D'où Mère Teresa tient-elle son nom ? Réponse
Au terme d'une longue embellie d'un demi-siècle, l'Europe entre dans une période d'incertitudes et de doutes. En France, la réouverture du débat sur la laïcité en est la manifestation la plus notoire.
Depuis plusieurs années, les organisations islamistes d'Arabie séoudite financent la construction de mosquées dans les villes françaises.
Certains responsables politiques songent à contrecarrer cette influence étrangère en autorisant l'État à cofinancer la construction de mosquées. Cette mesure pourrait se justifier par l'obligation de l'État de garantir le libre exercice des cultes selon la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905.
Dans les faits, elle permettrait aux organisations islamistes de réorienter leurs subsides vers des formes actives de prosélytisme :ouverture d'écoles religieuses, financement de médias islamistes...
Plutôt que de cofinancer la construction de mosquées, l'État peut mettre en oeuvre des solutions plus efficaces et plus respectueuses de la neutralité républicaine. Il peut, par exemple, encourager les dons des particuliers aux organisations religieuses ou spirituelles par des déductions fiscales attractives.
Et pour plus d'équité dans l'orientation des dons, pourquoi ne pas donner à chaque citoyen le droit d'affecter une part des recettes fiscales (la même quel que soit le montant des impôts de chacun) aux organisations de son choix (religieuses, caritatives, syndicales, politiques ou autres) ?...
Voilà que ressurgit le clivage entre les républicains «extrêmes», qui rêvent d'exclure les religions du domaine public, et ceux qui, à la suite des promoteurs de la loi de séparation de 1905, souhaitent s'en tenir à la neutralité religieuse de l'État et condamner le prosélytisme agressif, dans la tolérance et dans le respect des traditions nationales.
Parmi les premiers figure Jack Lang. L'ancien ministre de la Culture est à l'origine d'un projet de loi pour interdire à l'école tous les insignes religieux visibles (voile, kippa, crucifix...). Il espère de cette façon en finir avec le port du voile islamiste à l'école. N'est-ce pas prendre un canon pour écraser une mouche ?
Pour être cohérente, la loi devrait s'étendre aux mains de Fatima, aux images de madone et d'angelot et bien sûr aux signes astrologiques, symboles d'une superstition archaïque. De quoi vider les vitrines des bijoutiers !
Paradoxalement, les premières victimes de cette loi seraient les chrétiens majoritaires de ce pays, discrets et respectueux des règles laïques, avec le risque d'en pousser un certain nombre vers l'extrémisme politique et religieux. Cette loi aurait en effet pour principal effet de blesser des millions d'enfants ! Cacher les médailles sous les vêtements ? Soit, mais imagine-t-on un gamin de 7 ans à la piscine, sommé par son professeur de gym d'ôter sa médaille de baptême ?
On peut aussi s'interroger sur une société qui stigmatise le port d'une médaille pieuse mais s'accommode de collégiennes qui se présentent à l'école avec string, piercing et T-shirt à l'effigie de Lorie ou de Coca Cola (*) !
L'affaire paraît d'autant plus saugrenue qu'elle pourrait être résolue par l'application des règlements intérieurs des écoles qui proscrivent la tête couverte en classe et dans les cours de récréation !... Enfin, en quoi tout le battage autour du voile à l'école améliorerait-il la situation des femmes dans les quartiers difficiles ?
Le foulard à l'origine du débat fait scandale moins par son aspect religieux (le Coran en fait à peine cas) que par la régression de la condition féminine qu'il signifie en Europe et dans le monde musulman. Cette régression dont s'accommodent de plus en plus d'élus peut déboucher de fil en aiguille sur le rejet de la mixité avec des implications intolérables (refus d'être soigné ou éduqué par une personne du sexe opposé, renonciation au droit de diriger des hommes, horaires distincts dans les piscines municipales pour les garçons et les filles,...).
En France, pays de forte tradition exogamique, le foulard est d'autant plus rejeté qu'il sous-entend le refus de celle qui le porte d'aimer et d'être aimée de quiconque n'appartient pas à sa communauté !
A Lille, depuis deux ans, une piscine municipale est réservée aux femmes, à certaines heures, avec un personnel exclusivement féminin (*) ! Dans le quartier concerné, surtout peuplé de personnes originaires du Maghreb, il est devenu dès lors impossible pour des jeunes filles de s'autoriser une visite à la piscine en compagnie de garçons sauf à passer pour des dévergondées aux yeux de leur voisinage et de leur famille.
Pour justifier cette mesure qui annule plusieurs décennies de revendications féministes, la maire socialiste de Lille, Martine Aubry, invoque le souhait des femmes du quartier de ne plus être l'objet des regards concupiscents de la gent masculine. La même raison est invoquée par les gouvernements islamistes, en Iran ou ailleurs. Elle consiste à admettre la violence masculine comme un fait inaltérable dont il faut s'accommoder à défaut d'oser la corriger.
On conçoit la portée symbolique d'une pareille mesure dans les pays à majorité musulmane où des gouvernements modernistes luttent tant bien que mal pour imposer la mixité et une cohabitation plus harmonieuse entre les sexes selon l'exemple que donnait la France... il y a quelques décennies..
La loi de séparation des Églises et de l'État a permis à la République française, il y a près d'un siècle, d'accéder à une relative sérénité dans ses rapports avec les religions. Il serait périlleux de retoucher cette loi mais il conviendrait de l'appliquer dans un esprit de plus stricte neutralité à l'égard de toutes les croyances.
En matière de laïcité comme en bien d'autres domaines, l'État français donne le mauvais exemple. C'est ainsi que la circulaire du ministre de la fonction publique n901 du 23 septembre 1967 fixe les «autorisations d'absence pouvant être accordées à l'occasion des principales fêtes religieuses des différentes confessions».
