cette ingénue plus si jeune refuse le bandeau qu'on lui propose et se tient crânement près du poteau d'exécution, lançant un dernier baiser aux soldats du peloton. Personne ne réclame son corps qui est remis au département d'anatomie de la faculté.

L'auteur : Gabriel Vital-Durand

Gabriel Vital-Durand est médecin suisse et historien d'occasion. Issu d'une famille de médecins, une de ses ancêtres était grecque et avait nommé ses enfants Nicéphore et Nicéphorine alors qu'elle vivait dans le Jura au XIXe siècle. Une autre avait été désignée pour réciter un compliment à l'infortuné général Charles-Denis Bourbaki, passant dans son village du Jura pour porter secours à la garnison de Belfort en 1871 !

Vivant aux marches de l'Est sur le Jura et les Alpes, Gabriel Vital-Durand s'intéresse notamment aux destinées de la Savoie et de la Suisse, si étroitement associées à celle de la France depuis le Moyen Âge, et pourtant peu connues du public français. Les sépultures, les citations historiques lui paraissent autant de témoins précieux des sentiments du passé.

Même si « l'Histoire ne repasse pas les plats » (L-Fd Céline), la rémanence de certaines situations frappe notre collaborateur. Ainsi l'Angleterre, qui avait mené trois campagnes malheureuses en Afghanistan au XIXe siècle, n'a-t'elle su se garder d'une nouvelle aventure en 2001...

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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