- Décembre 2006 : l'Europe en manque de symboles
- Octobre 2006 : le gâchis arménien
- Août 2006 : l'effet de serre
Effet de serre, connais pas !...
La guerre façon Churchill
Sacrée voiture ! - Juin 2006 : Corneille oublié, pays déboussolé
- Mai 2006 : les Français et le différend turco-arménien
- Avril 2006 : deux historiens face à la mémoire et à l'idéologie
- Mars 2006 : Judas et Da Vinci Code : fascination du complot
- Janvier 2006 : que restera-t-il de 2005 dans cent ans ?
Quel nom donne-t-on au chef religieux des Tibétains ? Réponse
Nous commentons ici les faits d'actualité qui, de notre point de vue, laisseront une trace dans l'histoire...
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[réponse]
Le juge Jean-Louis Bruguière a bouclé son enquête sur l'attentat qui a coûté la vie au dictateur du Rwanda le 6 avril 1994. Cet attentat, prétexte au massacre des Tutsis et des Hutus modérés, aurait été selon lui commandité par Paul Kagamé, l'actuel président du Rwanda. Le juge a signé en conséquence neuf mandats d'arrêt visant son entourage. C'est un peu comme si l'on accusait le juif Grynszpan d'être responsable de la «Nuit de Cristal» (1938).
Curieux paradoxe qui voit la France protéger plusieurs responsables du génocide et simultanément traquer ceux qui les ont chassés du pouvoir. Sans surprise, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France.
«... les guerres, malheureusement nombreuses à travers le monde, sont d'abord des guerres de religion»... a dit Laurent Fabius (*)... Rappelons à l'ancien plus jeune Premier ministre de la France que la religion est totalement absente des grands drames du XXe siècle (plus de 100 millions de victimes) : guerres mondiales, répressions nazies et communistes, génocides (les Juifs, comme les Arméniens et les Tutsis, n'ont pas été exterminés en raison de leur religion mais de leur prétendue «race»). Bien plus que la religion, c'est le fanatisme antireligieux qui est criminogène...
Canicules estivales, fonte plus rapide que prévu de la banquise arctique, des glaces du Groenland et de l'Antarctique et des neiges du Kilimandjaro... Les indice se multiplient d'un réchauffement climatique menaçant pour l'équilibre de la planète. Un économiste évalue son coût brut à 5500 milliards d'euros (soit l'équivalent de la Seconde Guerre mondiale). Une nouvelle conférence sur le climat s'ouvre à Nairobi sous l'égide de l'ONU. Saurons-nous faire mentir l'Histoire et, pour une fois, anticiper la menace et y faire face avec détermination ?
Dix mois après une pétition dénonçant la mainmise des politiciens sur l'Histoire, voici que les députés français récidivent en votant une loi qui menace d'un an de prison toute personne qui douterait que le massacre des Arméniens en 1915 relève de la catégorie du génocide.
C'est un énorme gâchis qui porte atteinte à la liberté d'expression, à l'image internationale de la France et discrédite un peu plus la classe politique...
Les États-Unis auraient franchi le seuil des 300 millions d'habitants très exactement le 17 octobre 2006 ! Il ne s'agit bien sûr que d'une estimation à valeur symbolique qui ne doit pas être prise à la lettre.
Elle témoigne du dynamisme démographique de la première puissance mondiale (troisième pour la population). Il est dû à part à peu près égale aux naissances et l'immigration d'Asie et d'Amérique latine :
- 1800 : 5 millions d'habitants,
- 1900 : 76 millions,
- 1950 : 200 millions,
- 2000 : 300 millions.
Remue-ménage dans le microcosme intellectuel : l'écrivain allemand Günter Grass (79 ans), auteur inspiré du Tambour et Prix Nobel de littérature 1999, révèle qu'il s'engagea en 1944 dans la sinistre Waffen-SS ! Son aveu tardif rappelle celui du président François Mitterrand qui, au même âge, confirma qu'il avait servi le maréchal Pétain pendant l'Occupation, ce qu'à vrai dire les historiens savaient déjà.
