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Bossuet

Entre Dieu et le Soleil


Nous avons lu pour vous Bossuet, entre Dieu et le Soleil (Perrin, août 2003, 756 pages, 25 euros), un ouvrage dense mais agréable à lire et instructif sur le Grand Siècle de Louis XIV.

L'auteur, Georges Minois, est normalien et agrégé d'Histoire, enseignant à Saint-Brieuc. Il a déjà à son actif une vingtaine d'ouvrages dont Histoire du péché originel (1992), Histoire de l'athéisme (1998), L'Église et la Science (1990).



Bossuet

700 pages sur Bossuet ! Voilà une biographie comme on les aime.

L'auteur, Georges Minois, montre l'évêque de Meaux évoluant dans son époque. Et quelle époque ! Le Grand Siècle de Louis XIV. Sous sa plume, celle-ci revit de la manière la plus vivante qui soit, avec ses débauchés et ses dévots, ses misérables et ses privilégiés, son génie et ses faiblesses. C'est le Grand Siècle côté salon. On retiendra la description du collège de Navarre ou encore le sort fait aux jeunes filles de la bonne société, cloîtrées en masse pour éviter à leurs parents d'avoir à payer une dot de mariage.

Le mariage, toutefois, a si peu d'attraits pour ces jeunes filles qu'elles se résignent d'assez bon gré au couvent. «Il y a probablement plus de mariages forcés que de vocations forcées au XVIIe siècle», hasarde l'auteur (page 122)...

George Minois lève le voile sur l'image que l'Histoire a voulu conserver du Grand Siècle. Derrière les fêtes somptueuses du règne, qui donnent matière à des chef-d'oeuvres du théâtre et de la musique, se révèle une cour d'une incroyable liberté de moeurs.

Il écrit ainsi : «La pédérastie est très à la mode à la cour de Louis XIV. Nous avons déjà rencontré des célébrités du genre, comme Guiche ou l'abbé de Choisy. (...) Et puis, il y a encore le duc de Gramont, frère de Guiche, le prince de Condé, son neveu le jeune prince de Conti, qui a à peu près le même âge que le dauphin, et puis un fils de Louis XIV et de La Vallière, le comte de Vermandois, de deux ans le cadet de son demi-frère Mgr le dauphin. Tous vont d'ailleurs faire partie de cette confrérie secrète d'homosexuels dont les sinistres exploits ont été racontés par Maurice Lever dans Les bûchers de Sodome : tortures sadiques infligées à des prostituées, assassinat d'un jeune marchand de gaufres qui résistait à l'odieuse bande d'aristocrates pédérastes en chaleur. Tous sont au-dessus des lois: fils du roi, fils de Colbert, neveu de Condé, duc de La Ferté, marquis de Biran, et quelques autres. (...)
C'est aussi cela, la cour de Louis XIV, avec les messes noires de l'affaire des poisons. Sous les perruques et la dentelle, autour des ballets de Lulli, dans les palais et les jardins à la française, un monde de turpitudes systématiquement occulté par la "grande histoire"» (pages 224-225).

Un prélat de Cour

Jacques-Bénigne Bossuet, né dans une famille de magistrats de Dijon le 27 novembre 1627, découvre la Bible à 13 ans et c'est avec une vocation sincère qu'il accepte les charges ecclésiastiques auxquelles le destine sa famille.

Le futur prélat côtoie dès ses études au collège de Navarre, à Paris, un milieu de débauchés et de libertins comme le futur abbé de Rancé. Plus tard, ayant révélé dans le diocèse de Metz des talents de chaire exceptionnels, il est appelé à prêcher devant la bonne société. Ce n'est pas le moindre paradoxe de cette époque que de voir des dames et des messieurs de la haute aristocratie, pleins de turpitudes et de morgue, écouter avec gourmandise un prélat les tancer du haut de sa chaire.

Bossuet accède à la célébrité quand il est appelé à prêcher le carême au Louvre, devant le jeune roi Louis XIV, en 1662. Il s'en prend avec tact à la liaison coupable du roi avec Mademoiselle Louise de La Vallière, au luxe de la cour, qui insulte la misère des paysans, en proie à la famine, à l'excessive sanction qui frappe le surintendant Fouquet...

Son talent oratoire et littéraire (au total 17000 pages) culmine dans les oraisons funèbres comme celle d'Henriette d'Angleterre, en 1670 («Madame se meurt, Madame est morte !»). Son ouvrage le plus connu, très apprécié de ses contemporains et aujourd'hui bien oublié, est le Discours sur l'Histoire universelle (1681), une somme impressionnante dans laquelle il est fréquemment fait référence à la «divine Providence»,  formule favorite de l'auteur.

Évêque de Condom puis de Meaux, d'où le surnom qui lui sera donné d'«Aigle de Meaux», Bossuet se détourne de la chaire et devient le précepteur du Grand Dauphin jusqu'en 1681.

Le prélat s'implique dès lors dans les querelles religieuses qui vont ternir la deuxième partie du règne du Roi-Soleil. Il se fait en particulier le champion du gallicanisme, autrement dit de la primauté du clergé national sur le pape de Rome. Il combat par le verbe les protestants ainsi que ses rivaux comme Fénelon (le «Cygne de Cambrai»). Celui-ci, à la fin du XVIIe siècle, se fait le champion du quiétisme, une doctrine qui s'oppose à l'ascèse du jansénisme et prône un cheminement spirituel bienveillant à l'égard d'autrui.

Georges Minois nous offre de cette période complexe de l'Histoire de France, en particulier de la querelle du quiétisme, qui oppose Bossuet à Fénelon, un aperçu lumineux qui nous aide à comprendre l'évolution de l'Église et du sentiment religieux en France jusqu'à nos jours.

Son ouvrage fera référence. On regrette seulement qu'il ne soit pas illustré.

André Larané