En vertu de cette circulaire toujours en vigueur, les fonctionnaires français peuvent solliciter de leur chef de service :
– un jour d'absence s'ils se recommandent de la religion orthodoxe (Noël orthodoxe),
– trois jours s'ils revendiquent leur origine arménienne (Noël arménien, fête des Varanants, commémoration du 24 avril),
– trois jours pour les musulmans qui se veulent ou se disent pratiquants (Aïd El Adha, Al Mawlid Annaboui, Aïd El Fitr),
– trois jours pour les juifs qui se veulent ou se disent pratiquants (Roch Hachana, Yom Kippour),
– un jour seulement (!) pour les bouddhistes (fête du Vesak),
Les fonctionnaires catholiques, protestants, pratiquants des cultes africains, mormons, athées, agnostiques,... n'ont, eux, droit à aucune autorisation d'absence (sauf à se convertir publiquement à l'une des religions précitées).
La neutralité républicaine justifierait l'abrogation de cette circulaire discriminatoire.
Le souci d'équité entre les fonctionnaires, dont certains ont droit à plus de jours de congé que les autres (chrétiens arméniens, musulmans, israélites ou bouddhistes), justifie une remise à plat des jours chômés officiels associés à une fête catholique : Ascension, lundis de Pâques et de la Pentecôte, Assomption (15 août).
Ces quatre jours chômés reposent en France sur une tradition ténue :
– le jeudi de l'Ascension n'est pas chômé en Italie, autre grand pays catholique,
– les lundis de Pâques et de la Pentecôte permettaient à l'origine de se reposer des célébrations de la veille (!),
– l'Assomption de la Vierge, le 15 août, est de plus en plus négligée par les fidèles, vacances obligent.
Aujourd'hui, paradoxalement, ces jours chômés portent préjudice à la fréquentation des églises, y compris à Pâques ou à la Pentecôte, car ils entraînent les Français dans des migrations de masse sur les routes. Les fameux «ponts de l'Ascension» et week-ends de Pâques ou de Pentecôte saturent au surplus les infrastructures hôtelières et embouteillent les autoroutes. Les mêmes inconvénients se retrouvent avec le «pont du 8 mai», fête nationale chômée à la légitimité contestable... La lutte contre l'insécurité routière rejoint ici la lutte pour la neutralité républicaine.
– Comment concilier l'équité entre les salariés et les traditions nationales ?
Si l'on supprime d'office un jour férié (lundi de Pentecôte) ou plusieurs, on risque de mécontenter tout le monde. D'aucuns suggèrent qu'on octroie plutôt aux salariés du public et du privé quatre ou cinq jours de repos à la date de leur choix (en-dehors des congés payés). Ces «congés mobiles» viendraient en remplacement des jours chômés du jeudi de l'Ascension, des lundis de Pâques et de la Pentecôte et du 15 août, voire du 8 mai.
Les salariés auraient pour seule obligation de déposer leur demande de «jours de congés mobiles» avec un préavis suffisant pour ne pas gêner leur service et sans avoir à se justifier. Ainsi chacun pourrait-il gérer son temps sans avoir de compte à rendre sur ses convictions religieuses ou ses occupations privées...
Le mariage illustre la persistance de graves malentendus sur la laïcité. La loi française impose aux ministres des cultes de ne marier leurs fidèles qu'après leur passage devant le maire pour un mariage civil (*). Tout laïc qu'il soit, l'État conserve ainsi un droit de regard sur les confessions religieuses, dont on ne voit pas ce qui peut le justifier. En quoi l'État peut-il être concerné par des cérémonies d'ordre privé dès lors qu'elles n'ont aucune implication en droit civil ?
Dans les faits, seuls les prêtres, pasteurs et rabbins se conforment à la loi. Et l'État n'a jamais engagé de poursuites contre les imams qui procèdent à de fréquents mariages sans que les conjoints soient passés devant le maire. Il ne se soucie pas non plus des représentants des autres religions dans la mesure où ceux-ci ne se font pas identifier : bouddhisme, hindouisme, religions africaines, témoins de Jéhovah,...
L'État laïc valide sans sourciller les mariages conclus à l'étranger par des immigrants candidats à la carte de séjour ou à la carte de citoyen ! Il ne se demande pas si ces mariages conclus à l'étranger sont conformes à l'éthique républicaine et aux principes d'humanité concernant en particulier l'âge de l'épousée et son consentement.
Rappelons à ce propos que de nombreux États légitiment au nom de la religion les mariages forcés de fillettes, la polygamie et la répudiation des épouses ; autant de dispositions contraires aux principes d'égalité entre l'homme et la femme. Qui plus est, les tribunaux français reconnaissent aux Marocains établis en France le droit de répudier leur épouse sur simple déclaration, par la vertu d'une convention entre le président François Mitterrand et le roi Hassan II en date du 10 août 1981 !
La neutralité laïque voudrait qu'à l'instant de solliciter une autorisation de séjour ou la nationalité française, les couples étrangers renouvellent leur engagement de mariage devant un officier d'état civil selon les lois de la République. Cette disposition, conjuguée à l'élévation de l'âge légal du mariage à 18 ans au lieu de 15 pour les femmes, mettrait un coup d'arrêt aux mariages forcés. Rappelons que 70.000 adolescentes issues de l'immigration seraient concernées par ces mariages forcés si l'on en croit le Haut Conseil à l'Intégration.
De telles dispositions deviennent indispensables pour que les citoyens français ne soient plus catalogués en fonction de leur religion d'origine.
Mars 2003



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