La jeunesse peut excuser ce genre de fourvoiement mais rappelons tout de même qu'à la même époque, d'autres jeunes, en France comme en Allemagne, ont payé de leur vie leur engagement contre le nazisme.
Il n'y eut d'ailleurs pas que des jeunes pour se fourvoyer : ainsi le philosophe Jean-Paul Sartre (37 ans en 1942) s'accommoda-t-il très bien des rigueurs de l'Occupation et de la censure... On peut être choqué par ces représentants de la «gauche morale» oublieux de leur passé qui n'eurent de cesse, après la guerre, de stigmatiser leurs adversaires en maniant à tout propos l'accusation de complaisance avec le nazisme ou l'extrême-droite.
Les deux hommes les plus riches du monde, Bill Gates et Warren Buffett, mettent leur fortune au service des pauvres : on évoque un total de 60 milliards de dollars qui devraient être affectés par la Fondation Bill et Melinda Gates à l'amélioration de la santé dans le tiers monde.
Cette annonce remet à l'honneur le néologisme «évergétisme», créé par un historien du XXe siècle à partir d'une expression grecque («qui veut le bien») pour qualifier une pratique caractéristique du monde gréco-romain : dans ces cités antiques qui ignoraient l'impôt sur le revenu, les particuliers les plus riches avaient le devoir moral de faire des dons à la cité pour organiser des jeux, construire des monuments, lever des armées ou soulager les pauvres... Même les plus réticents devaient s'y conformer pour ne pas être montrés du doigt.
Ceux qui aspiraient à une charge de magistrat devaient se montrer particulièrement généreux. Jules César sut tirer profit de ce système : s'étant enrichi comme tout un chacun en pillant les provinces dont il avait la charge, il redistribua (en partie) sa fortune au peuple de Rome pour s'en attirer les faveurs.
Plus tard, quand les liens sociaux se distendirent, les riches particuliers se replièrent de la vie publique et c'est l'Église, riche des dons et legs de ses fidèles, qui dès lors prit en charge les pauvres et les malades. A la fin du Moyen Âge, en Occident, les États se renforcèrent en se dotant de ressources permanentes grâce à l'impôt. Ils commencèrent alors à relayer l'Église jusqu'à la remplacer presque complètement dans les affaires sociales.
La montée en puissance des ONG (organisations non gouvernementales) et des fondations privées comme celle de Bill Gates est peut-être l'amorce d'une nouvelle donne (ou qui sait ? d'un retour à l'évergétisme antique).
Dans le trouble qui est le sien, la France en a oublié de commémorer, ne serait-ce qu'un peu, le 400e anniversaire de Corneille.
Dommage ! Car l'auteur du Cid et de Cinna ou la Clémence d'Auguste en aurait remontré à nos puissants, empêtrés dans leurs médiocres combines, au risque de faire perdre à la nation sa place dans le petit peloton des démocraties heureuses.
La France a-t-elle encore un avenir ? Pour nous réconforter, voici ce qu'on pensait il y a 25 ans de l'Angleterre, victime pendant les années 1970 d'une classe politico-syndicale timorée :
L'Angleterre coule. Après avoir été le moteur de l'innovation et le «gendarme du monde», elle s'enfonce, malgré le pactole pétrolier, dans le sous-développement. Dans la hiérarchie économique internationale, elle a brutalement rétrogradé <...>. Le PNB par tête y est deux fois et demie moindre qu'en Suisse, deux fois moindre qu'en RFA et en Suède, qu'au Danemark et en Norvège. Fait plus frappant encore, d'après la Banque mondiale, il est inférieur à celui de la RDA et, si les tendances récentes se poursuivent, l'Angleterre est en passe d'être devancée par trois autres pays de la sphère soviétique <...>. Jointe à des problèmes raciaux sans précédent, cette régression s'accompagne de spasmes sociaux et d'une réelle montée de la violence.
