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Les Chroniques d'Hérodote
Que commémore le jour de l'Hispanité ?
Réponse1916 à 2006
Les soubresauts du monde arabe
Les Arabes, assujettis aux Turcs pendant un millénaire, en ont été libérés suite à la défaite de ceux-ci à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918. Ils ont alors rêvé de renouer avec leur grandeur des premiers siècles de l'islam.
Mais leurs espoirs d'indépendance, d'union et de modernisation se sont brisés du fait des convoitises occidentales sur la région, attisées par la découverte du pétrole, et de leurs propres démons.

Le 16 mai 1916, en pleine guerre mondiale, le Britannique sir Mark Sikes et le Français Georges Picot signent un accord secret qui prévoit le démantèlement de l'empire ottoman après la guerre et le partage du monde arabe entre les deux Alliés.
L'accord Sykes-Picot, divulgué dès 1917, viole outrageusement la promesse faite aux Arabes de leur offrir une indépendance complète en contrepartie de leur aide contre les Turcs, promesse dont le «colonel» Thomas Edward Lawrence, dit «Lawrence d'Arabie» s'était porté garant auprès de l'influent chérif de La Mecque, Hussein, et de son fils Fayçal.
Hussein n'est pas seulement le gardien des Lieux Saints de La Mecque. C'est aussi le chef de la très respectée famille des Hachémites, qui s'énorgueillit de descendre en ligne directe d'Hassan, fils d'Ali et de Fatima, la fille du prophète Mahomet. Dès 1916, il se proclame roi du Hedjaz (la région de La Mecque et Médine).
Le 11 mars 1920, l'émir Fayçal se fait élireroi de «Grande-Syrie» à Damas, après que les Anglais en ont chassé les Turcs. Mais les Français, au nom d'une longue tradition de protection des chrétiens orientaux, revendiquent et obtiennent de la Société des Nations (SDN) un mandat sur le Liban ainsi que sur la Syrie. Le général Gouraud chasse aussitôt Fayçal de Damas.
Les Anglais offrent à Fayçal le trône d'Irak en lot de consolation. Eux-mêmes obtiennent un mandat sur la Palestine où commencent à s'affronter Arabes et colons juifs. Ils créent par ailleurs un royaume de Transjordanie dont ils offrent la couronne à Abdallah (ou Abdullah), frère de Fayçal (et aïeul du roi actuel de Jordanie).
L'Histoire se gâte avec l'irruption d'un intrus que l'on n'attendait pas en la personne d'Abd el-Aziz III ibn Séoud. Ce bédouin d'une quarantaine d'années règne sur la région du Nedjd (ou Nadjd), au coeur de la péninsule arabe, autour de l'oasis de Riyad (aujourd'hui capitale de l'Arabie... séoudite).
La famille dont Ibn Séoud est l'héritier a vu son destin basculer au milieu du XVIIIe siècle lorsque son chef, Mohammed ibn Séoud, s'est allié avec un illuminé du nom de Wahhab, fondateur de la secte musulmane des wahhabites.
Wahhab prêche le retour au Coran et aux hadith (les faits et gestes du Prophète) de la façon la plus stricte qui soit, en écartant toute interprétation ultérieure. C'est en vertu de son enseignement éclairé que Ben Laden et consorts s'accoutrent et accoutrent leurs femmes comme ils pensent que faisaient le Prophète et ses compagnons! Chassé de partout, Wahhab trouve donc refuge auprès de Séoud dont il devient le gendre.
Les Séoud imposent le wahhabisme à leurs sujets et mènent une guerre sainte en vue de l'imposer aussi à leurs «frères arabes». Dans un premier temps, cela ne leur vaut rien. Acculé, le dernier représentant des Séoud doit se réfugier chez l'émir de Koweit.
C'est alors qu'intervient son fils Abd el-Aziz III ibn Séoud. Par un coup de main audacieux, il reprend l'oasis de Riyad en 1902 puis se proclame émir de Nedjd et imam des wahhabites.
