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Devinette

A quand remonte le premier parti français ? Réponse

Novembre 2002
La traite, un crime contre l'humanité ?
 
La loi Taubira (10 mai 2001) est à l'origine de la journée du souvenir de l'esclavage. Hélas, la loi, par son contenu, défie la connaissance historique. Elle manque l'occasion de réunir les Français autour de leur Histoire commune (mise à jour : mai 2007).
[voir : La France malade de son Histoire]

Le gouvernement français a promulgué le 21 mai 2001 la loi n 2001-434 «tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité» (*), à l'égal de la Shoah et des autres génocides du XXe siècle. Et le président Jacques Chirac a décidé d'instaurer une Journée des «Mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions» le 10 mai, anniversaire du vote de la loi par le Sénat.

Cette loi inspirée par la députée guyanaise Christiane Taubira énonce dans son Article 1er : «La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l'océan Indien d'une part, et l'esclavage d'autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l'océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l'humanité».

La loi est pavée de bonnes intentions... qui, comme c'est souvent le cas, mènent en enfer ! On peut y voir deux inconvénients majeurs :

– Le législateur condamne la traite atlantique «à partir du XVe siècle». Cela ne concerne donc pas seulement la France, qui n'a pratiqué la traite qu'à partir du XVIIe siècle, mais aussi l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas et l'Angleterre. À côté de cela, il prend un soin maniaque à exclure de la condamnation la traite saharienne, pratiquée depuis plus de mille ans par les Orientaux, ainsi que l'esclavage propre aux sociétés africaines elles-mêmes et plus généralement toutes les formes d'esclavage pratiquées par d'autres peuples que les Européens, encore aujourd'hui. Voilà une curieuse morale aux relents discriminatoires et racistes...

Histoire raciale ? Histoire nationale ?

Curieuse démarche que de raccrocher la journée du souvenir de l'esclavage au 10 mai 2001, vote de la loi établissant cette journée... Curieuse et malvenue ! En stigmatisant l'esclavage et la traite pratiqués par l'ensemble des Européens et eux seuls, la loi Taubira racialise le phénomène et le réduit à une opposition entre Blancs d'Europe et Noirs, au mépris de la vérité historique.

On eut préféré que la députée de Guyane se saisisse de cette réalité pour bâtir une mémoire nationale propre à unir tous les Français au lieu de les diviser.

Louis DelgrèsOn eut préféré qu'elle se cantonne à l'aspect national de ce crime en décrétant que les Français condamnent solennellement la traite et l'esclavage pratiqués autrefois dans leur pays (sans s'occuper des autres) et en exaltant les révoltes des esclaves de France contre l'injustice. Bref, en érigeant les héros de cette résistance (Toussaint Louverture, Louis Delgrès,...) au rang de héros français, au même titre que Louise Michel, Jeanne d'Arc et Honoré d'Estienne d'Orves. Autant de héros dans lesquels pourraient se reconnaître tous les petits Français sans considération de couleur ou d'origine.

Pouvons-nous suggérer aux pouvoirs publics de rapporter la commémoration du 10 mai non pas à la très contestable loi Taubira, paradigme de la «repentance» hexagonale, mais à la proclamation de Louis Delgrès (10 mai 1802) ?

– La loi Taubira apparaît stricto sensu «inutile» voire hypocrite puisque les auteurs des crimes qu'elle dénonce sont morts depuis belle lurette et qu'elle ne met pas en cause les esclavagistes contemporains. Elle procède d'une tendance contemporaine à instrumentaliser l'Histoire pour satisfaire à bon compte les revendications communautaristes (Arméniens, Antillais, rapatriés d'Algérie,...), au détriment de la recherche historique et de la concorde nationale.

Le plus grave, sans doute, est que la loi se fonde sur une représentation stéréotypée du passé et tombe allègrement dans le péché d'anachronisme. «Est-ce que les Grecs d'aujourd'hui vont décréter que leurs ancêtres les Hellènes commettaient un crime contre l'humanité car ils avaient des esclaves ? Cela n'a pas de sens !», lance à son propos l'historien Pierre Vidal-Naquet (Le Monde, 17 décembre 2005). Aristote et Platon justifièrent l'esclavage ? Criminels contre l'humanité ! Interdisons la lecture de leurs oeuvres! Voilà qui réjouira beaucoup de lycéens...

Allons jusqu'au bout. Déboulonnons la statue de Louis XIV, qui édicta le Code Noir. Proscrivons la lecture de Montesquieu, actionnaire de compagnies de traite. Débaptisons les rues et avenues qui portent les noms de George Washington et Thomas Jefferson, grands propriétaires d'esclaves ! Qu'importe que ces Américains d'une grande élévation morale aient sans doute mieux traité leurs esclaves que bien de leurs contemporains, en Europe continentale, ne traitaient leurs ouvriers agricoles !... Qu'importe enfin que le second ait rédigé la Déclaration d'Indépendance des États-Unis d'Amérique : «Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur» !...

Crime contre l'humanité ?

L'exposé des motifs de la loi Taubira survole l'histoire du continent africain en faisant fi de la prudence des historiens. D'un côté, il prend pour argent comptant des légendes et des hypothèses à l'état de friche. De l'autre, il accomplit le tour de force de ne pas évoquer une seule fois la traite transsaharienne pratiquée par les Arabes et l'esclavage pratiqué par les Africains depuis des millénaires !