Jean-Claude Chesnais, Histoire de la violence, page 66 (Pluriel Robert Laffont, 1981).
Tandis que le démographe Jean-Claude Chesnais écrivait ces lignes, les Anglais se donnaient pour Premier ministre une femme de 54 ans, ferme dans ses convictions et n'hésitant pas à brusquer son camp comme le camp adverse, Margaret Thatcher...
Les socialistes français déposent un projet de loi en vue de sanctionner toute personne qui douterait que le massacre des Arméniens en 1915 relève de la catégorie du génocide (la loi sera finalement votée en première lecture le 12 octobre 2006).
La Turquie, directement concernée, menace la France de représailles et Bruxelles, regrettant mais un peu tard d'avoir promis à Ankara une entrée prochaine dans l'Union, réagit en suspendant les négociations d'adhésion... de la Bulgarie et de la Roumanie !
Dimanche 21 mai 2006 : le Monténégro, petite principauté serbe, avait conservé envers et contre tout son indépendance après la victoire des Turcs à Kosovo Polié en 1389. Annexé par la Serbie en 1918, il retrouve aujourd'hui sa liberté à la faveur d'un référendum populaire.
Les médias occidentaux font grand cas d'un papyrus du IIIe siècle qui fait référence à Judas, le 13e apôtre du Christ. Après l'«Évangile de Marie-Madeleine», popularisé par Da Vinci Code, voici l'«Évangile de Judas». La crédulité se porte bien ainsi que le montre Sophie Laurant, chef de rubrique au Monde de la Bible...
Deux historiens, Daniel Lefeuvre et François Villeneuve, débattent sur ce qui fait l'Histoire et leur métier. Peut-on s'élever au-dessus des enjeux idéologiques du moment ?... Compte-rendu de leur entretien.
Dans le livre Du bon usage de la guerre civile en France, l'historien Jacques Marseille analyse la crise de la société française à la lumière du passé...
Le 18 mars, à Lyon, 5.000 Turcs (ou Franco-Turcs) défilent avec des banderoles qui proclament : «Il n'y a jamais eu de génocide arménien». Aucun média français ne rend compte de cette manifestation (sauf L'Écho austral, à La Réunion !). Et pour cause... Il s'agit d'une violation caractérisée de la loi française qui d'une part punit toute négation d'un crime contre l'humanité (loi Gayssot, 1990), d'autre part reconnaît la réalité du génocide arménien (loi de 2001). En rendre compte placerait le gouvernement, les députés et la classe médiatico-politique face à leurs incohérences après l'absurde promulgation des «lois mémorielles».
Le 22 février 2006, un attentat sunnite inspiré par la mouvance Ben Laden détruit en partie l'illustre sanctuaire chiite de Samarra (Irak). Le silence des dirigeants arabes et musulmans rend d'autant plus dérisoire et grotesque leur empressement à dénoncer quelques mauvaises caricatures de Mahomet dans une obscure revue scandinave. Il souligne aussi la montée de la haine entre sunnites et chiites et entre Arabes et Iraniens. Voir notre analyse sur les soubresauts du monde arabe.
Le Moyen-Orient n'a pas l'apanage de la tartufferie. En France, le parti socialiste, d'ordinaire sourcilleux sur les principes et les mots, n'ose pas chasser Georges Frèche de la présidence de la Région Languedoc-Roussillon après qu'il eût publiquement qualifié une partie des Français (les harkis) de «sous-hommes» (traduction de l'allemand «Untermenschen» par lequel les nazis désignaient les Juifs).
Que restera-t-il de 2005 dans... cent ans ? C'est la question que nous avons posée à nos lecteurs. Le sondage a été clôturé samedi 14 janvier. Voici les résultats et vos commentaires.

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