Au terme d'une longue et meurtrière guerre fratricide, dont on évalue à 200.000 le nombre de victimes (dans une péninsule à peine peuplée de 3 millions d'habitants), il chasse Hussein de La Mecque le 5 décembre 1924 et se fait proclamer roi d'Arabie séoudite le 22 septembre 1932, unifiant sous sa férule la péninsule arabe à l'exclusion du Yémen et des émirats du Golfe Persique. Depuis sa mort, le 9 novembre 1953, ses fils se succèdent sur le trône de Riyad.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Moyen-Orient apparaît plus divisé que jamais mais ses États jouissent d'une indépendance complète. Pétrole oblige, les Anglo-Saxons demeurent très présents en Irak et au Koweit (Anglais) ainsi qu'en Arabie (Américains).
Les États arabes refont leur unité dans la guerre contre Israël. Et très tôt les élites s'interrogent sur le modèle de société qui leur permettra de se moderniser enfin. L'exemple éclatant du Japon et celui, plus mitigé, de la Turquie, les amènent à opter pour une modernisation à marches forcées, sur des bases laïques. De jeunes officiers renversent la monarchie en Égypte (1952). Un parti moderniste, laïque et socialiste, le Baas, prend le pouvoir en Syrie (1963) et en Irak (1963). Les nouveaux-venus se font fort de conduire leurs peuples vers des lendemains meilleurs par l'imitation du modèle occidental.
Gamal Abdel Nasser, «raïs» (chef tout-puissant) de l'Égypte, très populaire dans l'ensemble du monde arabe, projette d'unir son pays à la Syrie dans une «République arabe unie» (RAU) en 1959. Ce rapprochement est invoqué au nom de l'Histoire (il s'agit de reconstituer l'empire de Saladin) et de la lutte contre Israël. Mais l'expérience ne dure que quelques mois. Après quoi,la Syrie et l'Égypte ne se réconcilient que dansla guerre contre Israël (1967).
Les coups d'État aboutissent à des tyrannies personnelles plus ou moins brutales (Nasser en Égypte, Assad père et fils en Syrie, Saddam Hussein en Irak), sans que soient modernisées les structures sociales. Même chose dans les monarchies pétrolières et dans l'Iran du shah (avant qu'il ne soit renversé par la révolution islamiste).
Dans les dernières décennies du XXe siècle, la «modernisation» est devenue synonyme dans le monde arabe d'arbitraire, de népotisme, de corruption et de misère : régression du niveau de vie des masses, stagnation de l'activité économique, quasi-absence de recherche scientifique ou de création culturelle... Les sociétés bougent toutefois en profondeur comme le montre la baisse de l'indice de fécondité jusqu'aux environs de 2 à 3 enfants par femme.
Selon la thèse exposée par Richard Bulliett dans La civilisation islamo-chrétienne, on peut voir dans ces échecs l'origine de la montée de l'islamisme. Déçues par une modernisation en trompe-l'oeil qui n'a eu d'autre effet que de briser les contre-pouvoirs traditionnels et d'instaurer le pouvoir sans limite d'un individu ou d'un clan, les populations prêtent l'oreille aux prédicateurs qui, à l'image des Frères musulmans, proclament chacun à leur façon : «L'islam est la solution !». Ils prônent le retour au passé et par voie de conséquence le rejet de l'Occident porteur de modernité (laïcité, individualisme, consommation). Ils désignent du doigt cet Occident et Israël comme les grands responsables de leurs malheurs.
En ce début du XXIe siècle, les héritiers des anciens dictateurs, tels Moubarak et Assad fils, sont contestés par la rue et, dans le cas du premier, chassé du pouvoir.
Mais les religieux ont pris la main sur les démocraties en germe et, s'ils ont mis une sourdine à leurs diatribes contre l'Occident, rien n'indique qu'ils soient à même de bâtir des sociétés de progrès où sunnites, chiites, druzes, chrétiens et autres wahhabites pourraient cohabiter dans le respect de leurs différences.
Au terme d'un siècle de soubresauts, le principal changement dans le monde arabe pourrait être la disparition de la diversité religieuse, avec l'éviction presque complète des communautés chrétiennes, victimes de la poussée de l'islamisme et de la «dictature de la majorité», expression détestable de la démocratie.
Présentes depuis deux mille ans, elles étaient majoritaires au Liban et représentaient encore au début du XXe siècle 10 à 20% de la population de l'Égypte, de la Syrie, de l'Irak et aussi des territoires palestiniens.
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