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Réponse
30 mai 1431
Jeanne d'Arc est brûlée vive à Rouen

Le 30 mai 1431, Jeanne d'Arc est brûlée vive à Rouen, sur la place du Vieux-Marché, après un procès particulièrement inique. Elle est victime de ce que les Anglais voulaient à tout prix la convaincre de sorcellerie pour abaisser ainsi le roi Charles VII qu'elle avait diligemment servi.

Son procès, dont on a conservé et publié les minutes, témoignent d'une personnalité d'exception, avec un esprit acéré et une conscience pure.

André Larané

De l'échec au drame

Jeanne d'Arc avait réalisé la mission que lui avaient confiée, selon ses dires, des voix célestes. Elle avait délivré Orléans et fait sacrer le roi Charles VII à Reims.

Mais emportée par son succès et la faveur des foules, elle veut en finir au plus vite avec les Anglais. Elle part avec Charles VII à la reconquête de Paris mais les Français de la capitale, satisfaits de leur sort, n'ont nul désir de revoir la redoutable faction des Armagnacs qui entoure le roi. Jeanne d'Arc est blessée au cours des combats, le 8 septembre 1429, et l'armée royale doit battre en retraite.

Charles VII commence dès lors à tenir l'héroïne à l'écart. Il lui confie le soin de combattre un brigand mais celui-ci lui inflige un échec humiliant à la Charité-sur-Loire où il s'est réfugié.

Là-dessus, les habitants de Compiègne sont attaqués par les Bourguignons du duc Philippe le Bon et de son lieutenant Jean II de Luxembourg-Ligny, comte de Guise. Ils appellent Jeanne à l'aide. Celle-ci lève avec ses propres deniers une troupe de 400 mercenaires et se précipite à leur secours sans en référer à son roi. Elle entre dans la ville à la faveur de la nuit. Mais le lendemain, le 23 mai 1430, en tentant une sortie, elle est faite prisonnière par les Bourguignons.

Jean de Luxembourg  la transfère dans son château de Beaurevoir, au nord de la Picardie, sous bonne garde. Très vite, il est harcelé par le cardinal Winchester, qui, à Londres, a repris en main les affaires du Continent. Celui-ci veut à tout prix que la captive soit jugée et condamnée pour sorcellerie et hérésie afin de couper court à sa popularité et ruiner le crédit de Charles VII... Que vaudrait en effet un sacre acquis grâce à une sorcière ?

Les Anglais multiplient les pressions, entament le blocus des ports flamands et finalement rachètent Jeanne pour dix mille livres tournois, soit un montant équivalent à une rançon royale ! Pendant ce temps, le roi Charles VII, peu conscient de l'enjeu, n'esquisse aucun geste en sa faveur.

La Pucelle jugée par l'Église

Après un passage à la forteresse du Crotoy, au bord de la Manche, Jeanne est emmenée à Rouen et enfermée dans la forteresse du Bouvreuil en vue d'être jugée par un tribunal d'Église. Celui-ci est présidé par Pierre Cauchon, l'évêque de Beauvais, dont dépend Compiègne, et par le frère dominicain Jean Le Maître, vicaire de l'inquisiteur en France.

Jeanne devant ses juges (lettrine d'un manuscrit du XVe siècle, BNF)Ces ecclésiastiques français admettent difficilement que Dieu ait pu s'adresser par-dessus leurs têtes à une simple bergère. Ils admettent encore moins qu'Il ait eu envie de prendre parti dans la sombre querelle des Armagnacs et des Bourguignons.

Les juges dépêchent des enquêteurs à Domrémy mais les témoignages des habitants sont si favorables à l'accusée qu'ils doivent détruire leur rapport. Ils reprochent à Jeanne d'avoir revêtu des habits d'homme (sic), d'avoir essayé de se suicider à Beaurevoir (il s'agissait en fait d'une tentative d'évasion) et bien sûr d'avoir eu de fausses visions.

Interrogée par Jean Beaupère, l'un des juges, sur son état de grâce, elle répond : «Si je n'y suis, Dieu m'y mette, si j'y suis, Dieu m'y tienne !»

Les actes du procès témoignent de l'extraordinaire force de caractère de l'inculpée. On la menace de torture et on lui montre les instruments. Elle est enfin condamnée à mort et vouée à être exécutée dans le cimetière de l'abbatiale de Saint-Ouen, à Rouen.

Le procès de Jeanne d'Arc, miniature du XVe siècle, BNF

Mais le 21 mai 1431, au terme de qui doit être sa dernière nuit, elle a un moment de faiblesse, se rétracte et signe un document par lequel elle accepte de se soumettre à l'Église et de reprendre ses habits de femme. La sentence de mort est commuée en un emprisonnement à vie.

Jeanne revient dans sa cellule au grand mécontentement des Anglais qui auraient voulu une exécution rapide. Mais, quelques jours plus tard, craignant à juste titre pour sa vertu, elle reprend ses habits d'homme et invoque à nouveau ses voix, ce qui lui vaut d'être cette fois condamnée au bûcher comme relapse (se dit de quelqu'un qui retombe dans l'hérésie).

Vêtue d'une robe soufrée destinée à la faire brûler plus vite et coiffée d'une mitre sur laquelle sont écrits des mots infâmants, la jeune fille est conduite sur le lieu de son supplice. Détail sordide : le bûcher étant trop élevé, le bourreau se trouve dans l'impossibilité d'étrangler sa victime avant que les flammes ne l'atteignent, ce qui vaut à Jeanne de périr vive dans de grandes souffrances.

Un des juges, pris de remords, confie : «Je voudrais que mon âme fût où je crois qu'est l'âme de cette fille ! »

La détermination de Jeanne d'Arc, soutenue par sa foi, a changé le cours de l'Histoire. Sa foi et sa fougue ont sauvé la dynastie des Valois. Fallait-il voir en elle une sainte catholique ? C'est une autre affaire.

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