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À qui doit-on la découverte du bacille de la peste ? Réponse
Selon les plus récentes prévisions, notre planète devrait porter un peu moins de huit milliards d'êtres humains en 2025 (au lieu de 6,3 milliards en 2001). Cette augmentation cache un brutal ralentissement de la population mondiale dans presque toutes les régions du monde (l'Afrique noire fait exception) ainsi qu'une diminution importante en Europe et en Russie.
Le remplacement des générations (une moyenne de 2 enfants par couple arrivant à l'âge adulte), indispensable sur le long terme pour éviter la disparition d'une communauté, n'est plus assuré dans aucun pays d'Europe mais aussi dans de nombreux pays d'Extrême-Orient et même dans certaines régions du sud de l'Inde comme le Kerala.
Les démographes sont dépassés par l'ampleur du ralentissement et révisent leurs prévisions à la baisse d'année en année.
Le cas le plus spectaculaire est celui de l'Iran :
– En 1991, ce pays avait 58,6 millions d'habitants et l'indice synthétique de fécondité des Iraniennes était de 6,2 (nombre moyen d'enfants par femme). Les démographes de l'ONU prévoyaient alors pour l'Iran 141 millions d'habitants en 2025 !
– En 2003, l'Iran compte 66,6 millions d'habitants, avec une moyenne de 2,5 enfants par femme. Les démographes prévoient 84,7 millions d'habitants en 2025.
Voici des chiffres remarquables tirés des synthèses onusiennes et du mensuel Population & Sociétés (INED, Juillet-Août 2003). Ils montrent pour différents pays l'évolution des prévisions entre 1991 et 2003 (NB : rien à voir avec les indices de fécondité effectifs).
– Ligne supérieure : prévisions pour l'année 2025, émises en 2003,
– Ligne inférieure : prévisions pour l'année 2025, émises en 1991,
| donnée2003 données1991 |
population (millions) |
fécondité (enfants/femme) |
population2025(millions) |
| Monde | 6314 5384 |
2,8 3,4 |
7907 8645 |
| Algérie | 31,7 26 |
2,8 5,4 |
42,8 49 |
| Iran | 66,6 58,6 |
2,5 6,2 |
84,7 141 |
| Nigéria | 133,9 95,1 |
5,8 6,6 |
206,4 246 |
| Afrique du sud | 44 40,6 |
2,8 4,5 |
35,1 52 |
| Thaïlande | 63,1 58,8 |
1,7 2,2 |
72,1 78 |
| Inde | 1068,6 859,2 |
3,1 3,9 |
1363 1366 |
| Chine | 1288,7 1151,3 |
1,7 2,3 |
1454,7 1591 |
| Japon | 125,5 123,8 |
1,3 1,5 |
121,1 135 |
| États-Unis | 291,5 252,8 |
2,0 2,1 |
351,1 334 |
| Canada | 31,6 26,8 |
1,5 1,7 |
36 34 |
| Russie | 145,5 149 |
1,3 1,7 |
136,9 152 |
| France | 59,8 56,7 |
1,9 1,8 |
63,4 59 |
| Allemagne | 82,6 79,5 |
1,3 1,5 |
78,1 82 |
Sur le tableau ci-dessus, on voit en rouge quelques pays dont la population est déjà en diminution. Le principal est la Russie. Ce pays, le plus vaste de la planète, par ailleurs bordé par le pays le plus peuplé (la Chine), est confronté à une dramatique chute de sa population, année après année, liée à une forte surmortalité masculine, à de mauvaises conditions de vie et d'hygiène. Presque vides d'hommes, la Sibérie et l'Extrême-Orient russe attirent de plus en plus de colons chinois et on voit mal voit mal comment ces territoires pourraient échapper à une mainmmise de la Chine au cours de ce XXIe siècle...
La république sud-africaine pourrait aussi figurer parmi les pays dont la population diminue. La cause en serait ici le sida. Le reste de l'Afrique noire conserve dans l'ensemble une forte fécondité (généralement excessive) mais les données statistiques sont très imparfaites et permettent mal de mesurer les retombées de l'incurie politique, des guerres civiles et des épidémies. Concernant le Nigéria, les statisticiens de l'ONU ont brutalement révisé leur estimation de la population en 1991, ramenant celle-ci de 122 à 95,1 millions d'habitants !
Au rythme actuel de baisse de la taille moyenne des familles, la population du monde devrait se stabiliser avant la fin du XXIe siècle en-dessous de dix milliards d'habitants (contre 250 millions à l'époque du Christ, un milliard au milieu du XIXe siècle et 2,5 milliards au milieu du XXe siècle).
