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Les Chroniques d'Hérodote
Qui est le premier Européen qui rallie l'Inde par la mer ?
Réponse6 à 1 million d'années BP
Aux origines de l'humanité
La Préhistoire s'étend sur environ six millions d'années. Elle désigne faute de mieux l'aube de l'humanité, avant que celle-ci n'invente l'écriture (IIIe millénaire avant JC).
Son étude remonte au XIXe siècle seulement, simultanément à la découverte de la théorie de l'évolution par Lamarck et Darwin. Fondée sur des analyses techniques très fines et souvent aléatoires, elle désoriente le grand public. Essayons d'y voir clair.
Les premiers hominidés (ancêtres des hommes actuels) sont les Australopithèques («Singes du Sud» en latin et grec). Ils seraient apparus en Afrique (vallée du Rift etc).
Le premier d'entre eux a été découvert à la fin de l'année 1924 : une étudiante de l'université du Witwatersrand, en Afrique du sud, Josephine Salmons, apporte à son professeur d'anatomie, Raymond Dart, un crâne découvert par des ouvriers dans une mine du Bechuanaland. Dans une note à la revue Nature en date du 7 février 1925, Raymond Dart avance l'hypothèse que le crâne est celui d'un hominidé (un enfant de six ans) et le baptise Australopithecus africanus.
Les Australopithèques sont nés ! À ses confrères sceptiques, le savant déclare qu'ils sont la preuve que l'humanité serait née en Afrique.
Mais c'est seulement après la Seconde Guerre mondiale que la communauté scientifique admet l'hypothèse de Raymond Dart classant les Australopithèques parmi les hominidés (ou parents de l'homme actuel), lointains intermédiaires entre les primates et nous-mêmes (*). Ils se caractérisent par une petite taille, une forte mâchoire et une capacité crânienne faible (moins de 500 cm3).
En 1974, l'International Afar Research Expedition met à jour la petite Lucy et, du coup, fait reculer jusqu'à 3 millions d'années l'origine de l'humanité... À un détail près : c'est qu'aujourd'hui, les Australopithèques, y compris Lucy, ne sont plus considérés par les spécialistes comme nos lointains ancêtres mais simplement comme de vieux cousins. Lucy est notre grand-tante en quelque sorte.
Les savants n'en ont pas fini avec les découvertes qui repoussent toujours plus loin l'origine de l'humanité... En 1995, une équipe conduite par un anthropologue de Poitiers, Michel Brunet, découvre une mâchoire aussi ancienne que Lucy au nord du lac Tchad, très à l'ouest du Rift. La découverte de cet hominidé baptisé Abel porte un coup fatal à la thèse d'une naissance de l'humanité à l'est de la célèbre faille, énoncée par l'anthropologue Yves Coppens...
Jamais au bout de leurs peines, les anthropologues découvrent en 1999, en Afrique australe, quelques restes d'un australopithèque de plus de 4 millions d'années.
Puis, en octobre 2000, une équipe franco-américaine découvre au Kénya la mâchoire et quelques os d'un bipède dans des terrains remontant à... six millions d'années. Le mystérieux Australopithèque auquel auraient appartenu ces ossements serait ainsi deux fois plus vieux que Lucy. Il est baptisé du nom d'Orrorin («homme originel» en langue locale).
Enfin, le 19 juillet 2001, la mission franco-tchadienne de Michel Brunet réalise un nouvel exploit en mettant à jour un crâne vieux de sept millions d'années et quelques autres ossements en un lieu désertique du Tchad, autrefois baigné par les eaux du lac.
Baptisé Toumaï («espoir de vie» en langue locale), le crâne appartient à un être à la limite entre notre espèce et les autres hominidés. S'agit-il de l'un des plus anciens Australopithèques ou d'un gorille ? La question reste ouverte dans l'attente d'un fémur qui pourrait démontrer que Toumaï était un bipède, comme Orrorin, Lucy et nous.
La vallée du Rift est une grande faille qui traverse l'Afrique orientale du nord au sud, de Djibouti au Malawi. Dans un essai qui l'a propulsé au zénith de la popularité médiatique, Le singe, l'Afrique et l'homme (Fayard, 1983), l'anthropologue Yves Coppens y a vu le lieu de naissance de l'humanité. Il a suggéré que la formation de cette faille, il y a huit millions d'années, aurait entraîné la disparition de la forêt au profit de la savane du côté le plus sec, à l'Est.
