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13 avril 1942

Rawa-Ruska, le camp de la mort lente


Le 13 avril 1942, deux mille prisonniers de guerre français entrent dans le camp disciplinaire de Rawa-Ruska. Ils seront bientôt suivis de milliers d'autres. Tous vont souffrir des rigueurs extrêmes de ce camp de représailles, à l'image du docteur J. Guérin et de Georges Moret, dont nous reprenons les témoignages..

Témoignages de Rawa-Ruska

Le docteur J. Guérin a publié dès 1945 le souvenir de sa captivité. Il raconte avec beaucoup de vie et d'émotion sa descente aux enfers après une tentative d'évasion et son arrivée au camp de représailles. Herodote.net a numérisé son livre de souvenirs au format pdf, sans oublier les dessins qui l'accompagnent.

Georges Moret : mon voyage forcé à Rawa-Ruska

Nous publions également sur notre site le récit autobiographique de Georges Moret, tel qu'il nous a été confié par sa fille Paulette.

Prisonniers résistants

La défaite de juin 1940 s'est soldée par un bilan très lourd pour l'armée française : 120.000 morts, 200.000 blessés, 1.850.000 prisonniers dont 1,6 million envoyés en Allemagne dans des camps de prisonniers (en allemand, « stalags »).

Beaucoup de ces prisonniers ne se résignent pas à leur sort et entrent en résistance par des actes de sabotage et des tentatives d'évasions. Malgré la création de commandos disciplinaires, les Straf-Kompagnie, et l'incarcération des fortes têtes dans des prisons civiles, les actes d'insubordination continuent.

Pour mettre enfin un terme à la résistance, l'Oberkommando der Wehrmacht décide le 21 mars 1942 de transférer les prisonniers « coupables » de récidive dans le camp 325, à Rawa-Ruska (on écrit aussi Ravaruska), près de Lemberg, en Galicie (aujourd'hui Rava-Russkaja, près de Lwow, en Ukraine).

Un premier convoi de 2.000 prisonniers français part vers l'Est pour un voyage de six ou sept jours dans des wagons à bestiaux. Il croise en gare de Dresde un train de soldats en uniforme de la Wehrmacht portant l'écusson bleu-blanc-rouge. Il s'agit de la Légion des Volontaires Français, autrement dit des Français engagés volontaires dans l'armée allemande !

Après les quolibets et les invectives, les prisonniers entonnent la Marseillaise. Rapidement, les autorités militaires font repartir le train pour mettre un terme à cette rencontre pour le moins inopportune.

Le camp de la mort lente

Le camp de Rawa-Ruska a été à l'origine ouvert pour accueillir les prisonniers de guerre soviétiques. Sa localisation ne doit rien au hasard.

Annexée par la Pologne lors du traité de Riga, le 18 mars 1921, la Galicie était devenue partie intégrante de l'URSS après un traité germano-russe du 28 septembre 1939. Après que, le 22 juin 1941, Hitler eut envahi l'URSS, elle passe rapidement sous le contrôle du Reich.

Comme la Galicie est une zone d'opérations militaires hors des contrôles de la Croix Rouge internationale, les gardiens allemands ont toute latitude pour perpétrer des exactions contre les prisonniers.

Sur cette terre marécageuse infestée de moustiques favorisant la propagation de maladies, règne un climat continental alternant hivers rigoureux et étés chauds.

Il suffit d'évoquer les noms des camps voisins de Treblinka, Chelmno, Belzec, Sobibor ou Auschwitz-Birkenau, pour comprendre que le camp 325 de Rawa-Ruska est situé dans le terrifiant « triangle de la mort » de la « Solution finale ».

Bien que Rawa-Ruska ne figure pas parmi les camps d'extermination, les conditions de vie y sont similaires à celles des camps où sont déportés les résistants et les juifs.

Quatre bâtiments en dur dont deux inachevés, une écurie de l'armée soviétique également inachevée, des baraquements en bois, le tout entourés de barbelés et de miradors constituent l'infrastructure du camp.

Travail forcé, régime disciplinaire, brutalités, menaces de mort permanentes sont le lot quotidien aussi bien dans le camp que dans les commandos satellites.

Habillés de vieux uniformes, pour la plupart sans sous-vêtement, les pieds nus chaussés de sabots ou de sandales, les prisonniers doivent affronter les rigueurs du climat. Une soupe de millet dans des récipients de fortune, quelquefois des légumes (le plus souvent gelés ou avariés) ou une miche de pain pour 35 hommes servent de nourriture. Un seul robinet délivre une eau polluée aux 10.000 prisonniers !

