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1914-1918

Les séquelles de la Grande Guerre


La Grande Guerre a hélas mérité son nom. Survenue de façon quelque peu inexplicable, elle a ruiné l'Europe, qui réunissait au XIXe siècle tous les atouts de la prospérité, de la grandeur et de l'harmonie.

André Larané.
La paix trahie

Le traité de paix signé le 28 juin 1919 avec les plénipotentiaires allemands dans la Galerie des Glaces du château de Versailles prend acte de la fin des monarchies en Allemagne et de l'établissement d'un régime républicain décentralisé. Il impose à Berlin une réduction de son armée à 100.000 hommes seulement et des réparations financières colossales que le vaincu est bien incapable de fournir.

L'Alsace et la Lorraine du nord font retour à la France. La Pologne est reconstituée sur le dos de l'Allemagne et de la Russie communiste, de même que d'autres petits États : Finlande, Lituanie, Lettonie, Estonie. L'Autriche-Hongrie laisse place à une petite république autrichienne germanophone, à laquelle il est expressément interdit de s'unir à l'Allemagne, ainsi qu'à une Hongrie indépendante et à une Tchécoslovaquie enclavée en Allemagne.

La Serbie s'agrandit de provinces autrichiennes et devient bientôt la Yougoslavie... L'Italie, amère, reproche aux Alliés de ne pas avoir récompensé son entrée dans la guerre (au demeurant peu efficace) par des concessions territoriales aussi étendues que prévu.

L'empire ottoman, qui ne possédait plus en Europe que sa capitale, Istamboul, et son arrière-pays, perd ses possessions arabophones: Syrie, Irak, Liban, Transjordanie et Palestine. La Turquie proprement dite, peuplée majoritairement de Turcs, est sauvée de la disparition grâce à la poigne d'un général, Moustafa Kémal.

Au total, pas moins de quatre empires sont rayés de la carte : Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie et Turquie. Les petits États qui prennent leur place apparaissent aussi chétifs que vindicatifs. Aussi de nouveaux conflits sont-ils en germe dans les traités de paix ainsi que l'a fort bien montré l'historien Jacques Bainville, dès 1920, dans Les conséquences politiques de la paix.

L'Europe après la Grande Guerre (1923)

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L'Europe après la Première Guerre mondiale (cartographie AFDEC) Cette carte montre l'Europe après la Première Guerre mondiale et les traités qui ont fait éclater les 4 empires de 1914. Noter la multiplication de petits pays inaptes à se défendre et le couloir de Dantzig qui partage en deux le territoire allemand.

Le prix de la guerre

Avec la Grande Guerre, pour la première fois dans l'Histoire de l'humanité, des peuples entiers ont été entraînés au combat par des généraux peu soucieux du sang versé.

Le conflit a connu les excès habituels à toutes les guerres : viols et assassinats de civils. Mais il s'est signalé aussi par la disparition du code de l'honneur habituel aux guerres européennes. C'est ainsi que l'on n'a pas hésité à bombarder des ambulances et achever des blessés. Il n'a plus été question de trêves comme par le passé pour ramasser les blessés.

51 mois de guerre totale se soldent par un bilan humain catastrophique pour l'Europe et en particulier la France.

La Grande Guerre aura mobilisé un total de 65 millions d'hommes, dont 8 millions de Français, et fait plus de 8 millions de morts au combat, dont :
- 1,8 million Allemands,
- 1,7 million Russes,
- 1,4 million Français (dont 100.000 «poilus des colonies»),
- 1,2 million Austro-Hongrois,
- 908.000 Britanniques,
- 650.000 Italiens,
- 335.000 Roumains,
- 325.000 Turcs,
- 117.000 Américains,
- 88.000 Bulgares,
- 45.000 Serbes...

Aux morts des champs de bataille s'ajoutent plus de 20 millions de blessés et de mutilés.

La grippe espagnole

Les réjouissances consécutives à l'arrêt des combats sont, dans d'innombrables foyers, contrariées par une épidémie surprenante et très mortelle. Pendant deux ans, en 1918 et 1919, un virus mystérieux se répand en Asie d'abord puis dans le reste du monde. C'est ainsi que des poilus rescapés des tranchées sont tout d'un coup frappés par une fièvre sans raison apparente et s'alitent pour ne plus se relever. Des familles entières sont décimées...

Richard Fremder raconte la grippe espagnole :

L'épidémie provoque au total pas moins de... 21 à 30 millions de morts, soit deux fois plus que la Grande Guerre. Les trois quarts des victimes se situent en Asie.

Appelé «influenza» par les Anglo-Saxons et «grippe espagnole» par les Français, le virus n'a été identifié qu'à la fin du XXe siècle comme étant une variante particulièrement agressive du virus de la grippe.

Les scientifiques lui ont découvert des analogies avec la grippe aviaire qui a frappé l'Extrême-Orient au début du XXIe siècle.

La grippe espagnole s'est soldée par une addition de drames individuels sans répercussions notables sur la vie politique et sociale. L'une des victimes les plus célèbres en fut le poète Guillaume Apollinaire, mort le 9 novembre 1918, à 38 ans. Deux ans plus tôt, dans les tranchées, il avait été gravement blessé à la tempe.

Commémorations et mémoire

Près d'un siècle après, la commémoration de l'Armistice demeure l'un des moments forts de la vie civique dans les grands pays européens, en France, en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne... mais aussi en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il ne s'agit plus seulement de se recueillir sur le souvenir des disparus mais aussi de rappeler la fragilité de la cohésion nationale et de la paix. C'est aussi l'occasion de mesurer les efforts depuis 1918 en faveur de l'union européenne... et ceux qui restent à accomplir.