Les primates de la partie occidentale de la faille, continuant de bénéficier du couvert forestier, auraient poursuivi leur évolution normale jusqu'aux grands singes actuels (chimpanzés, gorilles). Du côté Est de la faille, les primates auraient quant à eux pris l'habitude de marcher sur deux pattes pour guetter les prédateurs par-dessus les hautes herbes. Mieux soutenu, leur cerveau aurait progressivement gagné en volume et se serait développé jusqu'à atteindre notre capacité crânienne (de l'ordre de 1250 cm3).
Avec cette séduisante «East Side Story», Yves Coppens a tenté d'expliquer l'origine de diverses espèces ou sous-espèces d'hominidés dont la nôtre. Mais la thèse a été invalidée par les découvertes d'Abel et Toumaï, à l'ouest du Rift, auprès du lac Tchad.
En 1959, deux savants kényans d'origine anglaise, Richard et Mary Leakey, découvrent les fabuleux gisements anthropologiques de la vallée du Rift, d'une richesse sans équivalent sur la planète.
Ils mettent à jour dans les gorges d'Olduvai, en Tanzanie, des restes humanoïdes accompagnés d'outils en pierre taillée dans un niveau géologique vieux de 1,7 million d'années. Elle donne du crédit à l'hypothèse de Raymond Dart qui fait de l'Afrique le berceau de l'humanité.
Comme l'homme d'Olduvai, différents Australopithèques africains, apparus entre 2,5 et 1,7 millions d'années, plus évolué que ses prédécesseurs, sont dénommé homo habilis (en latin, l'homme habile), en raison de leur maîtrise de la pierre taillée.
À partir de 1,8 millions d'années et jusque vers 1 millions d'années avant notre époque, l'Afrique orientale voit l'apparition d'une variante de l'homo habilis. Elle pratique la station debout et se déplace sur ses jambes seules, sans utiliser les bras comme les singes. Ils témoignent d'un outillage relativement perfectionné qui leur vaut depuis 1991 l'appellation homo ergaster (ou homme artisan).
En Asie, sur l'île de Java, en 1890, un médecin hollandais, Eugene Dubois, met à jour des fossiles humains vieux d'un million d'années environ. Ces pithécanthropes (ou singes-hommes) constituent le chaînon qui relie l'homo habilis à l'homo sapiens. À l'instigation du philosophe Teilhard de Chardin, ces pithécanthropes, qui ont vécu de 1,7 millions d'années à 400.000 années avant nous, sont bientôt élevés à la dignité d'homo erectus (hommes debout).
On constate en effet que les homo erectus marchent et ne conservent plus rien de l'aptitude de leurs prédécesseurs à grimper aux arbres. Plus important : certains d'entre eux enterrent déjà leurs morts, signe de la croyance en l'au-delà. Les homo erectus sont aussi à l'origine de la domestication du feu.
On considère aujourd'hui que la domestication du feu remonte à près d'un million d'années. Quant aux rites funéraires, la découverte en 2003 d'une sépulture collective a montré qu'ils existaient déjà il y a... 500.000 ans ! C'était avant qu'apparaissent nos ancêtres directs, les très chers Néanderthal et Cro-Magnon, lequel est aussi appelé Homo sapiens (l'homme qui sait !).
L'apparition de la station verticale a facilité le développement de la boîte crânienne et des facultés cérébrales. Elle a aussi entraîné chez nos ancêtres un rétrécissement du bassin et conduit les femelles à accoucher de plus en plus tôt, ce qui aurait eu une conséquence notable sur la répartition des fonctions sociales entre les sexes.
En donnant le jour à des bébés de plus en plus immatures, nos aïeules auraient été conduites à s'en occuper plus intensément et plus longtemps. D'où la traditionnelle répartition des tâches : aux hommes la quête de la nourriture, aux femmes les travaux d'éducation, le ménage et la simple cueillette. Cette thèse a été reprise par Élisabeth Badinter dans son essai L'un est l'autre.
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