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Bordeaux

La plus belle ville du royaume


Depuis le 28 juin 2007, Bordeaux figure au Patrimoine mondial de lhumanit tabli par lUNESCO, avec une surface sauvegarde de 1800 hectares, la plus grande ce jour.

Elle doit cet honneur trois intendants clairs du XVIIIe sicle, qui ont eu cur den faire la plus belle ville du royaume...

L'agglomération bordelaise, qui compte aujourd'hui environ 600 000 habitants, s’étire sur la rive sud de la Garonne.

Cliquez sur l'image pour voir la carte de BordeauxNé dans les Pyrénées, le fleuve forme à cet endroit un large croissant de lune, juste avant de rejoindre la Dordogne pour constituer avec celle-ci l’estuaire de la Gironde, la plus grande frayère (lieu de reproduction des poissons) d’Europe.

Le port de la Lune, le quai des Chartrons, l'esplanade des Quinconces,  la place de la Bourse et le pont de pierre (ci-dessous) tissent le lien entre la ville et le fleuve.

La Garonne au pont de Pierre (Bordeaux), photo : Fabienne Vignolle

Nos ancêtres les Gallo-Romains

Une première cité est fondée à cet emplacement, au IIIe siècle avant JC, par la tribu gauloise des Bituriges Vivisques. On lui doit le premier vignoble de la région, le «  biturisca » (à l’origine du mot « biture », synonyme de piquette !).

Après la conquête romaine, la cité devient la capitale de l’Aquitaine IIe sous le nom de Burdigala. Elle se développe à la façon romaine, avec un axe nord-sud (le « cardo ») et un axe est-ouest (le « decumanus ») qui se rencontrent au forum.

L’ancien cardo est aujourd’hui le lieu le plus fréquenté de la ville, sous le nom de rue Sainte-Catherine. Droite et longue de 2 kilomètres, c’est la rue piétonne la plus longue d’Europe à ce jour.

Le palais Gallien (amphithtre du IIIe sicle, Bordeaux)

À l’automne de l’empire romain, au IIIe siècle de notre ère, Burdigala s’honore déjà d’un grand écrivain et poète, Ausone, qui est également un notable et un grand propriétaire de la région et deviendra le conseiller des empereurs.

De cette époque relativement florissante subsistent les vestiges du « palais Gallien », un amphithéâtre de 17000 places ainsi dénommé en raison de l’empereur qui régnait au temps de sa construction.

Timide renouveau

Dans la longue période sombre qui suit, l’Aquitaine et sa capitale subissent les assauts de différents pillards : Vandales, Goths, Arabes et Normands.

Enfin, après sept siècles d’effacement, Bordeaux a l’insigne honneur de recevoir la visite du pape Urbain II. En route pour le mémorable concile de Clermont, le souverain pontife consacre la première cathédrale Saint-André le 1er mai 1096. Poursuivant son chemin, il consacre aussi à Toulouse, quelques semaines plus tard, la basilique Saint-Sernin.

Il reste peu de chose de cette cathédrale médiévale, l’édifice ayant été reconstruit dans le style gothique flamboyant au XVe siècle. Comme le terrain est marécageux et instable, les cloches de la nouvelle cathédrale sont alors montées sur une tour adjacente, la Pey-Berland. Le 11 juillet 1530, la cathédrale Saint-André reçoit Éléonore de Habsbourg, veuve du roi du Portugal et sœur aînée de Charles Quint, promise en mariage à François 1er. Et le 28 novembre 1615 a lieu au pied de l’autel le mariage de Louis XIII et Anne d’Autriche.

La cathdrale Saint-Andr et la tour Pey-Berland (Bordeaux), photo : Fabienne Vignolle

Cité rebelle

Bordeaux, qui fait partie des possessions d’Aliénor d’Aquitaine, passe sous tutelle anglaise en 1154, lorsque son mari Henri Plantagenêt est couronné à Londres sous le nom d’Henri II.

La ville bénéficie dès lors d’un régime de faveur, les Anglais ayant besoin de son soutien dans les guerres interminables contre leurs rivaux capétiens. Elle obtient d’être administrée par un conseil d’élus issus de la bourgeoisie, la jurade. Ses négociants tirent par ailleurs d’immenses profits de la vente de vin aux Anglais. Aujourd’hui encore, l’attrait de la cour d’Angleterre pour le « claret » demeure très vif.

Pendant la guerre de Cent Ans, le Prince Noir, fils du roi Édouard III, établit sa cour à Bordeaux, sa ville d’adoption. Mais les meilleures choses ont une fin... Au siècle suivant, en 1453, l’entrée des troupes de Charles VII à Bordeaux met fin à son régime de faveur, au grand regret des habitants. Encore aujourd’hui, il est de bon ton sur le port de la Lune d’exalter le temps béni de l’occupation anglaise !

Un mascaron sur un immeuble du XVIIIe sicle (Bordeaux), photo : Fabienne VignolleLouis XI restitue aux Bordelais une partie de leurs franchises et installe un Parlement dans la ville. Malgré cela ne suffit pas à dissiper l’amertume des habitants. Dans les deux siècles qui suivent, les Bordelais sont partie prenante de toutes les rébellions : réforme protestante, Fronde, révoltes fiscales

Pour mieux surveiller les turbulents Bordelais, les rois de France ceinturent la ville de trois forts, dont le Château-Trompette. Celui-ci sépare la cité médiévale du quartier des Chartrons, sur les bords de la Garonne, où vivent les négociants en vins et de nombreux ouvriers.

Le château est consolidé par Louis XIV, qui se méfie plus qu’aucun autre des révoltes fiscales des Aquitains.

La place des Quinconces et les alles de Tourny (Bordeaux), photo : Fabienne Vignolle

Les intendants bâtisseurs

Changement de cap au siècle suivant, le Siècle des Lumières. Trois intendants vont transformer la ville et lui donner son visage actuel, celui d’une ville classique, à l’urbanisme harmonieux, reflet d’une exceptionnelle prospérité.

La cour Mably (Bordeaux), photo : Fabienne VignolleCes intendants, qui représentent le roi à la tête de la généralité ou province d’Aquitaine, sont Claude Boucher (1720-1743), Louis-Urbain Aubert, marquis de Tourny (1743-1757) et Nicolas-Dupré de Saint-Maur (1776-1785).

Ils entreprennent en premier lieu d’araser les trois forts qui défigurent la ville et les remplacent par des places et des allées plantées. Leur ambition est grande, comme l’atteste la profession de foi de Tourny : « J’en ferai la plus belle ville du royaume ». (...)

Publié ou mis jour le : 2015-11-22 14:24:34

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