Commando de travail à Rawa-Ruska (août 1942)

L'arrivée des Français

Le 13 avril 1942, quand arrive le premier convoi de prisonniers de guerre français, vingt mille Russes ont déjà péri victimes de la famine et des mauvais traitements.

Plus de vingt mille prisonniers français et belges suivront dans les mêmes conditions. Rapidement, le camp s'avère trop petit et les nouveaux arrivants sont alors répartis dans des commandos satellites.

Squelettiques, épuisés, les prisonniers sont des victimes toutes désignées pour les maladies endémiques, les maladies pulmonaires ou digestives, l'avitaminose et la décalcification.

Avant l'arrivée des premiers prisonniers de guerre français, les Allemands ont fait transférer dans le camp dix médecins français juifs pour « assurer » leur suivi sanitaire. Évidemment, ils ne disposent strictement d'aucun moyen, d'aucun médicament, mais leur dévouement est exemplaire pour tenter de soulager leurs compatriotes.

Malgré ce régime inhumain, la résistance continue aussi bien dans le camp que dans les commandos satellites et il y a de nombreuses et improbables tentatives d'évasion. Quelques-unes réussissent, mais beaucoup se soldent par des exécutions.

Rawa-Ruska est définitivement abandonné le 19 janvier 1943 après que la Croix Rouge eut dénoncé les conditions infligées aux prisonniers de guerre. Évoquant Rawa-Ruska sur les ondes de la BBC, Winston Churchill le baptise le « camp de la goutte d'eau et de la mort lente ».

Les prisonniers sont dispersés dans différents camps de détention. Délivrés bien plus tard par les Soviétiques, ils ne regagneront la France que le 2 juillet 1945.

Jean Brillet

Publié ou mis à jour le : 2016-09-05 10:26:06

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 28 commentaires sur cet article

TABARLY (29-12-201717:00:58)

Mon père était aussi à "Rawa". Il a évoqué la mort d'un homme bien. Son nom m'est resté gravé en mémoire : Monsieur DRAPEAU.
Littéralement assassiné par un garde. Tiré à bout portant. Alors aurait été facile de le capturer.
La liste des noms de victimes est consultable sur le site http://www.rawa-ruska.net
Mon père a fini par être "rapatrié" en Allemagne (il se marrait en évoquant cette bizarrerie bureaucratique).
Rentré en France, on lui confia deux prisonniers alle... Lire la suite

Thaddée (23-09-201517:09:55)

Mon père PEROTTI Francis Joseph Albert décédé le 17 mars 1986 a été interné à Rawa Ruska. Il y était en 1943 et a résisté dans le camp avec le commandant Louis (Emile LEGE),il s'en est évadé ensuite et a rejoint un réseau de la résistance polonaise à Lvow, Lviv en ukrainien. Mon pére a été hébergé par une famille de résistants polonais dans laquelle il a connu ma mère Aniela Bernaczeck.

Mon père faisait partie de L'UNEG. Mon père s'est évadé à sept reprises pendant les 5 années de... Lire la suite

Annie Claire SACLIER BODIN (31-01-201320:47:51)

Je suis très touchée par les témoignages sur ce site . Moi aussi je souhaiterais avoir la liste des prisonniers Français qui ce sont retrouvé en captivité à RAWA RUSKA comme mon, père CLAUDE JACQUES SACLIER.

HAMELIN B (22-10-201212:55:49)

Mon père HAMELIN Roger Marie Désiré,né le 01/11/1912 décédé le 05 mai 1985, me raontait sa captivité ; après 7 tentatives d'évasion et des actes de sabotage il était à ravaruska en 1945 et a été libéré par les troupes Soviétiques. Y a t'il un site ou un moyen de retouver trace de son internement ; il avait détruit son livret militaire et son fusil qu'on voulait lui prendre en juin 40
Merci

François Gomez (22-09-201223:59:29)

Bonjour,
Voulant rechercher pour laisser l'histoire a ses petits et arrieres enfants de la vie dans le Camp de Rawa Ruska de mon beau pere Tauzy Henri Andre né le 6 juillet 1916 et decedé le 1 janvier 1988 a Pau.
Souvent je suis alle l'accompagner aux repas chaque années et on me disait qu'il etait un des plus jeunes a etre interne a ce camp.
Comment je pourrais avoir des renseignements sur lui.
Merci d'avance
Cordialement
Gomez François Pau 64000

jean (20-09-201208:21:08)

je viens de decouvrir qu il y avait une association et 267 survivants du camp 325 dont mon pere BIGI STELVIO qui ne m en parlait tres peu et avec discretion.


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