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Devinette

D'où la capitale de Malte tire-t-elle son nom ? Réponse

La lettre d'Hérodote
Victor Hugo (1802 - 1885)
Ce siècle avait deux ans !...
 

Victor Hugo naît à Besançon le 26 février 1802, sous le Consulat... Les héros de l'épopée révolutionnaire et impériale ne savent pas encore qu'ils ont gagné le plus grand mémorialiste qui soit.

Son père, Léopold Hugo, est un général et un comte de l'Empire napoléonien. Sa mère, SophieTrébuchet, originaire de Châteaubriant, en Bretagne, donne très tôt à Victor le goût des auteurs classiques. A 14 ans, celui-ci aurait écrit sur un brouillon d'écolier : «Je veux être Chateaubriand ou rien». Il sera bien plus.

Sa jeunesse se partage entre la nostalgie de l'Empire (son père était un général de Napoléon 1er) et le soutien à la Restauration.

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois

Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
C'est moi.
(Les feuilles d'automne, 1831)

En 1819, Hugo reçoit ses premières récompenses de l'Académie des Jeux floraux (Toulouse) pour deux odes royalistes. Trois ans plus tard, il épouse Adèle Foucher et entame une carrière d'écrivain avec Odes et poésies diverses puis Han d'Islande.

Le jeune poète se range parmi les ultra-royalistes et chante la naissance inespérée du duc de Bordeaux.

Un poète d'influence

Ecce lex, le pendu, dessin de Victor Hugo, 1854 (Maison de Victor Hugo) Dès cette époque, Victor Hugo s'engage contre la peine de mort. C'est ainsi qu'il publie en 1829 Le Dernier Jour d'un Condamné (il s'agit du récit des derniers moments d'un jeune condamné, par lui-même). A ce livre, Victor Hugo ajoute en 1832 une préface qui est un vigoureux plaidoyer contre la peine de mort avec des arguments toujours actuels («Se venger est de l'individu, punir est de Dieu»).

Le poète n'est pas seul, loin de là, dans le combat d'avant-garde contre la peine de mort. Dès les années 1820, de nombreux bourgeois éclairés veulent comme lui en finir avec ce reliquat de la barbarie. François Guizot échoue de peu à faire voter une loi dans ce sens.

À l'avènement du roi bourgeois Louis-Philippe 1er, le poète s'affiche en chef de file de la jeune génération de l'école romantique et s'attire très tôt une célébrité nationale et internationale avec Hernani ou encore Notre-Dame de Paris.

Il se fend de quelques vers patriotiques en l'honneur des victimes de la révolution des «Trois Glorieuses» en 1830 :
«Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie...»
(*).

Un poète engagé

Le décès de son père, en 1828, et surtout, la mort tragique de sa fille Léopoldine, en 1843, détournent Victor Hugo de toute publication d'envergure pendant une dizaine d'années. Académicien dès 1841 et pair de France, il devient un notable. Il fait figure de fossile auprès des nouvelles générations d'écrivains, Flaubert, Stendhal,...

Le poète s'éloigne peu à peu de la monarchie. En contradiction avec son idéal de progrès, il se fait le chantre de la Légende napoléonienne et participe au culte de l'Empereur, fossoyeur de la Révolution et conquérant insatiable (cette contradiction est commune aux libéraux de cette époque).

Victor Hugo plante un arbre de la Liberté sur la place Royale (place des Vosges), dessin de Julius Vogel La révolution républicaine de 1848 réveille sa conscience politique. Il se fait le champion de la «Révolution des peuples» et en appelle à la création des États-Unis d'Europe quand tout le continent entre en ébullition. Il s'engage aussi aux côtés de Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er et candidat aux premières élections présidentielles, appréciant son côté social, voire socialiste.

En 1849-1851, il vire à gauche («J'ai grandi !»dira-t-il en 1854 de ce moment-là) mais, déçu de n'avoir pas obtenu le ministère de l'Éducation qu'il convoitait, il se fâche avec le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte.

Après le coup d'État par lequel Louis-Napoléon rétablit l'Empire, le poète s'exile volontairement à Bruxelles, puis sur l'île anglo-normande de Jersey, enfin sur celle de Guernesey, où il va résider jusqu'à la chute de l'Empire, refusant avec obstination les amnisties et le pardon de l'empereur.

Paradoxalement, cette fuite de 20 ans lui vaut une seconde naissance, réalisant son souhait secret. «Je veux l'influence et non le pouvoir», avait-il écrit en 1848 (*).

Les inscriptions «Ego Hugo» (Moi, Hugo) de Hauteville House, sa résidence de Guernesey, illustrent la conscience que le poète avait de son génie... et de sa fonction sociale. De sa retraite solitaire, il lance des imprécations contre l'usurpateur, «Napoléon-le-Petit». Il reprend aussi avec acharnement son travail littéraire et publie ses plus grands chefs-d'oeuvre : Les Contemplations, La Légende des Siècles,... Il devient pour les jeunes écrivains un maître incontournable et respecté.

Les Misérables, en 1862, lui valent une popularité dans tous les pays et toutes les classes sociales. On dit que des ouvriers se cotisent pour acheter l'oeuvre et se la passer de main en main. Comme l'empereur Napoléon IIIlui-même, comme beaucoup de ses contemporains, comme le peintre Millet (L'Angélus, Le vanneur,...), Victor Hugo se montre dans les années 1850-1860 très sensible au sort des humbles et à la condition ouvrière.

Enfants martyrs

Le poète est visionnaire comme le montre le poème suivant, qui n'a rien perdu de son actualité et de sa violence. Comment mieux exprimer le drame des enfants martyrs du XIXe siècle européen ou du tiers monde actuel ?

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules :
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d'une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,
Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.
Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
- Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas!
Ils semblent dire à Dieu : - Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! -
Ô servitude infâme imposée à l'enfant !

(Melancholia, in Les Contemplations, 1856)

Tous les artistes, peintres, poètes et romanciers qui s'épanouissent dans l'ombre de Hugo vont enraciner la nation française dans ses légendes.

Nation paysanne, patrie des droits de l'homme, royaume des lettres et des arts : autant de mythes qui deviendront des lieux communs.

Orgueil de la République

Victor Hugo ne consent à rentrer à Paris qu'au lendemain de la proclamationde la République, le 5 septembre 1871. Le vieillard traverse Paris au milieu d'une foule émue et reconnaissante.

Élu à la nouvelle Assemblée, ses prestations sont décevantes. Plus percutants sont ses ultimes écrits. Il poursuit son combat contre la peine de mort, pour les États-Unis d'Europe, pour l'émancipation des femmes,...

Après le massacre de la Commune, la question sociale n'est plus d'actualité. Les dirigeants de la IIIe République se préoccupent bien davantage d'expansion coloniale. Toujours en phase avec la bourgeoisie de son temps, Victor Hugo lance, le 18 mai 1879, à l'occasion d'un banquet commémorant l'abolition de l'esclavage : «Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez».

Frappé d'apoplexie en cette année 1879, le poète renonce à écrire et met à jour ses notes et ses écrits résiduels dont la publication se poursuivra jusqu'en 1902. Le jour de ses 80 ans, Victor Hugo a la surprise de voir les Parisiens joncher de fleurs la portion d'avenue où il habite; le même jour, la municipalité donne son nom à cette même voie !

À sa mort, le 22 mai 1885, Victor Hugo bénéficie de funéraillesgrandioses autant qu'émouvantes. Aux côtés de son contemporain Louis Pasteur, le poète symbolise le triomphe de la République et la plus grande gloire de la culture française.

Camille Vignolle.
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