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De papier, de fer et de sang

Chevaliers et chevalerie à l'épreuve du XVIe siècle


Benjamin Deruelle, maître de conférences à l’Université de Lille 3 Charles de Gaulle De Papier, de fer et de sang : chevaliers et chevalerie à l'épreuve du XVIe siècle (ca. 1460- ca. 1620). Thèse en histoire (2011) sous la direction de Hervé Drevillon, université de Paris 1.

Benjamin Deruelle a consacré sa thèse d'histoire au monde des chevaliers, mais en se plongeant dans une époque où il n'y en avait plus !

Il nous explique ce choix... surprenant.

Tous les élèves savent que la grande époque de la chevalerie, c'est le Moyen Âge. Le XVIe siècle n'avait-il donc pas tourné la page ?

Pas entièrement, en tous cas... Les chansons de geste n'ont jamais été autant lues et pas seulement pour le plaisir de se plonger dans de belles aventures. L'étude de leurs prologues montre que la noblesse y a trouvé un outil politique au service de sa propre gloire.

Les descriptions des «merveilleux faicts d'armes» sont appréciées comme des modèles de vie à une période où les nobles s'interrogent sur leur place dans la société. Rien de tel qu'un ancêtre plein de vaillance pour mieux asseoir sa domination.

Lire les hauts faits de son cher aïeul au coin du feu, voici un bon moyen de se rassurer sur sa légitimité face à la montée de la bourgeoisie et l’émergence d’une noblesse se positionnant dans l'administration.

Toujours inquiet de cette noblesse capricieuse, le pouvoir est-il resté indifférent à cette mode ?

Il n'a pas échappé au roi qu'il peut profiter de cet engouement pour rappeler sa propre domination tout en amadouant les seigneurs. Il prend donc lui-même en charge les obsèques de ses serviteurs les plus zélés, comme Anne de Montmorency dont le corps est exposé 24 heures avant de laisser place à son effigie arborant le manteau de l'ordre de Saint-Michel et la couronne des ducs.

À ses côtés, s'associant aux symboles de la chevalerie honorifique, son épée vient rappeler ses prouesses d'homme de guerre. Une belle cérémonie donc, calquée sur les funérailles monarchiques, pour rendre hommage à celui dont on fait un héros mort pour le royaume... et inciter d'autres à faire de même.

Cet idéal chevaleresque avait-il aussi de l'influence sur les champs de bataille ?

Armure de chevalier, XVIe siècle (musée de l'armée, Paris), photo : Benjamin Deruelle, Herodote.net (DR)Assurément puisque, par exemple, à l'heure de l'avènement des armes à feu, les nobles refusent d'abandonner la charge de chevalerie à la lance.

On raconte que certaines troupes protestantes se confectionnaient cette arme dans des branches d'arbre.

Les rois eux-mêmes interviennent pour encadrer de vieilles habitudes chevaleresques qui sont, de fait, officialisées : piller les populations civiles, d'accord, mais pas plus de 24 heures.

Ce code de bonne conduite ne s'applique, en théorie, qu'aux chevaliers : pas de pitié donc pour les arquebusiers ennemis, envoyés à la potence par Bayard pour non respect des règles de la «bonne guerre». On le voit, la figure du chevalier a hanté le XVIe siècle mais il a été ré-imaginé avec l’esprit de la Renaissance !

Benjamin Deruelle est maître de conférences à l’Université de Lille 3 Charles de Gaulle et membre de l’Institut de Recherches Historiques du Septentrion (IRHIS UMR 8529 – CNRS). Il est notamment l’auteur de plusieurs articles sur l’idéal chevaleresque.

Propos recueillis par Isabelle Grégor
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Mise à jour : 2013-03-28 18:15:07