


Occupée par la France en 1830, l'Algérie devient en 1954 le théâtre de la plus douloureuse guerre de décolonisation qu'ait connue la France et même l'ensemble des pays européens. C'est le résultat des maladresses gouvernementales, de l'égoïsme obtus des colons européens et des brutalités sans scrupules des indépendantistes musulmans...
Après la difficile soumission du pays et l'échec du projet de Napoléon III de constituer en Algérie un «royaume arabe» associé à la France, les dirigeants de la IIIe République organisent un régime franchement discriminatoire. Par le décret Crémieux, iIs accordent la citoyenneté française aux habitants israélites. De leur côté, les musulmans conservent le droit de demander la citoyenneté française, conformément à une loi du Second Empire. Mais ils doivent pour cela renoncer à titre individuel au statut coranique, jugé incompatible avec la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (inégalité statutaire de l'homme et de la femme).
La citoyenneté interdit aux musulmans qui l'ont demandée de faire appel aux arbitrages du juge coutumier, le «cadi», ainsi que de pratiquer la polygamie, le droit de répudiation,... Très peu s'y rallient, à l'exception notable d'une minorité de Kabyles qui non seulement renoncent au statut coranique mais aussi se convertissent à la religion chrétienne. Les autres sont soumis à partir de 1881 au régime de l'indigénat, avec l'obligation d'un permis de circulation. Bien que non-citoyens, ils n'en sont pas moins astreints au paiement de l'impôt et au service militaire !
La IIIe République constitue la même année, en 1881, l'Algérie sous la forme de trois départements : Oran, Alger et Constantine. Elle francise par la même occasion les noms de localités !
En 1898, un statut spécial place les trois départements algériens sous l'autorité d'un gouverneur général dépendant du ministère de l'Intérieur, avec une Assemblée algérienne élue de 69 membres dont 48 Européens et assimilés.
La IIIe République relance par ailleurs la colonisation européenne. Les premiers bénéficiaires sont 10.000 ressortissants de l'Alsace-Moselle qui ont quitté leur terre natale suite à son annexion en 1871 par l'empire allemand. En 1900, pas moins d'un million d'hectares de terres sont cultivées par des Européens, essentiellement en vigne et en blé.
Au milieu du XXe siècle, les habitants d'origine européenne et les citoyens assimilés d'origine juive représentent un peu plus de 10% de la population totale. Ils forment une communauté soudée, repliée sur elle-même, méfiante à l'égard des musulmans autant que des Français de la métropole. La plupart vivent modestement, au regard du niveau de vie dans les villes de la métropole. Ils votent en majorité à gauche.
Une minorité de grands propriétaires terriens dominent la vie publique et leur influence est d'un grand secours aux petits colons quand il s'agit d'enterrer des projets de réforme.
Chez les musulmans, des revendications politiques contradictoires se font jour dans les années 1930. Le Parti Populaire Algérien de Messali Hadj demande l'indépendance tandis que la Fédération des élus indigènes réclame une complète assimilation.
En 1936, le président du Conseil Léon Blum et le gouverneur Viollette proposent de conférer à tout juste 21.000 musulmans le droit de vote aux élections législatives. Mais les élus d'Algérie s'y opposent violemment et le projet Blum-Viollette, malgré sa timidité, n'est même pas voté.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, les Français d'Algérie se rallient massivement au gouvernement de Vichy conduit par le maréchal Pétain. En 1942, l'Algérie est occupée par les Anglo-Saxons. Robert Murphy, représentant du président Roosevelt, ne se fait pas faute de dénoncer alors le colonialisme.
Les Algériens musulmans découvrent l'inanité de leur statut d'indigène et demandent que des droits politiques leur soient enfin reconnus (*). C'est ainsi que Ferhat Abbas publie le Manifeste du peuple algérien avec 28 élus musulmans le 10 février 1943. Il fonde par ailleurs l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) tandis que Messali Hadj fonde le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).
En signe d'ouverture, le 7 mars 1944, le gouvernement provisoire d'Alger octroie la citoyenneté française à 70.000 musulmans (l'Algérie compte à cette date près de 8 millions de musulmans pour moins d'un million de citoyens, ceux-ci étant d'origine européenne ou descendant des juifs d'Algérie naturalisés par le décret Crémieux !).
Jugeant ce geste très insuffisant, Messali Hadj et Ferhat Abbas projettent un congrès clandestin qui proclamerait l'indépendance. L'année suivante, ils se proposent de profiter de la liesse de la victoire pour brandir le drapeau de l'Algérie indépendante. Mais Messali Hadj est arrêté en avril 1945 et les manifestations débouchent sur les dramatiques massacres de Sétif, le 8 mai 1945 (plusieurs milliers de victimes).
La IVe République consent en 1947 à accorder un statut plus décent à l'Algérie. Celle-ci devient «un groupe de départements dotés de la personnalité civile, de l'autonomie financière et d'une organisation particulière».