Que nous enseigne une lecture plus précautionneuse de l'Histoire ? L'esclavage a été pratiqué à des échelles variables dans toutes les sociétés à l'exclusion des communautés de chasseurs-cueilleurs de l'Âge de pierre. Dans l'Antiquité, c'était le sort qui attendait ordinairement les prisonniers de guerre, qu'il eût été inhumain de massacrer et coûteux de nourrir en prison à ne rien faire. Au mot latin servus (qui a donné serf) s'est substitué le mot esclave. Celui-ci vient du mot Slave parce qu'au début du Moyen Âge, les Vénitiens vendaient en grand nombre des Slaves païens aux Arabes musulmans.

Les Arabes faisaient une grande consommation d'esclaves blancs aussi bien que noirs, qu'ils avaient soin de châtrer pour les maintenir plus facilement dans l'obéissance et les empêcher de se multiplier.

Au XVe siècle, les Espagnols et les Portugais sont entrés au contact des musulmans d'Afrique du Nord et ont commencé à leur acheter des esclaves noirs pour les plantations de la péninsule hispanique.

Aux siècles suivants, la colonisation du Nouveau Monde a suscité des besoins de main-d'oeuvre inédits. Les Européens ont alors fait venir des esclaves d'Afrique, où ils n'avaient guère de peine à trouver des vendeurs (marchands arabes ou roitelets noirs). Assez vite, les souverains, le pape et l'empereur ont condamné cette pratique mais sans succès faute de pouvoir intervenir outre-Atlantique. Aux Temps modernes (XVIIe et XVIIIe siècles), l'esclavage et la traite ont suscité en Occident le développement du racisme et le mythe de la supériorité de la race blanche.

Les gouvernements, par une lâcheté habituelle en politique, ont choisi d'encadrer l'esclavage pour en limiter les abus, faute de pouvoir l'interdire. C'est ainsi que Colbert et son fils, ministres de Louis XIV, ont rédigé le «Code Noir», lequel a été publié en 1685.

Dans le même temps, les élites éclairées d'Europe ont commencé à se mobiliser contre cette pratique indigne de la fraction la plus civilisée du monde. Au début sur le mode compassionnel, pour éviter de compromettre les précieux approvisionnements en sucre, chocolat et tabac (à l'image de nous-mêmes qui déplorons les méfaits des compagnies pétrolières en Afrique noire mais évitons de les sanctionner pour ne pas compromettre nos approvisionnements en carburant).

Au début du XIXe siècle, les Anglais, les premiers, ont interdit la traite (autrement dit le commerce d'esclaves) puis l'esclavage proprement dit. Notons que la société occidentale est la première qui se soit élevée contre l'esclavage. Ajoutons que l'Europe de l'Ouest est la seule région du monde qui l'ait ignoré, entre le XVIe et le XXe siècle...

L'esclavage est la pire forme d'exploitation de l'homme par l'homme. Il a des aspects très divers. Travail forcé dans les anciennes plantations du Nouveau Monde ou de l'océan Indien. Travail forcé dans les actuelles propriétés du Moyen-Orient et certaines usines d'Asie. Services sexuels. Vente d'adolescentes (garçons et filles)...

L'esclavage est une forme d'exploitation. La pire qui soit. A éradiquer où que ce soit et par tous les moyens possibles. Est-ce pour autant un crime ? Un crime contre l'humanité ? Sans doute, dans certaines extrémités. Mais où s'arrête la frontière entre l'esclavage considéré comme «crime contre l'humanité», et l'esclavage considéré comme simple infraction au Code du Travail ? A ces questions, gardons-nous de répondre car il en coûte cher aujourd'hui, en France, de débattre d'un phénomène historique décrété «crime contre l'humanité».....

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Les commentaires des Amis d'Hérodote

Les 3 derniers commentaires sur cet article ( 12 en tout) :

pierre (28-02-2009 22:12:56)

Madame Taubira fait une confusion entre notre époque et les temps passés. Autre temps autre moeurs.Pourquoi ne pas condamner par la même occasion les guerres de religion, qui ont fait beaucoup plus de victimes que les guerres coloniales ? Il est évident que, de nos jours, personne ne se préoccupe plus de savoir si son voisin est catholique ou protestant.
En conséquence, de nos jours, on comprend mal les opinions de Jules Ferry qui n'était certainement pas un imbécile, ou un ogre assoiffé ... Lire la suite

Christophe (19-10-2006 14:52:08)

Les notions de génocide, de crime de guerre, de crime contre l'humanité ont été créées et définies à la fin de la seconde guerre mondiale pour qualifier des faits d'une cruauté (génocide des juifs, des tziganes, des homosexuels, des handicapés) dont l'inadmissibilité aurait pu se traduire par un manque législatif lors des procès des dignitaires nazis à Nuremberg en 1945. Ces derniers ont donc été accusés de crimes qui n'étaient pas juridiquement définis au moment où ils les ont commis, pour qu'i... Lire la suite

WAHANDA (16-10-2006 10:07:52)

Je trouve la conclusion de l'article honteuse. Bien qu'étant noir je suis d'accord avec vous pour dire que légiférer sur l'histoire n'est pas la meilleure des voies. Pour autant qualifier un crime de crime est bien du domaine de la loi.
Or si travailler dans une plantation en esclave pourrait certainement dans l'esprit d'une personne dont les parents n'en ont pas été victimes relever d'une mauvaise application d'un code du travail, mourir dans un bateau à l'issue d'un enlèvement ou sous l... Lire la suite


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