13 août 1960 - La Centrafrique, de l'indépendance au chaos - Herodote.net

13 août 1960

La Centrafrique, de l'indépendance au chaos

Petit État très pauvre au cœur du continent africain, la République centrafricaine - ou Centrafrique - est sorti de l'ombre en 1979 avec l'affaire des diamants de l'empereur Bokassa Ier.

Il est revenu à la Une de l'actualité en 2013 avec l'occupation de la capitale par les Tchadiens et les musulmans du Nord dans un nouvel épisode de la lutte multiséculaire entre les « Noirs » de la forêt et les « Blancs » du Sahel. Par un préjugé hérité de l'Histoire, les premiers voient dans les seconds et plus généralement dans tout musulman des trafiquants d'esclaves et des oppresseurs...

La colonie de l'Oubangui-Chari à sa création en 1910

Entre savane et forêt

Quadrilatère un peu plus vaste que la France (620 000 km2), avec une population de seulement cinq millions d'habitants mais en croissance très rapide, le pays présente une savane arborée, relativement fertile et bien arrosé, propice à la chasse, mais avec pour seules ressources exportables un peu de coton et quelques mauvais diamants d'origine alluvionnaire.

Les populations centrafricaines sont noires. Fuyant les trafiquants d'esclaves arabes, elles sont venues au XIXe siècle du Soudan voisin et se sont principalement implantées dans les forêts du sud. Elles ont été très massivement christianisées au XXe siècle, pendant la colonisation française.

Baptisée Oubangui-Chari en 1905, la colonie a été intégrée en 1910 à l'Afrique Équatoriale Française (AEF). Sous-administrée et sous-peuplée, elle fut pillée par des « sociétés concessionnaires » qui instaurèrent le travail forcé dans les plantations d'hévéas ou de coton. Au moins les habitants échappèrent-ils aux razzias des nomades du Sahel en quête d'esclaves...

Le pays compte toutefois un groupe musulman à la pointe nord du pays. Il s'agit de pasteurs mbororo appartenant à l'ethnie Peul et venus au XXe siècle du Cameroun.  Ils représentent moins de 5% de la population totale. Par ailleurs, des musulmans venus des pays voisins,  Toubous ou « Arabes », se sont installés dans les villes de Centrafrique, occupant essentiellement des emplois dans le commerce. Ils représenteraient 5 à 10% de la population totale.  

Une indépendance chaotique

Le pays a obtenu son indépendance le 13 août 1960, tout en restant étroitement liée à la France par des accords de coopération militaire, administrative et économique, comme la plupart des autres colonies françaises d'Afrique noire.

Le chef nationaliste Barthélemy Boganda ayant trouvé la mort dans un accident d'avion, c'est son neveu David Dacko qui devint le premier président de la République. Mais il fut renversé le 1er janvier 1966 par son cousin Jean-Bedel Bokassa (45 ans), un ancien capitaine de l'armée française. Fantasque, le nouveau président en vint dix ans plus tard à s'octroyer le titre d'empereur. Il se fit couronner sous le nom de Bokassa Ier dans un faste kitsch inspiré de la geste napoléonienne, avec la complaisance des autorités françaises.

Discrédité par ses turpitudes réelles et supposées Bokassa fut déposé le 21 septembre 1979 et David Dacko (49 ans) réinstallé au pouvoir au grand soulagement de la France...

L'effondrement de l'État

Le drapeau de la République centrafricaineEn 1981, David Dacko est une nouvelle fois renversé et, de coup d'État en coup d'État, la Centrafrique retombe dans le chaos politique... Or, tandis que disparaît l'administration laissée par la puissance coloniale, nul ne prend la mesure du changement géopolitique en cours dans la région.

Au Tchad voisin, les nomades musulmans du Nord, généralement appelés Toubous, ont enlevé le pouvoir à la majorité noire, chrétienne ou animiste, du Sud. Au Soudan, la guerre redouble de violence entre les Blancs musulmans du Nord et les Noirs chrétiens du Sud.

La Centrafrique, État noir et chrétien de l'aire équatoriale, fait dès lors figure de poste avancé face aux « Blancs » musulmans de la bande sahélienne qui ont repris leur progression multiséculaire vers le Sud, un temps arrêtée par la colonisation européenne.

En 2006, le pays est une première fois victime de l'intrusion de nomades en provenance du Soudan et du Tchad. Il est une nouvelle fois assailli en 2012, quand des bandes armées tchadiennes et soudanaises, auxquelles se rallient des musulmans du nord, se rassemblent sous l'appellation de Séléka et marchent sur la capitale.

La Séléka entre à Bangui le 23 mars 2013 et chasse le président en place. Son chef, un musulman du nord, « Michel » Am-Nondokro Djotodia, s'autoproclame président. Massacres, viols et pillages obligent la France à intervenir à l'automne...

Publié ou mis à jour le : 2019-07-07 10:02:33

 
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