Parmi les grands pays, la France est celui qui a payé le tribut le plus élevé à la Grande Guerre (3,4 morts pour 100 habitants), d'où la profusion de monuments aux morts dans ce pays plus qu'en aucun autre...

De 1920 à 1925, la France va se doter d'environ 30.000 monuments aux morts, chaque commune ayant à coeur d'honorer ses morts et disparus. Rien à voir avec les rares monuments aux morts de la guerre franco-prussienne (1870-1971) construits à la fin du XIXe siècle. Ces ensembles statuaires de plus ou moins bon goût mais toujours émouvants avec leur liste de tués deviennent un nouveau lieu d'expression de la vie civique.

La dimension exceptionnelle de la Grande Guerre n'échappant à personne, la France et les autres belligérants instaurent par ailleurs de nouveaux rites pour en rappeler le souvenir. À l'occasion du premier anniversaire de l'armistice de 1918, la France invente le cérémonial de la «minute de silence» en hommage aux victimes du conflit.

L'année suivante, le 11 novembre 1920, la IIIe République célèbre son cinquantenaire en transférant le coeur de Gambetta au Panthéon et, pour la première fois, rend hommage à un Soldat inconnu mort pendant la guerre, représentant anonyme de l'ensemble des «poilus» morts pour la France.

Le Soldat inconnu

Évoquée une première fois par François Simon, président du Souvenir français de Rennes, l'idée d'honorer un soldat tué au champ d'honneur et non identifié se dégage rapidement dans l'opinion française. Dans un premier temps, la Chambre des Députés décide qu'il reposera au Panthéon. Mais une campagne de presse amène le 8 novembre 1920 le vote d'une loi prévoyant de rendre les honneurs du Panthéon aux restes du soldat inconnu puis de l'inhumer sous l'Arc de Triomphe de la place de l'Etoile. L'idée est de Charles Dumont.

Le ministre de la Guerre et des Pension, André Maginot, ancien sergent du 44ème RIT, blessé au combat, ordonne aussitôt aux neuf commandants de Région de faire exhumer «dans un point de chaque région pris au hasard et qui devra rester secret, le corps d'un soldat identifié comme Français, mais dont l'identité n'aura pu être établie». Chaque corps est placé dans un cercueil de chêne et dirigé sur Verdun. Avant que La Marseillaise ne retentisse, il revient au soldat Auguste Thin de désigner à Verdun le Soldat inconnu (6e cercueil, 10 novembre 1920) en déposant sur son cercueil un bouquet d'oeillets rouges et blancs cueillis sur le champ de bataille de Verdun.

Conduit à la gare de Verdun sur un affût de canon, le cercueil du Soldat inconnu arrive le lendemain à la gare parisienne de Denfert-Rochereau pour une cérémonie au Panthéon puis est porté par six soldats dans une chapelle ardente au premier étage de l'Arc de Triomphe, avant d'être définitivement inhumé sous la voûte de l'Arc le 28 janvier 1921.

Au Canada et en Grande-Bretagne, l'anniversaire de l'Armistice n'est pas chômé mais anciens combattants, officiels et particuliers communient dans le souvenir des morts en portant un coquelicot de papier à la boutonnière. Cette fleur a une prédilection pour les sols calcaires et, pour cette raison, s'épanouit dans les champs de bataille et les cimetières militaires. Cette particularité lui a valu d'être évoquée dans des poèmes à la mémoire des soldats défunts.

Deux jours avant l'armistice du 11 novembre 1918, une Américaine a l'idée d'arborer un coquelicot sur la poitrine. Son idée est abondamment reprise et, en 1921, le feld-maréchal Douglas Haig encourage la vente de coquelicots en papier par la Légion britannique en vue d'amasser des fonds pour les anciens combattants pauvres et invalides (British Poppy Day Appeal).

Des séquelles durables

Les séquelles économiques, humaines et psychologiques de la Grande Guerre vont peser pendant de nombreuses décennies sur les pays belligérants.

La France du nord et de l'Est, où se sont déroulées les principales batailles, est ravagée et se remet difficilement de ses ruines. Beaucoup de villages, dans toutes les régions du pays, ne vont quant à eux jamais se remettre de la mort au combat de nombre de leurs garçons et de la condamnation au célibat de nombreuses jeunes filles (les «veuves blanches»).

Les populations civiles ont été relativement peu affectées dans leur chair par la guerre. Mais 4 millions de veuves de guerre et 8 millions d'orphelins ont aussi porté, pendant de longues décennies, le deuil des disparus.

Les civils comme les combattants ont été, aussi, brutalement frappés par un mal inattendu, la grippe espagnole, dont la propagation a été facilitée par les mouvements de population et l'affaiblissement physique des individus suite aux privations de toutes sortes.

Notons que si la guerre a fait progresser l'armement, avec l'apparition des chars blindés et de l'aviation de guerre, elle a aussi eu des effets plus positifs, notamment les progrès de la chirurgie réparatrice, mise au défi de soulager les «gueules cassées» (les mutilés du visage, au nombre de 15.000 en France).

L'incorporation des hommes valides a amené beaucoup de femmes à occuper les postes vacants dans les usines, favorisant de ce fait leur émancipation (dès l'époque de la guerre, on voit apparaître dans les quartiers bourgeois une nouvelle figure féminine : la «garçonne»).

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