Mais, cédant aux injonctions des grands propriétaires pieds-noirs, le gouvernement français institue une Assemblée algérienne avec un double collège qui reproduit la division de la société : le premier collège représente les 950.000 Français du pays et quelques 45.000 musulmans ; le second, de même poids politique, représente les 8,5 millions d'autres musulmans, dont le taux de natalité très élevé conduit à penser qu'ils occuperont une place de plus en plus grande dans leur pays. Comme si ces distorsions ne suffisaient pas, le travail de l'Assemblée algérienne est compromis dès le départ par le trucage du scrutin. Autant d'injustices flagrantes qui portent en germe le conflit futur.
Encouragés par la défaite française en Indochine, les indépendantistes algériens forment au printemps 1954 un Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA) et fixent au 1er novembre 1954 le début de l'insurrection. Une trentaine d'attentats plus ou moins désordonnés ont lieu en ce jour de la «Toussaint rouge» : récoltes incendiées, gendarmerie bombardée... On compte sept victimes, toutes musulmanes sauf un instituteur venu de métropole.
Peu après est créé au Caire le Front de Libération Nationale (FLN), par Ahmed Ben Bella, un indépendantiste en rupture avec le MTLD de Messali Hadj, qu'il juge trop modéré. Le FLN et les messalistes, rassemblés au sein d'un nouveau parti, le MNA (Mouvement National Algérien), vont dès lors se disputer à couteaux tirés les faveurs des travailleurs algériens en métropole. Leur conflit fratricide va faire 4.000 morts parmi ceux-ci. En Algérie même, le FLN va multiplier les meurtres de notables musulmans favorables à la présence française.
Sur le moment, la «Toussaint rouge» passe inaperçue dans l'opinion française. Le 25 janvier 1955, le président du Conseil Pierre Mendès France nomme au gouvernement général de l'Algérie l'ethnologue Jacques Soustelle (44 ans), homme de gauche, pacifiste, résistant et gaulliste de la première heure. Il est accueilli fraîchement par les Européens mais très vite se rallie à la thèse radicale de l'intégration. Contre les riches colons et les indépendantistes musulmans, il prône l'octroi de la nationalité française pleine et entière à tous les habitants des trois départements.
Les pouvoirs publics prennent en main la population musulmane des douars (villages) grâce à des mesures sociales et au regroupement des populations en des lieux prétendument sûrs (à la fin de la guerre, 1.250.000 paysans auront été ainsi déplacés). Ces tâches de terrain à caractère humanitaire sont confiées aux Sections Administratives Spéciales (SAS), animées par des officiers aguerris et de bonne volonté.
N'arrivant pas à retourner la population musulmane en sa faveur, les «fellagha» (coupeurs de route) du FLN changent de tactique et s'en prennent aux Européens. Ce sont les massacres de Philippeville (20 août 1955), véritable tournant de la guerre.
Dès le 23 août 1955, le gouvernement décide le rappel du demi-contingent libéré en avril et le maintien sous les drapeaux du premier contingent de 1954. Les «opérations de maintien de l'ordre» (on ne parle pas de guerre, s'agissant d'un conflit sur le territoire national) ne sont plus le seul fait des engagés (militaires professionnels), comme en Indochine, mais aussi des conscrits et même des réservistes.
L'année suivante, le socialiste Guy Mollet accède à la présidence du Conseil. Maladroit, il annonce des réformes de structure et rappelle Jacques Soustelle, jugé trop complaisant à l'égard des colons. Mais quand lui-même se rend à Alger, le 6 février 1956, il est conspué par la population. C'est la «journée des tomates». Guy Mollet revient à une politique de répression.
En avril et mai, l'extension de la rébellion le conduit à rappeler partiellement les classes 1951 à 1954. Le service militaire est allongé de dix-huit à vingt-sept mois. Les effectifs engagés passent de 200000 en début d'année à 400000 en juillet. Mais dans le même temps, le FLN décide de s'en prendre aux villes mêmes, où vivent la plupart des pieds-noirs. Le 30 septembre 1956, deux bombes explosent à Alger, l'une au Milk Bar de la place Bugeaud, l'autre à la Cafétéria, rue Michelet.
Désespérant d'en finir avec les attentats aveugles, le gouvernement confie le 7 janvier 1957au général Jacques Massu les pleins pouvoirs de police sur le Grand Alger (800.000 habitants dont une moitié de musulmans). Les parachutistes ne vont pas faire dans la dentelle... Multipliant les arrestations, pratiquant les exécutions sommaires et les tortures, ils peuvent se flatter au bout de neuf mois d'avoir mis un terme à la vague d'attentats aveugles et gagné la «bataille d'Alger». Mais ce faisant, ils n'ont en rien gagné la guerre d'Algérie...
16 mai 1843 : Prise de la smala d'Abd el-Kader
24 octobre 1870 : Crémieux francise les juifs d'Algérie
1789 : Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen
10 mai 1871 : Traité de Francfort
8 novembre 1942 : Débarquement en Afrique du Nord
10 février 1943 : Ferhat Abbas réclame une Algérie autonome
8 mai 1945 : Répression sanglante à Sétif
Définition : Pieds-noirs
21 juillet 1954 : Accords de Genève sur l'Indochine
1er novembre 1954 : «Toussaint rouge» en Algérie
20 août 1955 : Émeutes à Philippeville
6 février 1956 : Des tomates pour Guy Mollet
7 janvier 1957 : Début de la bataille d'Alger
Article illustré par une vidéo
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