Dans l'ensemble, il apparaît que la crainte d'un trop-plein d'hommes est derrière nous. L'historien Pierre Chaunu lance même un cri d'alarme dans l'autre sens (Essai de prospective démographique, Fayard, 2003). Il fait valoir que le remplacement des générations n'est déjà presque plus assuré dans la plupart des pays... y compris en Afrique noire où les familles nombreuses ne compenseraient plus les pertes liées à une remontée de la mortalité ! Il craint qu'après une croissance débridée, l'humanité ne s'oriente sans transition vers une régression toute aussi débridée, avec une fécondité moyenne très inférieure à l'indispensable remplacement des générations.
Faut-il se réjouir de la fin de l'explosion démographique? Pouvons-nous espérer que cela nous conduise vers un monde stable, baignant dans la quiétude et le bonheur ?
Nous le pourrions si la baisse s'arrêtait à un niveau où se remplacent les générations, avec une moyenne de deux enfants par femme, de façon que soient préservés les liens sociaux. Mais ce palier est d'ores et déjà enfoncé en Russie, dans la plupart des pays occidentaux et en Extrême-Orient. En moins de deux décennies, l'indice de fécondité est tombé au-dessous d'un enfant en moyenne par femme dans des pays naguère prolifiques comme l'Italie ou l'Espagne.
C'est du jamais vu en temps de paix dans l'Histoire de l'humanité. Les conséquences humaines, sociales et politiques sont colossales : non-transmission des savoirs, inégalités croissantes, absence de perspective d'avenir,...
L'Histoire nous instruit sur les effets d'une «déflation» démographique.
Inutile de ressortir les poncifs sur la Grèce classique et l'empire romain qui auraient succombé aux agressions extérieures du fait de leur dénatalité. Inutile de remonter aux Ve et VIe siècles de notre ère qui ont vu - fait rarissime - une décroissance de la population mondiale du fait de la dénatalité à Rome et en Chine ainsi que des invasions barbares dans ces deux empires-continents.
Rappelons-nous simplement que les années les plus noires de l'Histoire européenne (1914-1945) ont coïncidé avec ses années de plus faible fécondité... Et que la fabuleuse embellie politique, économique et sociale dont a bénéficié le Vieux continent de 1945 à 1973 était corrélée à une natalité exceptionnellement forte, en général proche d'une moyenne de 3 enfants par femme, soit davantage qu'aujourd'hui au Moyen-Orient ou en Asie du sud !
Notons enfin que l'explosion du chômage, à partir de 1973, a suivi en Europe l'effondrement de la natalité. Ce paradoxe vient d'une simple réalité : l'envie de fonder une famille et de prolonger la chaîne des générations reste pour tous les hommes la plus efficace incitation au travail, à l'investissement et à la consommation !
«La poussée démographique a été la clé de l'essor de l'Europe occidentale entre le 10e et le 13e siècle. A l'inverse, les périodes de repli ou d'effacement correspondent à des phases de régression démographique. Quel thème de méditation ! Quel sujet d'inquiétude ! L'Europe est aujourd'hui un monde creux entouré de mondes pleins, comme elle fut elle-même jadis un monde surabondant dominant des mondes vides. L'interrogation sur l'avenir de notre continent n'est pas séparable d'une interrogation sur sa démographie» note l'historien René Rémond (*).
Aujourd'hui, il y a donc tout à craindre d'un effondrement démographique même si d'aucuns, comme le démographe Hervé Le Bras, veulent y voir un remède à la surexploitation de la planète.
| Nombre d'habitants (en millions) prévu en 2025 selon l'année de l'enquête | |||||||||||
|
Année de l'enquête
|
1991 | 1993 | 1995 | 1997 | 1999 | 2001 | 2003 | 2005 | |||
|
Monde Afrique noire % Afrique noire / Monde |
8645 1357 16 |
8425 1265 15 |
8312 1231 15 |
8036 1053 13 |
8054 1041 13 |
7818 1017 13 |
7907 1022 13 |
7956 1087 14 |
|||
Les projections ci-dessus ont été effectuées par les démographes du Population Reference Bureau, un organisme de l'ONU, et publiées dans le bulletin de l'INED Population & Sociétés
Le tableau ci-dessus témoigne de l'évolution paradoxale de la population africaine au tournant du troisième millénaire.
Dans les années 1990, les démographes s'attendaient à une décroissance de celle-ci, à l'image du reste du monde, et révisaient à la baisse leurs projections d'une fois sur l'autre. Mais en 2005, pour la première fois depuis quinze ans, ils revoient à la hausse la population de l'Afrique subsaharienne en 2025.
Ainsi, le continent noir se démarque du reste du monde par la persistance des épidémies, guerres civiles et famines mais aussi par une explosion démographique qui n'arrange rien. C'est qu'à mesure que se défont les États issus de la colonisation, beaucoup de femmes africaines reviennent à leur statut traditionnel de servante et de reproductrice, sans pouvoir maîtriser leur fécondité ni leur destin.





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